RENDEZ-VOUS AUX JARDINS 2022

«Arrêtons de dire que c’est la faute des autres»

L’ESPACE CULTUREL GINGKO’ART DE PONTOISE PARTICIPE POUR SA ONZIEME ANNEE AUX RENDEZ_VOUS AUX JARDINS. CETTE NOUVELLE EDITION EST PLACEE SUR LE THEME: « LES JARDINS FACE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE. »

Ce sera l’occasion de se pencher sur les effets du changement climatique, dans les parcs et jardins (modification de la palette végétale, mutation du rythme des saisons, floraisons précoces, apparition de nouveaux parasites…) et d’échanger avec les professionnels autour des actions mises en œuvre pour adapter les pratiques de jardinage à ces bouleversements, afin que les jardins demeurent des réserves de biodiversité pour le bien-être de l’homme et de l’ensemble du vivant.

Une journée d’étude est organisée sur ce sujet le mercredi 2 février, en visioconférence, par le ministère de la Culture – disponible ici.

Les Rendez-vous aux jardins sont organisés dans 2 200 jardins en France et 500 jardins répartis dans les vingt autres pays européens participants : Allemagne, Andorre, Belgique, Croatie, Espagne, Estonie, Hongrie, Irlande, Italie, Lituanie, Luxembourg, Monaco, Pays-Bas, Portugal, Roumanie, République Tchèque, Pologne, Slovaquie, Suisse et Russie.

Cet événement, très attendu des amateurs de jardins comme du grand public, a pour objectif :

• D’inviter le public à découvrir la variété des parcs et des jardins (parcs paysagers, jardins réguliers, botaniques, exotiques, nourriciers…) sur l’ensemble du territoire et dans les vingt autres pays européens participants ; 

• De favoriser les échanges entre les acteurs des jardins (propriétaires, jardiniers, botanistes…) et le public de tous les âges ; 

• De valoriser les nombreuses actions mises en œuvre, notamment par le ministère de la Culture, pour étudier, protéger, conserver, restaurer, valoriser et transmettre les savoirs et les savoir-faire des professionnels.  Les Rendez-vous aux jardins sont organisés par le ministère de la Culture et mis en œuvre par ses directions régionales des affaires culturelles, en collaboration avec le Centre des monuments nationaux, le Comité des Parcs et Jardins de France, l’association Vieilles Maisons françaises, la demeure Historique, le réseau des Villes et Pays d’art et d’histoire, les conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement et de nombreuses collectivités territoriales.

• Cette année le Gingko’Art de Pontoise a choisi d’exposer les oeuvres de Marceline Robert; un travail entre abstraction lyrique et figuration afin de magnifier la feuille de Ginkgo Biloba, entre l’encre et l’or, entre l’encre et l’argent!

MARCELINE ROBERT

L’artiste peint comme elle respire.
Tout l’inspire, et rien ne laisse son pinceau indifférent. Avec une précision sans faille et une facilité déroutante, elle passe du figuratif à l’abstrait, du noir et blanc à la couleur, du crayon au pinceau, de l’acrylique à l’huile…mais peu importe cela ne la trouble ni ne l’étonne.
En peu de temps, elle a traversé plusieurs périodes, sans réaliser que ces rapides fluctuations représentaient de maîtrise et de talent.
Chaque fois que j’ai voulu aborder, avec, le pourquoi et le comment de sa veine, j’ai eu droit à un simple petit rire. Sa peinture, comme ce qui la sous- tend, ne s’explique pas. Ou du moins, Marceline ne cherche pas à l’expliquer. Elle vit son art de l’intérieur et ses visiteurs n’ont qu’à faire la même chose.

“ En privilégiant le signe comme image métaphorique, indissociable du geste, son activité créatrice se situe au cœur de la vitesse et s’identifie avec sa finalité, qui n’est autre que l’incarnation des signes. Il lui est donné de représenter un phénomène inconnu jusqu’alors, fondé sur l’esthétique de la rapidité et conséquemment du risque. L’espace de la toile s’ouvre à une suite de paraphes, comme autant de gestes rageurs et démultipliés qui revêtent une forte valeur expressive. ”

L’espace de la toile s’ouvre à une suite de paraphes, comme autant de gestes rageurs et démultipliés qui revêtent une forte valeur expressive.
Improvisation et spontanéité déterminent ce que l’on pourrait appeler une chorégraphie calligraphique, où la notion du temps-jeu est partie prenante dans l’anéantissement de l’image pour en restituer l’essence même. À l’inverse de la définition de la peinture traditionnelle qui est, selon Aristote, « représentation d’une action »,Marceline identifie la peinture à l’action. Ayant fait le vide spirituel, elle libère ses possibilités expressives qui, par le truchement du geste, se confondent avec son potentiel énergétique.

L’importance de l’Abstraction lyrique

L’importance historique de l’Abstraction lyrique, mouvement pictural majeur du XXe siècle, serait sans doute perçue de façon plus large encore si elle n’avait été brouillée par différents facteurs au fil des années.
On pourrait en premier lieu imputer une certaine confusion à la multiplicité d’appellations dues aux polémiques critiques des années 1950 mais dont les différences se sont estompées avec le temps et qui devraient recouper un même périmètre :

— le Tachisme, employé péjorativement par le critique d’art Pierre Guéguen puis popularisé dans son sens positif par le critique d’art Charles Estienne ;
— l’Art informel ou Art autre, employé par le critique d’art Michel Tapié et jugés « vagues » par Mathieu voire un « non-sens, car il ne peut y avoir d’art sans formes » 11 ;

— l’Expressionnisme abstrait, habituellement réservé aux artistes américains car il s’agit de la traduction en français d’Abstract Expressionism, le mouvement équivalent outre-Atlantique) ou Action Painting, appellation plus ancienne employée par le critique d’art Harold Rosenberg.
Il semble par ailleurs difficile d’établir une liste définitive et exhaustive des artistes pouvant être rattachés à ce mouvement, car celui-ci offre une acception assez large et flexible qui l’assimile à une invitation ouverte à tous plutôt qu’à un courant d’artistes réunis autour d’un manifeste.

Malik Kazeoui, chanteur

« L’art est une lumière, c’est ma source de vie et ma thérapie « .

Être artiste, c’est créer des œuvres en s’inspirant de ses émotions, de son environnement et de son expérience de vie. L’artiste non voyant compense l’absence d’un sens par une grande capacité à voir et à ressentir le monde à travers les yeux de l’âme. C’est le cas du chanteur Malik Kazeoui. Vivant en région parisienne, celui qui énonce philosophiquement “Je chante, donc je vis” a bien voulu accorder un entretien à “Liberté”.

Malik Kazeoui animera l’après-midi musicale du dimanche à partir de 15h00 et dédicacera son cinquième CD comprenant treize titres.

L’HISTOIRE DES TROIS BALLONS

Il était une fois, un petit bonhomme, un enfant de six années déjà et qui vivait dans la montagne avec sa famille.
Les grands arbres et la neige qui tombait en toute saison, le vent ne pouvait lui laisser penser qu’un jour il pourrait jouer avec une balle, un ballon!

La terre était dure et surtout très en pente avec de gros rochers de granit éparpillés comme des osselets sur le sol.
Il y avait bien quelques oursons pour jouer, mais voilà pas de terrain de football.
L’enfant s’ennuyait beaucoup et ne voyait les matchs qu’au travers de quelques revues que le facteur apportait une fois dans l’année.

Sa grand mère lui faisait réciter ces leçons et puis c’est tout!
Le grand aigle aurait bien voulu lui apporter quelques réconforts mais voilà, impossible de pouvoir jouer avec lui même si de temps en temps une pomme de pin tomber de son bec incitait le jeune garçon à la renvoyer d’un shoot.
Les printemps, les hivers passaient lentement et le petit Ronaldo désespérait de pouvoir, un jour être le numéro 10 d’une équipe.
Alors, après les cours, il coupait du bois, faisait fondre la neige pour apporter de l’eau à la maison et avec son petit canif sculptait des petites statuettes représentant des joueurs de football.
Le bois était tendre et la nature généreuse, Ronaldo avait déjà fabriqué dix joueurs, imaginé une équipe à lui et il ne restait plus qu’à concevoir le numéro dix de l’équipe.
Il serait à son image; pas très grand avec des jambes solides et rapides et de long cheveux noirs et frisés avec de belles boucles. Le bois lui permets de faire ses joueurs de manière réalistes, avec des plis sur le maillot et aussi sur le short; comme si ils courraient dans le vent de la montagne après un ballon imaginaire et encore plus rapide qu’une balle de fusil.
Dans le ceux de son lit douillet avec son petit copain l’écureuil caché dans le creux de son épaule les deux amis s’endormaient dans la maison familiale, la bas au pays de la grande montagne rouge.
Sa maison avait été construite par son grand père avec le bois des grands chênes et des séquoias centenaires. Elle était petite mais très agréable à vivre avec de petites fenêtres qui permettaient de voir passer les biches, les ours avec leurs petits au printemps, les écureuils qui sautent de branches en branches et en levant les yeux vers le ciel le grand aigle noir dessinant des ronds entre les nuages comme pour écrire des messages et prévenir la nature…
Posées sur la cheminée les dix petites figurines sculptées par Ronaldo attentaient le capitaine encore présent dans la tête du petit bonhomme!
Il faisait chaud et les odeurs de soupe et de pain parfumaient les pièces; grand père s’était endormi avec comme d’habitude le chat sur ses genoux. Grand mère préparait les bols du petit déjeuner du lendemain et les parents parlaient à voix basse: » Tu ne trouves pas que Ronaldo est triste ces temps si?
Mais non! Répondit le père à la maman de Ronaldo!
Moi je crois que notre fils rêve de devenir un joueur de football.
Ah!ah!ah! S’écriait le père. Un joueur de foot? Et pourquoi pas le numéro 10? J’aurais tout entendu dans cette maison! Ronaldo coupera du bois comme moi, comme l’a fait son grand père et le père de celui-ci et le père de celui-ci et aussi le père de celui-ci!!! C’est ainsi que va notre vie et rien n’y changera.
La maman s’effaça lentement et d’un pas triste se dirigeant vers la cuisine demande à son
fils: « Ronaldo! Veux-tu que je te prépare une boisson chaude avant de dormir? Avec du miel et du thym? »
Ronaldo ne répondait pas!
Avec son écureuil il dormait déjà et très loin de la chambre, rêvait et rêvait encore!
Le petit garçon vivait tout endormi, la passion de sa vie; en une seule seconde, les yeux fermé il se trouva au beau milieu d’un très grand stade de football et portait un maillot aux couleurs de l’arc en ciel. Il était fébrile et regardait l’arbitre qui allait sifflé le début du match.
Non d’un ours s’écria Ronaldo! Celui qui se préparait à engager le match n’était autre que son ami l’écureuil.
Il vît son père et le bon docteur Laurent assis dans la tribune d’honneur. Le docteur est le médecin de la famille et venu la veille soigner grand père. Un homme remarquable, qui avait choisi de soigner les gens les plus pauvres et les plus éloignés du monde. Ceux qui traversent la vie avec un coeur en or malgré les tracas du quotidien. Ceux et celles qui donnerait tout et ne demande rien.

Ronaldo courrait et courrait encore avec le ballon, avec des enjambées de plus en plus rapides comme une biche à travers les arbres de la forêt, fuyant le loup il était loin devant, et il avait distancé tout le monde; son ami l’écureuil lui criait: « Attends moi! Attends moi! Je ne te vois plus! Mais le jeune footballeur courrait comme un lièvre poursuivit par la pluie, parcourant toute la surface du terrain en long, en large et en zig zag, sans répis. A peine 30 mètres le séparait du but, quand tout coup son pied gauche frappa le ballon et avec une force incroyable, alla enlever la petite toile d’araignée qui se trouvait à l’angle du but, côté gauche. Le gardien plongea comme un dauphin mais rien ne fût possible et monsieur l’arbitre siffla comme un écureuil, le magnifique but. Ronaldo vît son père se lever et crier: Bravo Ronaldo! Et parlant avec les autres; c’est mon fils vous savez! Le fils de son père et celui de son grand-père et de celui de son père et de son père et encore de son père!

