Rwanda, pour ne pas oublier.
Rencontre avec Christophe Calais, photographe-reporter qui vient de quitter Paris et « son Pont-Marie » pour venir s’installer dans la tranquille cité Pontoisienne.
Découvrir le photographe, son travail, son œuvre profondément marqué par le continent Africain et plus particulièrement par le Rwanda , où l’homme-reporter a été témoin de l’indicible et de l’indescriptible cruauté de l’espèce humaine.
Né en 1969, il débute sa carrière au quotidien France soir, en 1990. En 1991, il effectue son service militaire comme photographe- reporter au SIRPA (Service d’information et relations publiques des Armées). En 1992, il entre au staff du magazine VSD où il couvre pendant six ans l’Actualité Internationale avec un intérêt plus particulier pour le Rwanda.
En reportage au Rwanda, le photographe se rend sur un site à Murambi où des charniers humains ont été découverts. Il quittera l’enfer de Murambi sous la pluie, encore pétrifié par ces visions d’horreur et cette insoutenable odeur de morts. Après quelques heures, il comprend qu’il lui faut revenir sur ce lieu pour fixer sur le papier, l’impensable, l’inimaginable et témoigner à jamais de l’horreur de ces évènements.
Une équipe de vingt Rwandais, supervisée par un spécialiste chilien,
sélectionne 26 000 cadavres. 
Le 19 avril 1994, au plus fort de la guerre civile au Rwanda, des milliers de Tutsis et de Hutus, modérés, pourchassés par l’armée et les extrémistes Hutus se réfugient à Murambi, sur le site d’une école en construction. Deux jours plus tard, à trois heures du matin, ils sont rattrapés par leurs bourreaux. Ceux qui tentent de s’échapper sont tués par les Hutus des villages alentour. Cinquante mille morts, quatre rescapés.
Au mois de juillet 1994, les Hutus défaits fuient vers les camps du Zaïre. C’est le début du retour des exilés tutsis, ceux issus de la génération qui avait fui les massacres de 1959. Cette communauté prend peu à peu les rênes du pays ; elle apprend l’existence de trois grandes fosses communes à Murambi et décide de se cotiser, pour édifier un mémorial au génocide, sur les lieux du massacre.
L’exhumation des corps commence au mois de mai 1997. Une équipe de vingt Rwandais, supervisée par un spécialiste chilien, sélectionne 26 000 cadavres parmi les ossements et les crânes déliés. Ces corps sont nettoyés et recouverts de chaux pour être conservés tels que la mort les a surpris trois ans auparavant. Un à un, ils sont entreposés dans les salles de classe de l’école de Murambi .
Au cours de son reportage, Christophe Calais rencontre Emmanuel Murangira, rescapé, miraculé, mais également témoin du massacre et d’une catastrophe humaine ; cet homme ne croit pas à la fatalité des évènements mais reste attaché à certaines convictions.

Je saignais, je me suis retiré dans l’école, puis je me suis évanoui…
«Je pense très souvent à ces massacres, mais je réussis à me maîtriser. Je pense que c’est le Bon Dieu qui m’a sauvé, même si l’Eglise s’est rendue complice de massacres. L’évêque d’ici est lui même un génocidaire… »
Une journée de vie à Murambi.
« En avril 1994, nous avons été regroupés dans l’école. Les Interahamwe (milice créée en 1992 par le MRND parti du président Juvénal Habyarimana), ont commencé à jeter des grenades. Ceux qui voulaient sortir étaient achevés à coups de gourdins et de machettes. Soudain j’ai reçu une balle dans la tête, je suis tombé à genoux. Je saignais, je me suis retiré dans l’école, puis je me suis évanoui… Dans la nuit, les génocidaires sont partis. Je suis revenu à moi, j’ai évité les barrages, j’ai marché toute la nuit et toute la journée en me cachant dans la brousse. Je suis arrivé au Burundi après 60 Kilomètres à pied. On m’a alors retiré la balle que j’avais dans la tête.
Au total, 28 personnes de ma famille sont mortes ici : ma femme, mes enfants, mes frères, mes cousins… Ils sont probablement parmi les cadavres qui sont rassemblés ici. Seule une de mes filles, Kayitesi, a réussi à s’échapper et s’est réfugiée chez une vieille maman hutue… »
Emmanuel Murangira, avril 1994.
Une vraie rencontre entre deux hommes qui ne parlent pas la même langue, mais qui sont liés par cette même volonté, se faire les témoins et la mémoire de cette catastrophe humanitaire.

Christophe Calais, « Le cri des morts, le silence des vivants ».
Préface de Patrick De Saint Exupéry, BBK éditions, 1998 .
Disponible sur www.christophecalais.com
Ce livre- photos retrace les 10 années qui ont suivi le drame… met en exergue la complexité de l’histoire de ce pays .

Christophe Calais, « Rwanda, le pays hanté », recueil d’images, préfacé par le chanteur Corneille, auteur et compositeur rwandais, victime du génocide qui lui a ravi sa famille et connu du public français depuis 2002 avec son 1er album « Par ce qu’on vient de loin ».
Editions du Chêne, janvier 2006.
Disponible sur www.christophecalais.com
« Au moment où je commence à envisager un retour au pays, une appréhension me retient… La peur de l’inconnu me retient. La peur de l’inconnu, je suppose. Sur la tombe de mes gens, est née de ces moments de doute. Les photographies de Christophe Calais racontent ce que je dis dans cette chanson, mieux que mes propres mots. Cette rencontre a permis la réconciliation de ma mémoire avec mon pays ».
Corneille, octobre 2005.
les hommes peuvent passés du statut de victimes à celui de bourreaux et inversement.

« C’est arrivé, cela peut donc arriver de nouveau (…) Cela peut se passer et partout ».
Primo Levi, survivant d’Auschwitz extrait « Les Naufragés et les Rescapés ».
En 2011, le travail photographique et les livres de Christophe Calais sur le Rwanda sont offerts au centre de l’association Iriba ; qui signifie « la source » en Rwandais ; pour la mémoire du Génocide.
Association Centre Iriba pour le Patrimoine Multimédia
www.gacacafilms.com