Ronaldo ému et comblé porté par les joueurs de l’équipe se réveilla de son merveilleux rêve tout trempé de sueur; tremblant de chaud et de froid. Le docteur Laurent était à ces côtés et regardait le thermomètre tout en lui touchant le front. Papa et maman, sur le côté se tenait par la main et d’en bas une voix appelait: « Comment va le petit? ». Grand père s’était réveillé, le chat était parti chasser la souris et dehors le neige tombait très fort avec des boules de flocons blancs que personne de mémoire de montagnards n’avait vu aussi grosses.

Le traîneau du docteur Laurent avait disparu sous une couverture blanche et les six chiens dormaient profondément laissant juste dépasser le bout de leurs oreilles.
L’aigle sur la branche la plus haute du grand séquoia, les ailes repliées regardait la scène sans aucunes inquiétudes.

L’ami écureuil, caché sous le lit de l’enfant retenait sa respiration pour ne pas être découvert.
Tout le monde veilla Ronaldo toute la nuit; dans le silence de la maison, seule la pendule, en bois avec un oiseau qui fait coucou! coucou! Toutes les heures et son balancier qui de gauche à droite, disait oui! Disait non!
Quelques jours passèrent sans nouveautés aucunes, dans le bonheur et la joie des instants biens occupés…Le vent soufflait encore les derniers frimas de l’hiver et la chouette indiquait la nuit venue.
Le bon docteur Laurent revînt voir grand père et en profita pour vérifier que ronaldo se portait bien. Avant de repartir avec ses chiens et son traîneau, maman offrît une soupe, un morceau de fromage de brebis et une belle tranche de pain au docteur, dans la cour, les chiens se régalaient de quelques os, du pain et du lait.
Ronaldo se glissa sous la couverture du traîneau emportant avec lui un ballon de neige; son ami l’écureuil ne tarda pas à le rejoindre.
Le jeune homme parlant avec son ami à la queue rousse et en panache, confiait qu’il quittait provisoirement le domicile à la recherche d’une équipe et d’un stade. Son ballon de neige et de glace dans un sac de jute entouré de paille afin qu’il ne fonda pas.
L’ami écureuil quand à lui, n’avait pas manqué d’apporter des noisettes.
Le coeur du petit garçon battait si fort dans la nuit lorsque soudain le traîneau du docteur se mît en route. Les chiens courraient si vite que les arbres défilaient comme un TGV lancé à grande vitesse, au regard de Ronaldo; la neige faisait glisser le véhicule avec douceur entre les rochers. La montagne s’éloignait peu à peu, sous la couverture les deux amis entendaient la respiration des six chiens, toutes langues dehors.
La nuit était douce et dans le ciel les étoiles brillaient comme des bougies et la chouette récitait encore les vers de l’ombre déclinant sa poésie animale…
Quelques étoiles filantes que Ronaldo observait après avoir relevé la grosse couverture de feutre, semblaient avoir du mal à suivre le traîneau du docteur Carrius.

Alors que le soleil commença à percer, la lune regardait l’heure dans le ciel et elle savait que le temps d’aller se coucher était venu. L’équipage s’arrêta devant la maison du docteur et Ronaldo et l’écureuil en profitaient pour s’éclipser sans faire de bruit.
Que va tu faire maintenant? Demandait l’animal à son ami!
Je vais sélectionner une équipe et construire un terrain de football! Eh oui l’ami! Tu ferra l’arbitre. Et comment compte tu t’y prendre?
Heu….! Je vais m’y prendre, comment je le veux!
Et tu le veux comment?
Je le veux dans deux jours!
L’écureuil n’en croyait pas un mot; mais posé sur l’épaule de Ronaldo il s’était juré de ne jamais quitter son ami; quoi qu’il puisse arriver et dans n’importe qu’elle situation! Épicétou!

Ronaldo marcha longtemps dans la vallée avant de trouver un terrain plat avec un peu d’herbe verte. Puis soudain, derrière quelques arbres penchés sur leurs avenirs, il s’écria!
Euréka! Ours de chance, chouette de destin et aigle noir de vertige! Voilà notre sanctuaire! Voici le plus beau stade du monde des mondes avant l’arrivée du monde!!!

Regarde! Poils de carottes à la tête grosse comme une noisette!
Je te l’avais promis avant deux jour.
En effet, le terrain avait la longueur requise et la largeur demandée. Des arbres nouvellement plantés comme des buts avec des tuteurs se dressaient comme des portes conduisant vers des mondes oubliés! Sur des rivages ou tous les êtres sont égaux et respectueux. Là ou l’entre-aide et l’amour ne connaissent aucunes différences! D’ailleurs le mot différence n’existe pas dans ces mondes!
Quelques gradins observaient le bruit du vent et le bois de leurs bancs chantaient comme une foule de supporteurs mangeant du popcorn au miel de sapin et buvant de l’eau de la source de jouvence avec de la grenadine venant de l’Atlantide.

Le petit garçon commença à compter ses pas de façon a estimer les dimensions de son terrain sous les regards éberlué de quelques personnes l’observant en ricanants.
Mais lorsqu’il parla de son projet ils furent tous et toutes attentifs et silencieux d’intérêts.
En fait, cette petite communauté avait souvent rêver que tout le monde puisse accepter la différence et construire un chemin de vie dans la joie et le bonheur; de vivre des moments forts et heureux et le dimanche jouer tous ensemble.

Le projet de Ronaldo les toucha au plus profond de leurs vies difficiles. Le village s’appelait Handicap ! Il était situé en contre-bas de la grande montagne rouge; là ou la neige et la glace évoluent toute l’année.
Ronaldo sorti alors son ballon de neige et de glace mais malheureusement celui-ci avait presque fondu d’une bonne moitié.

Un garçon du nom d’Armani suggéra à Ronaldo:
Ici, il fait plus chaud que dans la montagne; au moins 10 degrés de plus.
Ronaldo semblait désespéré mais Armani lui proposa de réaliser avec ses amis un ballon de mousse. Une mousse bien verte et luisante, une mousse presque phosphorescente, comme un vert luisant qui lorsque la nuit apparait s’allume pour baliser le chemin.
La petite communauté se mis en route pour trouver le précieux par les petits chemins, en suivant le ruisseau.
Après quelques heures de recherches et de trouvailles, ils purent tous ensemble confectionner le ballon de mousse avec entrain, ardeur et dans une franche rigolade.
Armani demanda: vous venez d’ou tous les deux? Ont ne vous a jamais vu par ici!
Eh bien! Nous venons d’un pays de géants!
Tu te moques de nous Ronaldo! Les géants ça n’existent pas!
Si, si, si! Ils y en a des milliers et ils mesurent dans les…8 à 15 mètres.
Ils s’amusèrent tous quelques temps avec le ballon de mousse, mais très vite celle-ci se dessécha et partait en lambeaux.
Que faire! Nous ne pourrons jamais faire un beau match dans ces conditions s’exclama Ronaldo! Nous allons rentrer à la maison proposa Armani et demain nous aviserons.
Ronaldo et son petit ami l’écureuil furent invité a passer la nuit dans la maison du jeune Armani et ne s’endormirent que tard dans la nuit car Armani leur parlait du monde, de la nature, des dernières découvertes scientifiques.
Toujours en posant la même question: Eh! J’ai une question?
Armani est un grand garçon souvent habillé en noir avec un maillot qui porte son nom. Il aime aussi le football et est très vite devenu copain avec Ronaldo. Ce dernier est petit par la taille car plus jeune mais très vif et avec l’âme d’un ange.
Cette nuit là, alors que le sommeil tardait à venir vers lui il pensait à sa famille et commençait à croire qu’il lui serait difficile de les retrouver. Il s’endormit tout de même en imaginant que le bon docteur Carrius le sauverait encore une fois. L’écureuil d’avoir trop mangé de fromage c’était endormi sur le sol et ronflait comme une locomotive ancienne qui ce serait enrhumée.
Là haut, dans la montagne, il faisait triste dans le chalet de bois; tout le monde était inquiet de la disparition du jeune Ronaldo. Et pourtant la chouette semblait annoncer que tout allait pour le mieux et qu’il fallait être patient.
Maman faisait des beignets à la pomme, grand père et grand mère caressaient tour à tour le chat et papa coupait et coupait encore du bois.

Le lendemain matin, alors que tous les amis se réveillaient autour d’un grand bol de chocolat et de grosses tartines de pain beurré, ils entendirent frapper à la porte.
Qui est là? Demande Armani!
Je m’appelle Saji!

Que veux tu? demanda Ronaldo!
Je vous ai fabriqué un ballon de feuilles! Elles sont si sèches et si serrées que nous pourrons faire un match ensemble.
Armani et Ronaldo firent entrer Saji et lui proposèrent un petit déjeuner.
Comment est-tu au courant du match? Lui demanda Ronaldo qui semblait le connaître.
Une chouette est venue cette nuit dans ma chambre et m’a raconté toute l’histoire.
Ta fuite dans le traîneau du docteur, ton ballon de neige et de glace, ta recherche d’un terrain de football et l’échec du ballon de mousse.
Qu’elle chouette? Demanda Armani!
Je ne sais pas! Une chouette qui venait du pays des géants m’a telle dit. De la grande montagne rouge!
Une chouette blanche comme de la neige magique avec des grands yeux verts comme des émeraudes de Colombie.
La petite équipe c’était donc trouvée et dans la bonne humeur après une toilette de chat ils se mirent en route vers ce stade improvisé.
Les gens du village les suivirent et bientôt ce fût quelques dizaines de personnes enfants et adultes qui prirent le chemin de l’amitié.
Arrivé sur le terrain, le bon docteur proposa ses services comme soigneur, l’écureuil les siens comme arbitre.
Ronaldo formait peu à peu son équipe, avec Adel, Armani, Armin, Bilal, Fariza, Said Mohamed, Saji, Samira, et Zora dans les buts.

Le ballon de feuilles fût déposé au centre, lorsque tout à coup ils s’aperçurent qu’aucune équipe se trouvait en face.
Pourtant ils étaient tous motivés et l’aigle avait même déposé sur le sol des maillots aux couleurs de l’arc en ciel que les fées de la forêt avaient tissé avec du fil magique.

Ronaldo avait le sien avec son nom et le numéro 19 marqué en bleu.
Des filets de petites mailles avaient pendant la nuit été tissé par les araignées complices.
De petites boules de neige étaient disposées sur le côté du terrain afin de rafraîchir les joueurs. Il paraîtrait qu’elles auraient été apportées par le vent au petit matin.
Mais alors! Comment faire un match sans adversaires? Demanda Armani!
Saji apporta aussitôt la réponse… L’enfant plus sensible et plus près du silence que n’importe qui avait le pouvoir de parler aux arbres.
Ce sont d’ailleurs ces derniers qui lui avaient suggéré le ballon de feuilles d’acacias séchées.
Saji s’asseyait sur le sol et commençait à méditer et dans le silence de la pensés ils commencèrent à entendre le bruit des branches et le pas lourd des géants qui descendaient de la montagne.
Regardez s’écria Ronaldo! Regardez! voilà les géants! Je vous l’avait bien dit non d’un ours à la cervelle de chouette!
Ils furent très impressionnés et penser que jouer un match dans ces conditions serait inégal; oui mais la coalition du groupe était telle que personne n’imagina qu’il soit impossible de gagner. Tous partageaient le même destin! Ni plus! Ni moins!
C’est tout de incroyable pensait Saji tout bas. Avec la stupéfaction d’un enfant émerveillé par tant de force et de beauté; tant de grâce et de solidarité.
Les géants marchèrent vers le stade d’un jour avec dans l’écorce quelques sourires et les branches tendues vers les enfants. Un signe de joie et de bonheur!

Bientôt se furent onze arbres, des séquoias géants qui prirent place sur le terrain; chacun à l’endroit que lui indiquait la chouette et l’écureuil.
Dans le ciel un bel oiseau, l’aigle tournoyait pour indiquer le chemin au gens de la montagne. Les montagnards suivirent, avec en tête les parents de Ronaldo; grand père et grand mère sur le dos d’un ours brun!

Les biches et les cerfs furent de la partie aussi portant sur leurs dos les petits mammifères et quelques tortues terrestres.

Un groupe de mouflons chantaient la chanson du vent et des familles entières de marmottes s’étaient réveillées avant la sonnerie du réveil annuel pour ne pas manquer le spectacle.
Il y en a qui disent encore aujourd’hui que des fées escortées par des petites souris portaient dans leurs bras, des sucreries et des pommes d’amour!

Le ciel était clair et lumineux et bientôt des milliers d’oiseaux s’envolaient sans efforts! Sur les rayons du soleil certains disent avoir aperçu les ailes des anges!

Ronaldo émerveillé de tant d’amis et de beauté laissait couler tranquillement une petite larme comme la perle éclatante d’une jeune femme d’une beauté picturale!

Son petit coeur battait au rythme d’une fanfare de village lorsque la saison des fêtes foraines est arrivée, et que les manèges tournent et retournent encore avec de grands chevaux blancs et des licornes de rêves.

Le temps du match de sa vie venait à se poser sur son destin et maintenant il fallait prouver aux autres que tout était possible. Ne pas reculer et faire de cet instant qu’il devienne le plus beau jour de son existence.
Il aperçu sa famille et ses amis, les animaux qui vivent à proximité de la maison de son père, et de son grand père et aussi du père de celui-ci et encore le père de celui-là.

Nous y sommes! Les deux équipes se font face, d’un côté celle de Ronaldo et de l’autre l’équipe des géants, les Séquoias.
L’arbitre central est monsieur l’écureuil et le médecin soigneur le Dr Carrius. Ronaldo, ballon de feuilles au pieds va engager le match, au coup de sifflet.

Dans la foule des spectateurs humains et animaux sont coude à coude et dans le ciel des milliers d’oiseaux observent le jeux.
Ronaldo passe littéralement sous les arbres qui sont trop grands pour voir les joueurs; Ronaldo et Adel se passent le ballon jusqu’au moment ou Adel tire du pied gauche de 20 mètres., tire comme un boulet de canon. Le grand Séquoia, un géant de 9 mètres ne peut se baisser et le ballon entre dans les filets tissés par les amies araignées. 1 à 0 pour l’équipe arc en ciel. Dans les tribunes c’est du délire et les parents et amis s’embrassent et se saluent!

Le match durera plus de quatre vingt dix minutes avec une pose de 15 minutes. Maman avait préparé des beignets à la pomme et des boules de neige étaient distribuées pour désaltérer les joueurs. Les géants respiraient l’air et se rafraichissaient en faisant éventail avec leurs branches et leurs feuilles; le Docteur Laurent était réjoui car aucunes blessures à déclarer.

Puis, deux minutes avant la fin du match, un géant de l’arrière décocha un shoot redoutable de la base de son écorce et la fusée de feuilles transperça les buts de l’équipe de Ronaldo. Egalité!
Un partout!
L’arbitre, monsieur écureuil, regarda le soleil et notait qu’il ne restait que deux minutes de jeux. Ronaldo engagea le ballon, fît une passe à Fariza, qui la passa à son tour à Armani, puis Zora, puis Saji qui la pose sur la tête de Saïd, qui la renvoie à Bilal et de Bilal à Samira, de Samira à Adel de nouveau qui de très loin avait remarqué Ronaldo à gauche du but des géants; il plaça le ballon de feuilles sur la tête du numéro 10, et d’un coup marqua le deuxième but! Toute l’équipe avait touché le ballon et le but était donc le résultat d’un collectif.

Jamais dans la vie ou dans un conte, nous devons rester seul. L’union fait la force!

Ronaldo, porté par les joueurs de son équipe, acclamé par le public, ses parents et grands parents, salué par le Docteur alors que son ami l’écureuil se posa sur son épaule comme le présage d’une vie meilleure…

Les géants bougèrent leurs branches et leurs feuilles pour faire une belle musique aux vainqueurs et dans le ciel le champs des oiseaux retenti encore sur la montagne rouge.

L’aigle noir emporta Ronaldo vers sa maison de bois, la haut, tout la haut dans la montagne; ou la neige tombe toute l’année, la ou la pente découvre des rochers de granits comme des osselets.
Il est possible de rêver ses envies et ses projets, de concevoir des jours nouveaux et qui sait avec du temps et de l’obstination les choses ce réaliseront peut-être.

De temps en temps l’aigle transporte le jeune Ronaldo par dessus les montagnes pour qu’il puisse jouer au football avec ses copains. L’écureuil fait toujours l’arbitre et le Docteur Carrius ne manque jamais un match…

Ce conte pour enfants et aussi pour adultes est inspiré par une après-midi d’un dimanche du mois de mai 2022. Les trois ballons est l’invention de Adel pour le ballon de neige, celui de mousse est la pensée d’Armani, le ballon de feuilles m’a été dicté par Saji.
Les personnages ont traversés le miroir magique pour venir vivre dans cette histoire, un moment d’amitié!

PROCHAINEMENT A L’ESPACE CULTUREL GINGKO’ART DE PONTOISE ET EN PARTENARIAT AVEC LE FESTIVAL BAROQUE DE PONTOISE; L’ORIGINE DU MONDE, MENSONGE OU VERITE?

ECCE HOMO & ECCE UXOREM

UNE EXPOSITION DES OEUVRES DE L’ARTISTE ESPAGNOLE ROCIO MAZUECOS, AVEC EN PREFACE DEUX INTERPRETATIONS PICTURALES DES ACTEURS DU PARADIS PERDU…!

Il n’y a aucun exemple que la vérité ait été nuisible ni pour le présent ni pour l’avenir.”

Diderot

Selon le Livre de la Genèse, Adam et Ève ont été expulsés du paradis parce qu’ils avaient mangé une pomme. Et depuis ce terrible jour, vous et moi sommes voués au malheur : tels des Sysiphes, nous devons pousser ce « péché » tout au long de notre vie sans jamais pouvoir racheter la faute originelle de nos lointains parents, et encore moins ouvrir la porte du paradis. 

Ainsi, avant même de naître, tout être humain est d’office condamné puisqu’il n’est que le fruit d’une répétition constante de la faute ! 

Rocio Mazuecos jeune artiste Espagnole, diplômée de l’Académie des Beaux-Arts de Grenade en 2013 et de l’école de bande dessinée et d’illustration Césan de Paris en 2016.
Rocio Mazuecos poursuit un travail personnel et autodidacte dans sa pratique, s’accordant du temps dans son atelier fresnois, pour poursuivre son œuvre. Certains tableaux lui ont demandé six mois de travail. 

Cette proposition picturale extraordinaire d’un Adam et d’une Eve réalisée sur le thème du festival 2021 à savoir le mensonge, nous ouvre les portes d’un questionnement légitime et troublant. 

La raison franchirait toutes ses limites si elle se proposait d’expliquer comment la liberté est possible.

Kant s’est intéressé à plusieurs reprises au récit de la chute dans la Genèse. Le texte lui fournit d’abord matière à une explication des débuts de la civilisation dans l’espèce humaine. Même si le premier homme a pâti, comme il était fatal, de ses expériences nouvelles, sortant des limites étroites mais sûres de l’instinct, s’il y a trouvé la souffrance, la prévision de ses maux futurs, la possibilité de la guerre, tout cela était la condition d’un progrès. L’espèce a profité de ces déboires. 

Mais c’est surtout par sa théorie du mal radical dans la nature humaine que Kant se rapproche de la doctrine du péché originel : mal radical, qui est à la racine de tous les autres, non pas mal extrême et systématique, bien qu’il y ait une malice cachée même dans le meilleur des hommes. Il y a une disposition au bien dans la nature humaine ; il s’y trouve également un penchant au mal. Ce ne peut être une propriété nécessaire de notre nature ; ce doit être un penchant acquis, mais que l’on retrouve toujours, si haut que l’on remonte dans la vie d’un individu, et que l’on peut appeler inné. 

C’est là un fait universel qu’il faut expliquer. Le mal moral ne peut être l’effet que de la volonté libre individuelle. L’obligation de la loi fait conclure nécessairement à la possibilité de l’observer et à la responsabilité coupable de la transgression. Le penchant au mal vient d’un acte libre, d’une décision de ne pas observer la loi, qui ne se situent pas dans la série temporelle des faits soumis à notre expérience. C’est un acte intelligible qui se rapporte, en dehors du temps, à la réalité nouménale, distincte de la réalité.

Plus de dix siècles après saint Augustin, un peintre et un écrivain vont réussir, dites-vous, là où il a échoué. Par quel miracle Dürer et Milton vont-ils rendre Adam et Ève vivants à leurs contemporains ?

Après des siècles d’échec à représenter de façon réaliste Adam et Ève, Albrecht Dürer et John Milton réussissent à accomplir le défi qu’avait posé Augustin : donner vie au récit de la Genèse. Ils y parviennent grâce à des innovations technologiques.

Au tournant des 15ème et 16ème siècles, Dürer lutte des années pour reconstituer le corps d’Adam par sa gravure. Durant les siècles précédents, Adam était généralement peint comme une figure d’abjection, honteux de sa transgression, et non de façon réaliste car il y avait au Moyen Âge un rejet du naturalisme. La Renaissance redécouvre les corps nus, le sens des proportions. Dans ce contexte, Dürer travaille sur Adam comme étant un corps parfait, à l’image de Dieu. Et comme la gravure est une technologie de reproduction, il peut diffuser sa vision. Avant l’imprimerie, on ne connaissait une image qu’en allant la voir. À partir de la Renaissance, elle touche infiniment plus de gens. Des milliers de gens ont pu dire, collectivement, qu’ils savaient désormais à quoi ressemblait le corps d’Adam. De plus, Dürer a le génie de représenter la scène dans une forêt sauvage, et non dans un jardin ordonné. Il saisit le dernier moment de bascule, la chute de l’homme hors de la nature.

Et un siècle plus tard vient Milton. Qui était-il ?

Milton est un géant de la poésie anglaise. Je pense qu’il est celui qui a pleinement accompli l’ambition augustinienne de donner chair à Adam par l’écriture, dans son long poème Le Paradis perdu. Pour être plus explicite, il a décrit la relation entre Adam et Ève : il les dépeint comme un homme et une femme mariés qui partagent leurs rêves et leurs souvenirs, font l’amour, font la fête avec leurs amis, travaillent ensemble, se disputent et se réconcilient, et finissent par choisir leur destin en s’affranchissant des sentiments ambigus qu’ils éprouvent l’un pour l’autre. Ça a été un triomphe et un désastre à la fois. Il donne vie à Adam, à Ève, au diable. Chaque élément dont il enrichit cette histoire la rend plus réelle. Ce poète devenu aveugle dicte chaque jour les vers qu’il a ruminés. Il exalte dans cette réécriture épique de la Genèse la liberté fondamentale de l’homme, celle de choisir, de désobéir aux interdits. Après Milton, la quête d’un Adam réel était close, poussée à son extrême logique. Il ne restait plus qu’à questionner le mythe. 

Ce que feront des penseurs comme Isaac La Peyrère ou Pierre Bayle.

Préparant ses valises pour un repos estival bien mérité, Apaté songeait aux livres qu’elle allait emporter. Passionnée de sciences, elle hésitait entre une histoire des mathématiques depuis les théorèmes de Pythagore et de Thalès, et une biographie de Galilée, condamné à mort par l’église pour avoir osé dire que la terre était ronde. Cette idée révulsait cette voltairienne convaincue qui faisait sienne la phrase du philosophe : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire ».

Sélectionnant quelques disques pour le voyage, elle repensa soudain à cette messe de Noël de son enfance, où célébrant la naissance de Jésus elle avait entendu l’Adagio d’Albinoni pour la première fois. Rentrée à la maison, la petite famille avait mangé des épinards pleins de fer pour affronter l’hiver comme disait son père, et quelques brioches au dessert, sa mère avait prononcé en riant la célèbre phrase de Marie-Antoinette lancée au peuple qui n’avait plus de pain. Elle se souvint aussi que le généreux Père Noël lui avait apporté la petite chronique d’Anna Magdalena Bach qui racontait le quotidien du Cantor avec ses enfants. 

Souhaitons à Apaté de belles vacances et un retour joyeux, mais avouons-le, pas un mot de cette scène n’est vrai, toutes ces assertions sur lesquelles on ne se pose plus de questions ne sont que légendes urbaines.

En 2021-22, nous fêterons le 500e anniversaire de Josquin Desprez dont quelques dizaines de pièces signées de sa main n’en sont pas. Le 350e anniversaire de Tomaso Albinoni, mondialement connu pour un Adagio qu’il n’a pas écrit. 

Le 100ème anniversaire de Camille Saint-Saëns, fanatique de Rameau qui fait mentir ceux qui pensent que le renouveau baroque date des années 60.

En dehors de la musique, la crise sanitaire que nous traversons aura montré le combat permanent entre vérité, croyances, complotismes et informations officielles, le tout exacerbé par l’omniprésence des réseaux sociaux. Des fake news des élections américaines aux tergiversations médicales, « Mensonges » aura été un des mots les plus prononcés de 2020, nous en ferons notre thème en 2021.

Nous parlerons des erreurs ou des canulars de musicologues, des transcriptions, réorchestrations, mais également de ce qui nous tient à cœur : le grand mensonge de l’imperméabilité des genres, des styles et des disciplines. On retrouvera tous les croisements culturels et temporels, artistiques et sociétaux qui deviennent l’identité même du festival.

Prenez plaisir et soyez curieux, la vérité se cache dans la qualité de nos propositions.

Pierre Gauthier, Fondateur de l’Espace Culturel Gingko’Art Pascal Bertin, directeur artistique du festival baroque de Pontoise.

L’homme est spontanément libre, du simple fait de sa capacité de penser, qui lui donne un point de vue sur le monde intelligible. Mais cette expérience ne peut être expliquée, c’est-à-dire ramenée à des lois de nature. Ce n’est qu’une idée, une supposition nécessaire de la raison. Le fait que j’aie une idée de la liberté n’implique pas que j’en aie la moindre connaissance.

Si j’ai conscience de ma volonté, alors je suis libre et je prends un intérêt à la loi morale, car la loi produit un effet subjectif sur ma volonté (le sentiment moral), qui vaut pour moi simplement en tant qu’homme, conçu comme intelligence. De la simple idée de liberté, dépend la possibilité d’un impératif catégorique, et aussi l’autonomie de la volonté, et aussi le fait qu’une raison pure devienne pratique.

Ici se trouve la limite extrême de toute détermination morale qui nous évite d’errer (dans le monde sensible ou le monde intelligible) à la recherche d’un motif suprême de détermination ou de concepts transcendants.

Ecce homo & Ecce Uxorem

Découvrir Adam et Eve, une oeuvre extraordinaire  conçue et réalisée par l’artiste Rocio Mazuecos.

Du vendredi 17 septembre et jusqu’au 17 octobre 2021.
Le vernissage/présentation du Festival baroque se fera sur invitation le jeudi 16 septembre à 19h00, en présence de l’artiste. 

Espace culturel Gingko’Art, 2 Place de l’Hôtel de Ville 

Gingko’Art Vintage, 9 Place du Grand Martroy. 

https://gingkoart.wordpress.com
Facebook: pierre gauthier galerie gingko art 

Contact: 0610200556

LE BATEAU IVRE

Depuis le début des temps, les humains se servent de l’art pour de multiples fonctions : l’art, c’est vivant, tout comme vous, et cela vous donne le droit de vous en servir. Peu importe jusqu’à quel point vos expériences vous semblent parfois peu importantes, vous avez le droit de leur donner vie, de donner forme à vos peines, à vos joies, à vos rêves. C’est en cela que l’art est puissant : il donne une voix à votre vie. 

Portrait de l’auteur, Gingko’Art

La psychologie de l’art vise à l’étude des états de conscience et phénomènes inconscients à l’œuvre dans la création artistique ou la réception de l’œuvre.

L’analyse de la création artistique reprend l’idée d’une primauté de l’artiste lui-même dans l’interprétation de l’art ; idée développée depuis la Renaissance et le romantisme, et déjà reprises dans les approches biographiques de certains historiens de l’art du XIXème.

À partir de 1905, avec l’ébauche par Freud de la théorie des pulsions, l’art devient un objet de psychoanalyse. 

Cette démarche ne vise pas à l’évaluation de la valeur de l’œuvre, mais à l’explication des processus psychiques intrinsèques à son élaboration.

« Trouver le rapport entre les impressions de l’enfance et la destinée de l’artiste d’un côté et ses œuvres comme réactions à ces stimulations d’autre part, appartient à l’objet le plus attirant de l’examen analytique » — Freud

Cette analyse se base notamment sur le concept de sublimation ; la création artistique est considérée comme la transposition d’une pulsion (désir) : la tentative pour l’artiste de surmonter son insatisfaction par la création d’un objet socialement valorisé, susceptible de satisfaire son désir. De même, par cette approche, l’art est envisagé comme symptôme : il devient alors l’outil possible d’un diagnostic clinique ou d’une thérapie (art-thérapie).

L’analyse de la réception prolonge la théorie de la Gestalt, psychologie de la forme. Cette analyse de l’art s’attache à déterminer les processus psychologiques de la réception des œuvres par le spectateur. Cette réception n’est plus alors considérée comme simple perception et découverte (du savoir de l’artiste), mais comme la reconnaissance d’un savoir propre au spectateur, à sa propre culture et son milieu social.

Partageons ensemble cette embarcation mentale qui est notre propre bateau ivre et descendons le courant de nos émotions sur la rivière de l’inconscient.

LE BATEAU IVRE NAVIGUERA SUR LA RIVIÈRE DE L’ÉGO! 

EMBARQUEMENT POUR « SE TAIRE », ET OBSERVER L’EXPRESSION DE NOS ARTISTES PRÉFÉRÉS!

L’AUTOPORTRAIT DANS L’ART.

«Charité bien ordonnée commence par soi-même…» C’est une réflexion que l’on peut fort légitimement faire lorsque l’on voit tant d’artistes – célèbres ou non – prendre grand soin pour laisser sur la toile leur propre portrait.

Songent-ils à la postérité à laquelle ils veulent laisser un souvenir artistique d’eux-mêmes?

On ne saurait le dire avec certitude ou sans nuancer cette idée. Ces artistes ne nous ont pas laissé d’explication de leur intention en créant leur autoportrait. Des recherches poussées n’ont rien donné.

Et pourtant, un autoportrait n’est pas une œuvre d’art comme les autres, faite de paysages réels ou imaginaires, de personnages existants ou imaginés, situations baroques, réelles ou fantaisistes, etc.

Rien de tel avec un autoportrait, réalisation très particulière, quand on y songe un peu, même s’il se peut que parfois l’auteur améliore son image.

Depuis la Renaissance

Artémisia Gentileschi, Autoportrait

Même si ce n’est qu’à partir du début de la Renaissance, au milieu du XVe siècle, que les artistes prennent l’habitude de se choisir eux-mêmes comme sujet unique ou principal de leur œuvre, la liste de ces auto-représentations est longue.

D’autant que certains artistes se sont représentés à plusieurs reprises et en différentes circonstances.

Ils ne disposaient pas des moyens techniques actuels permettant de faire des égo-portraits, terme que l’on devrait utiliser au lieu de l’anglicisme selfie dont nous- trois volumes ( L’autoportrait illustré, éditions Drawn & Quarterly, 2018) par Clémence Trossevin, Sabrina Chessé et Gwladys Morey.

Andy Warhol, Pablo Picasso, Salvador Dali, Jan van Eck, Rembrandt, Manet, Monet, Van Gogh et bien d’autres y figurent. l-express.ca remercie ses partenaires. En devenir.

Pourquoi tant d’artistes tiennent ainsi à se faire voir? La réponse nous est donnée, semble-t-il, par un artiste peintre dont on parle assez peu et dont les réalisations artistiques sont très originales: Henri Rousseau, plus connu sous le nom de Douanier Rousseau (1844-1910).

Ce peintre de paysages a réalisé un tableau très intéressant parce qu’il l’a intitulé Moi-même. C’est un autoportrait qu’il a composé en 1890, alors qu’il commençait sa carrière artistique.

«Le peintre s’y représente vêtu de noir, avec une certaine élégance, sa barbe étant taillée d’une manière choisie, il arbore également des favoris», lit-on dans L’autoportrait illustré.

«Il a l’air sérieux. Il porte une décoration: les palmes académiques (données aux artistes par un ministre) et en est fier. Lorsqu’il peint ce tableau, il a 46 ans. Il se veut digne dans son autoportrait. Le personnage de la toile tient une palette et un pinceau.»

Henri Rousseau se présente donc comme un citoyen semblable aux autres, en faisant apparaître des éléments qui montrent son goût pour l’actualité, pour ce qui est de son époque, comme artiste, comme personne contemporaine de son milieu social, sans penser consciemment à la postérité qui évoque la mort.»

En devenir Eux-mêmes

Mais n’en va-t-il pas ainsi de tous les nombreux autoportraits que les artistes réalisent d’eux-mêmes?

À notre avis, la réponse est positive. C’est l’image d’eux-mêmes que tous ces artistes nous donnent, parce qu’il n’y a qu’eux qui peuvent nous la donner.

Moi-même est certainement la réponse à la question posée au début de ce texte, un «moi-même» réel ou modifié ou agrémenté pour répondre à ce que ces artistes sont ou veulent être.

«Portrait d’un artiste réalisé par lui-même, vision personnelle d’un artiste sur sa propre personne» (selon le dictionnaire d’Internaute.fr). Moi-même peut ainsi s’appliquer à tout autoportrait.

«Chacun y reconnaîtra les siens.»

mawkib al’akadhib موكب الأكاذيب

LE BATEAU IVRE NAVIGUE CE JOUR SUR LES VAGUES DE LA COLERE! ENTRE PASSION ET DESILLUSIONS, LE CORTEGE DES MENSONGES DEVIENT LES FONDATIONS DU REPENTIR…

Salvador Dali, Prémonition de la guerre civile (1936)

Autrefois il s’était appelé Michelangelo. Son père, Fermi, était mort quand il avait six ans. Il s’en souvenait à peine, le père n’était qu’une des ombres de sa vie, un portrait inachevé dans l’une de ses immenses galeries intérieures. Sa mère avait vécu plus longtemps, jusqu’aux dix-neuf ans du fils. Autour d’elle il n’y avait que silence, une grande colère muette et haineuse.

De toutes les passions, c’est la colère qui a le plus souvent retenu les anciens. En maints ouvrages, ils ont pesé et dénoncé ses funestes effets. L’un d’eux, Sénèque, philosophe stoïcien, prononce contre elle, dans un traité qu’il lui consacre, des jugements d’une singulière sévérité. Il lance que la colère l’emporte sur tous les vices ; que nul fléau n’a accablé davantage le genre humain ; qu’elle n’est jamais d’aucune utilité ; 4 qu’en conséquence, il faut non point la tempérer, mais la bannir tout à fait.

A ces affirmations à l’emporte-pièce, on peut opposer les opinions plus nuancées de saint Thomas d’Aquin. Moyennant certaines condi­ tions, la colère lui semble non seulement naturelle et utile, mais parfois même nécessaire. Prenant sur soi la parole de saint Augustin, il affirme que sans passions (donc, sans colère), nous ne pouvons vivre correctement : non recte vivimus. Il montre aussi comment la colère assure la promptitude de l’acte vertueux  et concourt directement à l’exercice de plusieurs vertus : courage,magnanimité, justice,par exemple.

Les colères sont des garanties affectives contre la soumission apathique à l’ordre établi. Mais comment distinguer entre les colères saines et les exaspérations réactives ? Le critère ne réside pas dans leur objet, mais dans leur capacité à expliciter leurs raisons et à aspirer à une politique de l’amitié.

Edouard Munch, Le cri

La colère est un mode de connaissance qui ne convient pas mal quand il s’agit du fondamental – Maurice Merleau-Ponty, Signes, Préface

Pablo Picasso, Scène de corrida

De la colère, on dit qu’elle « enfle », « monte » et finalement « déborde ». Les métaphores fluviales suggèrent que cette émotion se situe au carrefour de l’impuissance et du pouvoir. Semblable à une crue que rien n’arrête, la colère s’empare de nous sans que l’on puisse la maîtriser. Mais elle est aussi une force capable de transformer de fond en comble le paysage. Un individu « se met » en colère : même subi, ce sentiment ouvre la voie à une activité qui rompt avec l’apathie du quotidien. Passion active, la colère a reçu un traitement particulier de la part des moralistes. Sénèque en condamne les excès tout en y voyant le propre des « rois » qui n’admettent pas que leur souveraineté puisse être remise en cause1. Les monothéismes ont procédé à une élimination systématique des passions que les païens associaient au divin. Mais ils ont conservé la colère comme l’émotion d’un Dieu déçu par l’infidélité des hommes.

sath almashaeir   سطح المشاعر

THE SURFACE OF FEELINGS!

A LA SURFACE DES SENTIMENTS!

SI LE BATEAU IVRE NAVIGUA HIER SUR LA RIVIERE DES HUMEURS ET ACCOSTA SUR LA RIVE DE LA COLERE; AUJOURD’HUI NOTRE EMBARCATION VOGUERA SUR LE FIL DE LA JOIE A LA RENCONTRE DE L’ÏLE DU BONHEUR!

Pablo Picasso, Deux femmes courant sur la plage (1922)

« Mille chandelles peuvent être allumées par une seule, dont la vie ne sera pas écourtée. Le bonheur ne faiblit pas quand il est partagé. » Bouddha

Jugée trop bruyante ou trop physique, la joie n’a guère enthousiasmé les penseurs. Pourtant, après des siècles de mépris, elle est aujourd’hui réhabilitée par la philosophie, qui reconnaît enfin son caractère essentiel à la vie. Rencontre avec ces empêcheurs de penser morose.

Cherchez « joie » dans un dictionnaire de philosophie basique, vous ne trouverez rien. Tapotez sur votre clavier, les petites mains invisibles qui opèrent sur le Net tendent à vous renvoyer inexorablement à « bonheur ». Aucune joie dans la philo ? La plupart des penseurs se méfient d’elle : trop paroxystique, trop inquiétante. Perte de contrôle de soi pour Platon, elle jouxte carrément la folie – mania en grec. Les philosophes stoïciens en quête d’ataraxie, état intérieur de calme plat, la jugent trop bruyante, trop physique. Leurs cousins les épicuriens sont à la recherche du bonheur – bonheur qui se résume pour eux à l’absence de souffrance : pas de quoi se réjouir et encore moins éclater de rire. Épicure, ami de la vie simple et ennemi du luxe, guide tout à fait acceptable pour les ennemis du trop de consommation, ne porte pas à l’enthousiasme.

Paul Cézanne, Baigneurs (Vers 1890)

Enquêtons du côté de Leucippe, un penseur de la Grèce antique qui semble tenir la joie comme le but de la vie. En fait, il nous parle surtout de cette jubilation esthétisante particulière, éprouvée face au spectacle des belles et des bonnes choses. Sans doute les Anciens étaient-ils trop contemplatifs, le regard braqué vers le ciel des belles idées et des idéaux élevés, pour apprécier le dynamisme du sentiment de joie.

Pourtant, la joie est essentielle pour Spinoza ou Nietzsche qui voient en elle un synonyme d’existence, ou pour Bergson qui la fait rimer avec « élan créateur ». Robert Misrahi, longtemps titulaire de la chaire de philosophie morale à la Sorbonne, nous apprend à la faire jaillir en ce XXIe siècle qualifié par lui de « temps de l’exaspération». Et c’est à la joie que notre collaborateur Alexandre Jollien consacre son dernier essai. Les trop rares philosophes à s’être penchés sur la question l’affirment : l’homme n’est vraiment homme que dans la joie !

Comment se fait-il que les articles de foi fondamentaux, en psychologie, sont tous la pire déformation et le plus odieux faux monnayage ? « L’homme aspire au bonheur », par exemple – qu’est-ce qui est vrai là-dedans ? Pour comprendre ce que c’est que la vie, quelle sorte d’aspiration et de tension exige la vie, la formule doit s’appliquer aussi bien à l’arbre et à la plante qu’à l’animal. « A quoi aspire la plante ? » – Mais là nous avons déjà imaginé une fausse unité qui n’existe pas. Le fait d’une croissance multiple, avec des initiatives propres et demi-propres, disparaît et est nié si nous supposons d’abord une unité grossière, « la plante ». Ce qui est visible avant tout, c’est que ces derniers « individus », infiniment petits, ne sont pas intelligibles dans le sens d’un « individu » métaphysique et d’un « atome », et que leur sphère de puissance se déplace sans cesse ; mais chacun de ces individus, s’il se transforme de la sorte, aspire-t-il au bonheur ? – Cependant toute tendance à s’étendre, toute incorporation, toute croissance, est une lutte contre quelque chose qui est accompagnée de sensations de déplaisir : ce qui est ici le motif agissant veut certainement autre chose en voulant le déplaisir et en le recherchant sans cesse. – Pourquoi les arbres d’une forêt vierge luttent-ils entre eux ? Pour le « bonheur » ? – Pour la puissance !… L’homme devenu maître des forces de la nature, l’homme devenu maître de sa propre sauvagerie et de ses instincts déchaînés (les désirs ont appris à obéir, à être utiles) – l’homme comparé à un pré-homme représente une énorme quantité de puissance – et non pas une augmentation de « bonheur ». Comment peut-on prétendre qu’il a aspiré au bonheur ?…

David Hockney, Sunbather (1966)

Nietzsche,

La joie est une agréable émotion de l’âme, en laquelle consiste la jouissance qu’elle a du bien, que les impressions du cerveau lui représentent comme sien. … C’est en cette émotion que consiste la jouissance du bien: car en effet, l’âme ne reçoit aucun autre fruit de tous les biens qu’elle possède; et pendant qu’elle n’en a aucune joie, on peut dire qu’elle n’en jouit pas plus que si elle ne les possédait point. J’ajoute aussi que c’est du bien que les impressions du cerveau lui représentent comme sien, afin de ne pas confondre cette joie qui est une passion, avec la joie purement intellectuelle, qui vient de l’âme par la seule action de l’âme, et qu’on peut dire être une agréable émotion excitée en elle, par elle-même, en laquelle consiste la jouissance qu’elle a du bien que son entendement lui présente comme sien. Il est vrai que pendant que l’âme est jointe au corps, cette joie intellectuellle ne peut guère manquée d’être accompagnée de celle qui est une passion. Car sitôt que notre conscience s’aperçoit que nous possédons quelque bien, encore que ce bien puisse être si différent de tout ce qui appartient au corps, qu’il ne soit point du tout imaginable, l’imagination ne laisse pas de faire incontinent quelque impression dans le cerveau, de laquelle suit le mouvement des esprits qui excite la passion de la joie.

Pierre Bonnard, Le bain (1925)

« Ne cherche pas à ce que les événements arrivent comme tu veux, mais veuille que les événements arrivent comme ils arrivent. » Il s’agit donc de travailler essentiellement sur la façon dont nous regardons le monde. Epicure, en disant que le bien était facile d’accès, m’aidait quant à lui à construire un art de vivre qui découvre la joie où elle se donne, à nourrir une sorte de sobriété heureuse pour tant d’épreuves. Bref, les philosophes antiques m’ont apporté une orientation, une fin, une aspiration: devenir un « progressant », inscrire la vie dans une dynamique, se convertir chaque jour à un mode de vie philosophique. 

almashaeir almafquda   المشاعر المفقودة

Lost emotions!

LES EMOTIONS VONT ET VIENNENT DANS NOS COEURS ET NOUS NOUS EMBARQUONS QUELQUEFOIS SUR DES TERRES HOSTILES ET IMPREVUES. LE BATEAU IVRE CE PROPOSE DE VOUS FAIRE VOYAGER AU CENTRE DE NOS ANGOISSES A LA RECHERCHE DES EMOTIONS EGAREES…

« On dit qu’avant d’entrer dans la mer, une rivière tremble de peur. que devoir disparaître à jamais. » – La peur. Khalil Gibran

Francis Bacon, Étude d’après le portrait du pape Innocent X par Velázquez (1953)

À la fin du scolie de la proposition XXXIX, Spinoza écrit : « Enfin, si le désir d’éviter un mal futur est réduit par la peur d’un autre mal, de façon qu’on ne sache plus ce qu’on veut, alors la crainte s’appelle consternation, principalement quand l’un et l’autre maux dont on a peur sont parmi les plus grands ».

La peur et l’angoisse sont des sentiments relativement voisins, il convient de les distinguer. Kierkegaard ici manifeste à la fois la capacité de la psycho-logie à contribuer à l’analyse de l’angoisse dans son lien avec la liberté et le péché, et en même temps le fait que la liberté est par essence inexplicable, puisqu’expliquer quelque chose c’est en montrer la nécessité. L’angoisse est donc pour lui à la fois une catégorie de l’existence, qu’il appelle le « vertige de la liberté », mais en même temps elle est le vécu de l’individu, qui sera en fin de compte « l’unique devant Dieu ».

La peur est une émotion ressentie généralement en présence ou dans la perspective d’un danger, c’est-à-dire d’une situation comportant la possibilité d’un inconvénient ou d’un mal qui nous affecterait.

L’angoisse serait une inquiétude, à certains égards semblable à la peur, mais dans laquelle le danger qui caractérise celle-ci reste indéterminé.

En remontant vers les sources

Aux sources de notre culture, la mythologie grecque et la Bible, nous retrouvons à propos de l’angoisse ce caractère de menace indéterminée qu’on vient de discerner, non sans rapport avec le problème des origines.

Dans la tragédie grecque, l’angoisse résulte de la confrontation à un destin inéluctable. Dans l’Œdipe à Colonne, Œdipe, réfugié à Athènes avec sa fille Antigone après s’être aveuglé, dit à Créon qui l’a chassé de Thèbes mais voudrait le récupérer : « J’ai été la victime involontaire de ces malheurs. Ainsi l’ont voulu les dieux, irrités sans doute depuis longtemps contre notre race ». Pourquoi cette irritation ? c’est ce qu’Œdipe ignore. Peut-être ne sait-il pas de quoi Laïos s’est rendu coupable quand il était jeune à la cour du roi Labdacos. En tout cas il ne se sait pas coupable : « Si un oracle a prédit à mon père qu’il périrait de la main de son fils, apprends-moi comment tu pourrais justement m’en faire un reproche, à moi qui n’étais encore ni engendré par mon père ni conçu par ma mère, à moi qui n’étais pas encore né ? Si par une fatalité évidente, j’en suis venu aux mains avec mon père et l’ai tué, sans savoir ce que je lui faisais et qui je frappais, comment me blâmerais-tu raisonnablement d’un acte resté involontaire ?» L’angoisse naît ici de la fatalité du destin – mais à propos d’événements qui touchent à la naissance et à la culpabilité.

Il en est souvent de même dans la Bible, à cette différence près que le protagoniste s’en prend personnellement à Dieu, conçu comme l’auteur du châtiment. C’est le cas de Job qui comme Œdipe clame son innocence mais sans en être absolument sûr. Lui aussi évoque sa naissance :

« Périsse le jour où j’allais être enfanté (3,3)… Pourquoi ne suis-je pas mort dès le sein, à peine sorti du ventre j’aurais expiré (3,11)… Pourquoi ce don de la vie à l’homme dont la route se dérobe ? (3,23)… Quand cesseras-tu de m’épier, me laisseras-tu avaler ma salive ?Ai-je péché ? Qu’est-ce que cela te fait ? Pourquoi m’avoir choisi pour cible ? (7,19-20)»

Le psalmiste, lui, reconnaît plus explicitement son péché, et en reste accablé, même s’il accède au repentir. Le psaume 38 pourrait avoir été prononcé par Job :

« Ta main s’est abattue sur moi.

Rien d’intact dans ma chair, et cela par ta colère, 

Rien de sain dans mes os, et cela par mon péché…

Mes plaies infectées suppurent…

Sombre je me traîne tous les jours, 

Car mes reins sont envahis par la fièvre »

Johann Heinrich Füssli, La cauchemar (1790)

La forme la plus saisissante peut-être dans la Bible se trouve dans le Deuxième Testament : celle de Jésus à Gethsémani. Après le repas pascal, il se retire dans le domaine qui porte ce nom. Il dit aux disciples : « Restez ici tandis que je m’en irai prier là bas ». Et prenant avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, il commença à ressentir tristesse et angoisse. Alors il leur dit : « Mon âme est triste jusqu’à en mourir, demeurez ici et veillez avec moi » (Matthieu, 26,36-39). Selon Luc, il leur dit : « Priez pour ne point entrer en tentation ». Puis il s’éloigna d’eux à la distance d’un jet de pierre, et fléchissant le genou il priait : « Père si tu le veux, éloigne de moi cette coupe. Cependant, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse mais la tienne ». En proie à la détresse il priait de façon plus instante et la sueur devint comme de grosses gouttes de sang qui tombaient à terre » (Luc, 22,40-44).

L’angoisse est ici liée à la tentation en général – plus précisément à la tentation que, selon les évangélistes, Jésus lui-même éprouve de ne pas faire face à la nécessité d’assumer sa mission et d’affronter la mort. Angoisse d’autant plus fascinante qu’elle concerne un personnage considéré par les premières communautés chrétiennes où furent rédigés ces textes comme le seigneur et le sauveur.

Comment les artistes ont-ils choisi d’exprimer l’effroi ? C’est ce que nous tenterons de découvrir à travers des exemples précis pris à des sources iconographiques diversifiées.

Le thème de la peur traverse toute l’histoire de l’art. Afin de susciter celle-ci chez les fidèles, l’épisode du Jugement Dernier fut particulièrement représenté. Il apparait d’abord en sculpture sur les tympans romans puis gothiques avant de connaitre une immense fortune iconographique.

James Ensor, L’intrigue (1890)

Parmi les œuvres traitant de ce sujet, nous évoquerons en premier l’éblouissant Jugement Dernier de Michel Ange réalisé entre 1536 et 1541 dans la Chapelle Sixtine à Rome.

Dans un registre différent, le personnage de Méduse illustrant la peur du féminin est également très présent. Les érudits du Moyen Âge interprétèrent sa beauté comme un symbole des tentations terrestres et sa dimension maléfique persistera jusqu’après la Renaissance. À la fin du XIXe siècle, Méduse, toujours présente, répond parfaitement (ainsi que les personnages de Judith ou celui de Salomé) au gout de l’époque pour les femmes fatales et inquiétantes. 

Par ailleurs, les peintres appartenant au romantisme noir se sont attachés à neutraliser l’enthousiasme rationaliste des Lumières en ayant recours à un imaginaire angoissant. Johanne Heinrich Füssli a traité le thème des cauchemars et Goya, celui du satanisme.

Nous évoquerons également la folie, lorsque la peur est si intense qu’elle conduit à la démence. Nous commenterons l’effroi de celles qui sont raptées : les Sabines et autres Proserpine. L’horreur des mères face à la soldatesque dans les différents massacres des innocents déclinés du XVIIe au XXe siècle. Autant de motifs d’inquiétude et de peurs diverses abondamment déclinés en gravures, peintures sculptures et par ailleurs, toujours d’actualité.

ALBIAT NAZRAT ALSAEADA  تلبية نظرة السعادة

MEET THE GAZE OF HAPPINESS!

CROISER LE REGARD DU BONHEUR!

Pablo Picasso, La joie de vivre (1946)

Cette croisière sur la rivière du bonheur nous permettra d’oublier certains « maux », nous détendre au fil de l’eau à bord du bateau ivre…

Ce texte est dédié à celles et à ceux qui sont passés à côté du bonheur et en particulier à un coquelicot!شقائق النعمان

L’homme qui est incapable de s’asseoir au seuil de l’instant en oubliant tous les évènements passés, celui qui ne peut pas, sans vertige et sans peur se dresser un instant tout debout comme une victoire, ne saura jamais ce qu’est un bonheur et ce qui est pareil ne fera jamais rien pour donner du bonheur aux autres.

« Certains d’entre vous disent que la joie est plus grande que la tristesse, et d’autres disent que c’est plutôt la tristesse qui est plus grande. Mais je vous dis qu’elles sont inséparables. Elles marchent ensemble et quand l’une est assise à votre table, n’oubliez pas que l’autre sommeille dans votre lit. » – K. Gibran 

Comment se fait-il que les articles de foi fondamentaux, en psychologie, sont tous la pire déformation et le plus odieux faux monnayage ? « L’homme aspire au bonheur », par exemple – qu’est-ce qui est vrai là-dedans ? Pour comprendre ce que c’est que la vie, quelle sorte d’aspiration et de tension exige la vie, la formule doit s’appliquer aussi bien à l’arbre et à la plante qu’à l’animal. « A quoi aspire la plante ? » – Mais là nous avons déjà imaginé une fausse unité qui n’existe pas. Le fait d’une croissance multiple, avec des initiatives propres et demi-propres, disparaît et est nié si nous supposons d’abord une unité grossière, « la plante ». Ce qui est visible avant tout, c’est que ces derniers « individus », infiniment petits, ne sont pas intelligibles dans le sens d’un « individu » métaphysique et d’un « atome », et que leur sphère de puissance se déplace sans cesse ; mais chacun de ces individus, s’il se transforme de la sorte, aspire-t-il au bonheur ? – Cependant toute tendance à s’étendre, toute incorporation, toute croissance, est une lutte contre quelque chose qui est accompagnée de sensations de déplaisir : ce qui est ici le motif agissant veut certainement autre chose en voulant le déplaisir et en le recherchant sans cesse. – Pourquoi les arbres d’une forêt vierge luttent-ils entre eux ? Pour le « bonheur » ? – Pour la puissance !… L’homme devenu maître des forces de la nature, l’homme devenu maître de sa propre sauvagerie et de ses instincts déchaînés (les désirs ont appris à obéir, à être utiles) – l’homme comparé à un pré-homme représente une énorme quantité de puissance – et non pas une augmentation de « bonheur ». Comment peut-on prétendre qu’il a aspiré au bonheur ?…

Henri Matisse, Le bonheur de vivre (1905)

Le bonheur est un concept difficile à définir. Malgré tout, de nombreux courants de pensée philosophique ont tenté de déterminer ce qui nous rend heureux. Kant, Aristote ou même Nietzsche ont donné leur propre définition de ce concept abstrait qui pourtant, est source d’aspiration pour le plus grand nombre d’entre nous !

Dans cet article, découvrez comment le bonheur est-il perçu à travers l’oeil des plus grands philosophes…

Aristote

“Le bien humain réside dans une activité de l’âme conforme à la vertu.”

Pour Aristote, philosophe grec de l’Antiquité, le bonheur est le souverain du bien ; le but ultime de toutes nos actions. Pour l’homme, le bonheur repose donc sur la conformité à la raison et à la vertu.

Cependant, la vertu ne suffit pas au bonheur. En effet, Aristote met en avant le fait que l’homme a besoin d’avoir un corps en bonne santé, ainsi que des biens extérieurs.

Epicure

“Le plaisir est le commencement et la fin de la vie heureuse.”

Epicure, philosophe grec du grand courant de l’épicurisme, distingue les différents plaisirs. Le plaisir qui apporte souffrance et douleur ; et celui qui apporte la paix de l’âme. Pour Epicure, il faut que l’homme sache différencier ces deux plaisirs pour être heureux.

Confucius

“Tous les hommes pensent que le bonheur se trouve au sommet de la montagne alors qu’il réside dans la façon de la gravir.”

Le sage chinois Confucius a lieu aussi apporté sa vision du bonheur. Le confucianisme inspire aujourd’hui bon nombre de livres, blogs sur le développement personnel, la « positive attitude » et la méditation. Il s’agit tout compte fait de savoir apprécier le moment présent, plutôt que de voir le bonheur comme un but à atteindre.

Lao Tseu

“Si vous êtes déprimé, vous vivez dans le passé. Si vous êtes anxieux, vous vivez dans le futur. Si vous êtes en paix avec vous-même, vous vivez dans le présent. »

Considéré comme le père fondateur du taoïsme, ce sage chinois conseille à tout Homme de vivre dans l’instant présent, sans se soucier de ses actes passés, ni de ceux futurs. Il s’agit concrètement de profiter des joies de la vie paisiblement.

Emmanuel Kant

“Le bonheur est un idéal de l’imagination et non de la raison.”

Emmanuel Kant, philosophe allemand du XVIIIe siècle, assimile la notion de bonheur à la satisfaction complète des besoins et des désirs.

Arthur Schopenhauer

“Le bonheur positif et parfait est impossible ; il faut seulement s’attendre à un état comparativement moins douloureux.”

Arthur Schopenhauer, philosophe allemand du XVIIIe siècle, refuse l’idée que la satisfaction totale des désirs s’identifie à la plénitude ou à la tranquillité. Pour ce philosophe, la quête du bonheur est donc une perte de temps, puisqu’il s’avère introuvable…

John Stuart Mill

“Les actions sont bonnes ou sont mauvaises dans la mesure où elles tendent à accroître le bonheur ou à produire le contraire du bonheur.”

Philosophe partisan de l’utilitarisme, cet économiste britannique du XIXe siècle assimile l’idée du bonheur à une action utile. Pour lui, l’intérêt premier n’est pas le bonheur de l’individu mais la somme de bonheur totalisé pour le plus grand nombre de personnes.

Friedrich Nietzsche

“Qu’est-ce que le bonheur ? Le sentiment que la puissance croît, qu’une résistance est en voie d’être surmontée.”

Pour le philosophe allemand du XIXe siècle, la vie ne tend pas au bonheur. En effet, selon lui, la vie est une énergie qui pousse tout être vivant à étendre son pouvoir. Elle est donc à la fois force créatrice et destruction.

Georges Seurat, Un dimanche après-midi à la Grande Jatte (1884-1885)

ARISTOTE

S’il est exact qu’il y ait quelque fin de nos actes que nous voulons pour elle-même, tandis que les autres fins ne sont recherches que pour cette première fin même, s’il est vrai aussi que nous ne nous déterminons pas à agir en toutes circonstances en remontant d’une fin particulière à une autre  car on se perdrait dans l’infini et nos tendances se videraient de leur contenu et deviendraient sans effet, il est évident que cette fin dernière peut être le bien et même le bien suprême. N’est-il pas exact que, par rapport à la vie humaine, la connaissance de ce bien a une importance considérable et que, la possédant, comme des archers qui ont sous les yeux le but à atteindre, nous aurons des chances de découvrir ce qu’il convient de faire ? 

Mais sur ce que nous avons dit, voici que s’amorce une discussion : on pourra soutenir que l’argumentation ne s’applique pas à l’ensemble des biens, mais à une seule catégorie de biens, ceux que nous recherchons et aimons pour eux-mêmes ; en revanche, ceux qui ont la vertu de créer ces objets, de les sauvegarder en quelque manière, de les défendre contre ce qui leur est contraire, ne sont appelés biens que relativement, à cause de leur rôle et d’une autre façon. Il est donc manifeste qu’on peut distinguer deux sortes de biens : ceux qui sont des biens en soi et ceux qui ne sont des biens que relativement aux premiers. Cette distinction faite entre ce qui est bien en soi et ce qui est simplement utile à ceux-là , examinons si on peut les ranger sous une seule idée. Quels biens pourrait-on reconnaître comme biens en soi ? Sont-ce tous ceux que nous poursuivons séparément, comme la pensée, la vision, quelques plaisirs et les honneurs ? Car même si nous les poursuivons pour quelque autre raison, néanmoins on pourrait les compter parmi les biens en soi ou ne les considérer que comme une idée, si bien que cette idée se réduira à une vaine apparence. Si donc ces biens-là  doivent être rangés parmi les biens en soi, il faudra admettre que le même concept du bien apparaisse dans tous ces objets, comme la notion de blancheur apparante dans la neige et le blanc de céruse. Pourtant les concepts d’honneur, de pensée, de plaisir admettent, en tant que biens, des définitions différentes et dissemblables. Ainsi donc le souverain bien n’est pas cette qualité commune que comprendrait une seule idée. Eh bien ! comment l’entend-on ? Ces termes ne sont pas homonymes en vertu du hasard. Faut-il donc admettre que ces biens procèdent d’un seul bien, ou tendent tous vers la même fin ? ou plutôt est-ce par suite d’une analogie ? Ainsi la vue joue pour le corps le même rôle que l’intelligence pour l’âme et ainsi de suite. Mais vraisemblablement il vaut mieux renoncer à cette question pour l’instant ; car un examen minutieux sur ce sujet relèverait davantage d’une autre partie de la philosophie. Il en va de même de l’Idée. Car si l’on affirme du bien qu’il est un et commun à  tout, ou qu’il existe sépare et subsistant par lui-même, il est évident qu’il serait irréalisable pour l’homme et impossible à  acquérir. En fait, c’est juste le contraire que nous recherchons ici. Très vite, on s’apercevrait qu’il vaut mieux en acquérir la connaissance en se référant à ceux des biens que l’on peut atteindre et réaliser. Ayant pour ainsi dire un modèle sous les yeux, nous saurons plus exactement les biens qui nous conviennent, et les connaissant, nous les atteindrons plus facilement.

Pierre-Auguste Renoir, Le déjeuner des canotiers (1880-1881)

Mais reprenons la question ; puisque toute connaissance et toute décision librement prise vise quelque bien, quel est le but que nous assignons à  la politique et quel est le souverain bien de notre activité? Sur son nom du moins il y a assentiment presque général : c’est le bonheur, selon la masse et selon l’élite, qui supposent que bien vivre et réussir sont synonymes de vie heureuse ; mais sur la nature même du bonheur, on ne s’entend plus et les explications des sages et de la foule sont en désaccord. Les uns jugent que c’est un bien évident et visible, tel que le plaisir, la richesse, les honneurs ; pour d’autres la réponse est différente ; et souvent pour le même individu elle varie : p. ex., malade il donne la préférence à la santé, pauvre à la richesse. Ceux qui sont conscients de leur ignorance écoutent avec admiration les beaux parleurs et leurs prétentions ; quelques-uns par contre pensent qu’en plus de tous ces biens, il en est un autre qui existe par lui-même, qui est la cause précisément de tous les autres.

hutam sufun alfida’ حطام سفن الفداء

The shipwrecks of redemption!

« Tout ce qui est fait dans le présent affecte l’avenir en conséquence, et le passé par rédemption. » 

LE BATEAU IVRE NOUS DEPOSE SUR LA BERGE DE LA DERNIERE ESCALE DE NOS EMOTIONS; ENTRE PEUR ET MEDITATION NOUS RESTERONS AINSI NAUFRAGES DE NOS INTENTIONS ET PEUT ÊTRE SAUVES PAR NOTRE PROPRE REDEMPTION!

Pablo Picasso, Guernica (1937)

Car la vie et la mort sont un, de même que le fleuve et l’océan sont un. connaissance de l’au-delà; Et tels des grains rêvant sous la neige, votre cœur rêve au printemps. Fiez-vous aux rêves, car en eux est cachée la porte de l’éternité.

Gibran Khalil

La reconnaissance de la douleur et de la peur chez autrui fait naître en nous la compassion, et cette pitié est notre humanité, notre rédemption. Dans la grisaille du présent, nous attendons un jour nouveau, une vie nouvelle, un printemps nouveau, une rédemption, un rachat, une revanche, une révolte.

Ecrits entre 1944 et 1947, les textes réunis sous le titre Minima Moralia sont présentés par Adorno lui-même comme les fragments d’un « triste savoir » 

Theodor W. Adorno, Minima Moralia. Réflexions sur la vie…

Mêlant réflexions personnelles d’un intellectuel en émigration forcée et considérations philosophiques désenchantées, ils semblent désespérer d’indiquer à la pensée et à la culture un chemin praticable, entre la barbarie à laquelle l’Europe a failli succomber et les contraintes non critiques de rentabilité que l’inéluctable industrialisation de la culture la forcera désormais d’importer. Reprenant à nouveaux frais la réflexion de Walter Benjamin sur le « déclin de l’expérience » révélé dans les traumatismes de la Première Guerre mondiale, Adorno explore les champs dévastés d’une vie dont la « mutilation » paraît sans recours.

Francis Bacon, Triptyque inspiré par l’Orestie d’Eschyle (1981)

Dans ce contexte, la question se pose de savoir si l’affirmation selon laquelle « la connaissance n’a d’autre lumière que celle de la rédemption portant sur le monde » doit être interprétée comme un sursaut, ou au contraire comme l’indice d’une détresse théorique irréversible. A-t-elle le sens d’une fuite dans l’irrationnel, ou témoigne-t-elle plutôt de la volonté de trouver, à travers des termes qui appartiennent d’abord à un lexique religieux, les conditions d’un rebond de la raison ?

L’assertion citée se trouve dans le dernier paragraphe de la dernière partie des Minima Moralia, et c’est en fait tout cet ultime fragment qui développe l’énigme d’une parole dont on ne discerne pas d’abord s’il s’agit d’un constat d’épuisement ou de la décision de ménager malgré tout un passage à la volonté de vivre et de penser. Sa thèse, pour ne pas être simple, est énoncée d’emblée, sur le ton sans appel que pratique souvent Adorno : « La seule philosophie dont on puisse encore assumer la responsabilité face à la désespérance, serait la tentative de considérer toutes les choses telles qu’elles se présenteraient du point de vue de la rédemption » 

Plus encore que le terme en effet imposant sur lequel elle se clôt, est important dans cette phrase l’usage du conditionnel. La grammaire suggère ainsi une temporalité singulière de la pensée, plus incertaine sans doute que l’indicatif, mais possédant une extension plus grande au-delà du seul établissement des faits. La philosophie annoncée se trouve présentée selon le contraste d’une exclusivité apparemment indiscutable et d’une précarité essentielle : elle est seule désormais revendicable, mais ce qui est revendiqué en elle n’a rien d’immédiatement évident.

La Rédemption (du latin redemptio qui veut dire « rachat ») est un concept théologique présent dans le judaïsme, christianisme, et l’islam qui met l’accent sur l’aspect divin du mystère du Salut de l’Homme.

Vincent Van Gogh, Autoportrait à l’oreille bandée (1889)

Si la rencontre avec Socrate décida de la vocation philosophique de Platon, ce fut peut-être au moment de la condamnation et de la mort de Socrate que cette vocation s’imposa, en définitive, avec toute la violence et toute la passion puisées dans le scandale. Il semble bien que la mort de Socrate ait pris dans l’existence de Platon le sens et la valeur d’une expérience-limite, c’est-à-dire d’une expérience dépassant toute possibilité d’assimilation, d’assomption, chez l’individu. La mort de Socrate, c’est la mort du juste, et cette mort éclate comme un scandale dont il est impossible de se remettre, un scandale qui scinde le temps entre un avant et un après. Le ciel d’Athènes, l’agora, l’espace humain de la cité ne sont plus les mêmes dès l’instant où les juges ont rendu leur sentence. Quelque chose s’est passé qui a bouleversé les coordonnées du monde familier à Platon, de son ἦθος ; c’est comme dans les cauchemars, lorsque le sol vient à manquer sous les pas et que le rêveur, dés-établi du monde secourable où il était ancré, s’éveille en hurlant, brusquement conscient du chaos qu’il porte en lui et où il a failli sombrer. La mort du juste, c’est très précisément l’avènement du chaos, l’effondrement du sens dans le non-sens, le reflux, pour reprendre une image d’Empédocle, de la haine sur l’amour et la précipitation dans la nuit. Que reste-t-il de la justice, que reste-t-il de l’amour, que reste-t-il de la piété et du choix d’une existence axée sur l’unique recherche de la vérité, que reste-t-il enfin de la vérité si Socrate est condamné à mort ?

C’est dans l’instant de stupeur qui suit le verdict que jaillissent toutes ces questions. Et celles-ci ne se posent pas comme dans un confortable traité de morale, elles s’imposent avec le regard de Socrate, avec sa voix, avec sa face de vieux Marsyas épris de pure beauté. Et elles se fondent en un unique pourquoi, pourquoi cela ?

Or cette question ne peut trouver de réponse du côté de faciles a priori. Quand l’âme est foudroyée, comme l’était celle des disciples assistant au procès, Platon, Criton et Critobule, elle ne se console pas en recourant aux explications traditionnelles : la μοῖρα, l’ἀνάγϰη, le caprice des dieux n’étouffent pas le scandale. Dans l’instant vertigineux où tout s’écroule, il ne subsiste plus alors que ce pourquoi, par où l’existence met son sens en question, par où elle revendique son sens face à la transcendance écrasante du destin. Si la philosophie est née de l’étonnement, dans le cas de Platon ce fut bien de la douloureuse surprise de la plus injuste condamnation.

Marc Chagall, Golgotha (1912)

C’est cette expérience vécue qu’il faut avoir présente à l’esprit lorsqu’on veut retrouver le chemin de la réflexion platonicienne sur le sens de l’existence, sur le sens de la mort et sur l’impérieuse nécessité d’instaurer la justice dans les cœurs et dans la cité. A l’horizon de ces problèmes qui pourraient être de simples exercices d’école (après tout, les Sophistes, à leur manière, ont bien aussi abordé ces questions fondamentales), se profile toujours chez Platon le scandale du juste, condamné à mort pour avoir voulu, jusqu’au bout, rester fidèle à sa mission de justice. C’est pour qu’un tel scandale ne se reproduise plus que Platon élaborera le projet d’une Cité tout entière vouée à la connaissance et au service du Bien. C’est pour que le scandale cesse d’apparaître comme une expérience totalement inassimilable, que Platon va se faire, parmi les philosophes grecs, le puissant poète de l’immortalité de l’âme. Il n’est pas interdit de penser, en effet, que si Platon s’est tellement attaché à soutenir l’affirmation de l’immortalité de l’âme, alors qu’il s’agit d’un problème difficilement perméable à la raison, c’est animé par le souci de dépasser l’apparent échec de Socrate et de lui apporter un sens ; car si l’existence se limite à nos années de vie biologique et à la somme de nos réalisations objectives, la destinée de Socrate s’achève dans un échec qui en couronne l’absurdité. Dans la perspective de l’expérience-limite, il faut donc que l’âme soit immortelle. 

L’ange de la Rédemption

« Alors un homme riche dit : Parlez-nous du Don.

Et il répondit : Vous donnez, mais bien peu quand vous donnez de vos possessions.

C’est lorsque vous donnez de vous-même que vous donnez véritablement.

Car que sont vos possessions, sinon des choses que vous conservez et gardez par peur d’en avoir besoin le lendemain ?

Et demain, qu’apportera demain au chien trop prévoyant qui enterre ses os dans le sable sans pistes, tandis qu’il suit les pèlerins dans la ville sainte ?

Et qu’est-ce que la peur de la misère sinon la misère elle-même ?

La crainte de la soif devant votre puits qui déborde n’est-elle pas déjà une soif inextinguible ?

Il y a ceux qui donnent peu de l’abondance qu’ils possèdent – et ils le donnent pour susciter la gratitude et leur désir secret corrompt leurs dons.

Et il y a ceux qui possèdent peu et qui le donnent en entier.

Ceux-là ont foi en la vie et en la générosité de la vie, et leur coffre ne se vide jamais.

Il y a ceux qui donnent avec joie, et cette joie est leur récompense.

Et il y a ceux qui donnent dans la douleur, et cette douleur est leur baptême.

Et il y a ceux qui donnent et qui n’en éprouvent point de douleur, ni ne recherchent la joie, ni ne donnent en ayant conscience de leur vertu.

Ils donnent comme là-bas le myrte exhale son parfum dans l’espace de la vallée.

Par les mains de ceux-là Dieu parle, et du fond de leurs yeux il sourit à la terre.

Il est bon de donner lorsqu’on vous le demande, mais il est mieux de donner quand on vous le demande point, par compréhension.

Et pour celui dont les mains sont ouvertes, la quête de celui qui recevra est un bonheur plus grand que le don lui-même.

Et n’y a-t-il rien que vous voudriez refuser ?

Tout ce que vous possédez, un jour sera donné.

Donnez donc maintenant, afin que la saison du don soit la vôtre et non celle de vos héritiers.

Vous dites souvent : « Je donnerai, mais seulement à ceux qui le méritent ».

Les arbres de vos vergers ne parlent pas ainsi, ni les troupeaux dans vos pâturages.

Ils donnent de sorte qu’ils puissent vivre, car pour eux, retenir est périr.

Assurément, celui qui est digne de recevoir ses jours et ses nuits est digne de recevoir tout le reste de vous.

Et celui qui mérite de boire à l’océan de la vie mérite de remplir sa coupe à votre petit ruisseau.

Et quel mérite plus grand peut-il exister que celui qui réside dans le courage et la confiance, et même dans la charité, de recevoir ?

Et qui êtes-vous pour qu’un homme doive dévoiler sa poitrine et abandonner sa fierté, de sorte que vous puissiez voir sa dignité mise à nu et sa fierté exposée ?

Veillez d’abord à mériter vous-même de pouvoir donner, et d’être un instrument du don.

Car en vérité c’est la vie qui donne à la vie – tandis que vous, qui imaginez pouvoir donner, n’êtes rien d’autre qu’un témoin.

Et vous qui recevez – et vous recevez tous – ne percevez pas la gratitude comme un fardeau, car ce serait imposer un joug à vous-même, comme à celui qui donne.

Elevez-vous plutôt avec celui qui vous a donné par ses offrandes, comme avec des ailes.

Car trop se soucier de votre dette est douter de sa générosité, qui a la terre bienveillante pour mère, et Dieu pour père. »

L’ÂME DE CUIR!

الروح الجلدیة ALRUWH ALJILDIA

THE SOUL OF LEATHER!

L’ESPACE CULTUREL GINGKO’ART COMPTE PLUS DE 7000 OUVRAGES SUR L’ART DANS SA BIBLIOTHEQUE DONT CERTAINS TRES RARES. DES MONOGRAPHIES, DES CATALOGUES RAISONNES SUR LA PEINTURE, LA SCULPTURE, L’ARCHITECTURE ET LA PHOTOGRAPHIE;QUELQUES LIVRES SUR LES CIVILISATIONS.

NOUS REMERCIONS ICI CATHERINE TRECCANI RELIEUSE ET SON APPRENTI ALKOMEIT REZK POUR LA QUALITE DU TRAVAIL EFFECTUE SUR L’OUVRAGE, HISTOIRE CATALOGRAPHIQUE, DE MANET PAR TABARANT, EDITIONS MONTAIGNE, PARIS 1931, NUMEROTE 170 SUR 225.

AINSI QUE SUR LES DEUX MONOGRAPHIES: EDITIONS LOUIS MICHAUD, HONORE DAUMIER, ARSENE ALEXANDRE, DAUMIER, AUX EDITIONS RIEDER, PARIS 1928. .
LES OUVRAGES ONT RETROUVES LE RAYON DE LA BIBLIOTHEQUE DE LA CHAPELLE DU XVEME SIECLE DANS UN HABIT DE CUIR MAGNIFIQUE!

UN GRAND MERCI A CATHERINE, GRANDE DAME DE LA RELIURE ET MONSIEUR ALKOMEIT REZK.

Catherine Treccani
Catherine Treccarini

Une bibliothèque, c’est une âme de cuir et de papier. Il n’y a pas meilleur moyen pour fouiller dans les tréfonds d’une psyché que de jeter un œil aux ouvrages qui la composent. La sélection, le rangement, le contenu, même la qualité de la reliure : tous les détails sont importants.

Les métiers d’art, d’excellence et du luxe et les savoir-faire traditionnels

LES MÉTIERS D’ART, VITRINE DE LA FRANCE

Reliures par Catherine Tréccani et son apprenti Alkomeit Rezk, Paris


Parmi les entreprises artisanales, les métiers d’art occupent une place particulière. Grâce à des activités à forte valeur ajoutée, appuyées sur un savoir- faire souvent ancien et toujours pointu, ces entreprises constituent une vitrine pour l’artisanat tout entier, participant au développement local et contribuant à valoriser l’image de la France.

« J’éprouve de la reconnaissance pour les relieurs… Dans ma bibliothèque, la série des textes grecs s’en va en morceaux, les pages retenues par des élastiques. Seuls subsistent tout fiers ceux qui avaient été reliés résistant à tout mon labeur. Quiconque aime les livres aime les voir ainsi bien habillés, comme parés pour entrer dans la durée. J’éprouve aussi du respect pour les relieurs »… « je ne pouvais qu’admirer ce beau travail d’artisan où se reconnaissait le goût de la perfection… »

Jacqueline de Romilly, in Le geste et la parole des métiers d’art, sous la direction de Renaud Dutreil et Erik Orsenna, 2004.

Qu’est-ce que la reliure ?
C’est avec l’apparition du codex, au Ier siècle, que la reliure naît et crée l’objet- livre que nous connaissons encore aujourd’hui.

Le codex est en effet un livre constitué d’un ensemble de feuilles pliées formant des cahiers, qui sont ensuite reliés, ce qui le différencie du volumen ou livre en rouleau. Étape nécessaire à la réunion des cahiers écrits et donc à leur lecture, moment indispensable pour la conservation de ces textes, la reliure est un élément fondamental du livre.


Elle s’oppose au brochage, qui se caractérise par une couverture directement collée ou cousue au dos du livre, qui n’offre pas la même solidité dans le temps. La reliure peut se résumer techniquement à la couture des cahiers, à la pose de plats rigides ou flexibles, qui ne sont pas solidaires du corps d’ouvrage, et d’un matériau de couvrure des plats. Ce n’est qu’au XVII ème siècle que le terme de reliure prend le sens de « manière dont un livre est relié » : dans ce sens, la reliure donne alors à voir son histoire, ses évolutions techniques, ses multiples ressorts artistiques, ses originalités de matériaux ou de décors, et ses styles, souvent liés au renom des relieurs.
La reliure reste une réponse à des contraintes, et en premier lieu celle de la commande. En effet, le commanditaire indique au relieur ses désirs de matériaux, de formes et surtout de prix ; le relieur doit répondre à ses demandes à partir de cahiers écrits. Le commanditaire devenu libraire.

Presse de relieur


La reliure : des techniques minutieuses, un vocabulaire spécifique


Les relieurs reproduisent depuis des siècles les mêmes gestes techniques minutieux et suivent un processus lent, dû en particulier aux temps de séchage et de mise en presse. Il existe de nombreuses variantes d’une même technique, autant que de relieurs qui recherchent des solutions originales en fonction de leur habileté et de leur ingéniosité. Les techniques mises en œuvre pour la confection des reliures sont des indices de datation ou de provenance d’un livre.

La reliure emploie un vocabulaire spécifique qui peut la faire apparaître aux novices comme un art complexe.

L’objet-livre, qu’il soit ordinaire ou précieux, et que nous conservons dans nos bibliothèques, si belles lorsque le dos de nos livres présentent une cohérence esthétique, naît de la technique et de l’art du relieur.


La reliure est aussi un art à contempler, quitte à être parfois aujourd’hui dans sa propre contradiction en protégeant « les exemplaires les plus rares d’une enveloppe si précieuse que le lecteur appréhende de s’en emparer et de les ouvrir et envisage encore moins de les lire ».

HISTOIRE DE LA RELIURE

Les sources convergent pour établir la naissance de l’écriture à Sumer en Mésopotamie (Irak) vers 3500 ans avant Jésus-Christ. Des signes pictogrammes sont alors tracés sur de petites tablettes d’argile humide au moyen d’un roseau taillé en pointe. Ils sont remplacés par l’écriture cunéiforme vers 3300 avant Jésus-Christ. Durant toute l’Antiquité, le livre se présente sous forme d’un rouleau de papyrus ou de parchemin (cuir obtenu par le tannage de peau d’animal) enroulé autour d’un bâton, c’est le volumen.

La reliure apparaît vers le IIe siècle après Jésus-Christ, lorsque ce support de l’écriture devient carré; le codex. Un fil de couture assemble désormais les feuillets pliés les uns dans les autres qui constituent le livre. À patir du VIe siècle la couverture est décorée de compositions géométriques tracées sur le cuir humide.

Mais c’est au Moyen-Âge que la reliure devient un art. Le verbe relier vient du verbe lier, ligare en latin. Il apparait dans la seconde moitié du XIIe siècle. Toute l’activité intellectuelle et artistique est concentrée dans les monastères. Le moine chargé de la reliure est appelé le ligator. Le livre est cousu sur des nerfs de boeuf créant des épaisseurs sur le dos de la reliure et fixant des plats en bois recouverts de peau (truie, cerf, âne…). Les couvertures sont estampées de fleurons (en bronze) chauds laissant une trace en relief. Avec l’apparition du carton et du papier au XIVe siècle puis de l’imprimerie en 1455, le livre devient plus petit, moins épais ce qui permet à la reliure de s’affiner. Les livres imprimés avant 1500 sont les incunables.

À la Renaissance, le grand changement technique est le grecquage qui consiste à entailler le dos des cahiers à la scie pour y loger la ficelle de couture et obtenir ainsi un dos lisse. Des inovations décoratives voient le jour avec l’utilisation de feuilles d’or et de fleurons italiens à motifs de petites feuilles réalisant une empreinte en creux et permetant des réalisations somptueuses comme les décors à la fanfare.

Dès lors, le principe fondamental du montage de la reliure reste le même. Au XVIIe siècle, les cuirs utilisés sont des peaux de chèvre et de veau. La marbrure (inventée au Japon au XIIe siècle) est utilisée pour les papiers de garde avec des motifs dits à peigne. Les décors dorés fleurissent sur les dos, ils sont réalisés à partir de fleurons composés de petits points. Les plats s’ornent de riches compositions avec, entre autres, les décors à la Du Seuil, à l’éventail et les reliures royales.

Les reliures du XVIIIe siècle affichent des caractéristiques semblables. Les papiers marbrés sont à motif coquillé. Les reliures royales, à la dentelle, aux armoiries, à la grotesque proposent des réalisations de grande qualité. Devant le nombre grandissant de livres imprimés, certains sont reliés de façon plus ordinaire, sans décor, alors que d’autres sont simplement brochés (cousus et recouverts de papier).

Au XIXe siècle, la reliure à dos brisé devient une règle: le cuir n’adhère plus au dos du livre, une bande de carte fait l’intermédiaire, c’est le faux-dos. Il évite au cuir de se fendre et offre au livre une meilleure ouverture. La préférence pour les cuirs va vers le veau et le maroquin (chèvre). Les papiers marbrés sont cailloutés, coulés ou ombrés et font leur apparition sur les plats créant la demi- reliure. Les décors suivent les courants Empire et Romantique de l’époque. La reliure industrielle, permettant de relier les livres par grandes séries, fait son apparition dans la seconde moitié du siècle.

Il faut attendre le XXe siècle pour qu’une transformation radicale du décor s’opère: l’utilisation des fleurons est bannie pour laisser place à des compositions mêlant des filets dorés, des mosaïques et l’inclusion de matériaux insolites comme le métal, le bois, la nacre voire le plastique. Les décors sont Art-nouveau, Art-déco, surréalistes, abstraits… Plus qu’une simple expression esthétique, la couverture de la reliure peut alors suggérer le texte.

Bénéficiant depuis d’une grande liberté de création décorative, les relieurs du XXIe siècle orientent leurs recherches vers de nouvelles structures de montage. Celles-ci visent à assurer aux ouvrages une bonne ouverture, une protection efficace en leur garatissant une conservation à long terme sans exclure l’aspect créatif sur les couvertures. Nombreuses, offrant une infinité de déclinaisons, elles se nomment reliure tressée, à structures croisées, à mors ouvert, à charnières piano, à la japonaise, criss-cross…

Les changements techniques et physiques qu’elles induisent sont considérables: les rubans passent sur les plats pour les décorer, les coutures deviennet apparentes, le fil peut être remplacé par une tige métallique, la colle n’est plus nécessaire pour maintenir les cahiers, le dos reste plat…

Une importance particulière est apportée au choix des matériaux de couvrure. Les plats sont en bois, plexiglass, polycarbonate, métal, tissu, cuirs fantaisie (perche, autruche, grenouille…). Lorsqu’il s’agit de cuir traditionnel, les effets de matière sont recherchés grâce au ponçage, au déglaçage, à la teinture, aux empreintes…

Métier d’art par excellence (puisqu’alliant technicité et création), la reliure, au fil des siècles, n’a eu de cesse de se modifier en suivant les innovations techniques, les courants artistiques et les idées de son temps.

Aujourd’hui, bien qu’étant devenue une activité discrète, elle est toujours synonyme de recherches, de dynamisme et d’évolution.

ALRUWH ALJILDIA! الروح الجلدیة

L’ÂME DE CUIR!
THE SOUL OF LEATHER!

Ousama Ibn MOUNKIDH – Un Émir Syrien au temps des Croisades (1095-1188)

ھذه ھي افضل وظیفة في العالم HADHIH HI AFADIL WAZIFATAN FI ALEALAM LE PLUS BEAU METIER DU MONDE…

الروح تطیر alruwh tatir L’ÂME EGAREE! THE LOST SOUL!

MALHEUREUSEMENT MONTRER LE CHEMIN N’A PAS SUFFIT !
IL AURAIT FALLU ÊTRE INFORME AFIN DE SUIVRE LES PAS ET GUIDER CELUI QUE VOUS CHERISSEZ…

Se figurer au futur et construire son avenir, y croire et se donner.

« Et toi, que veux-tu faire dans la vie ? »

Voudrais tu devenir relieur? Pour qu’il l’envisage et qu’il commence à s’identifier dans des choix possibles. Envisager un avenir, c’est se le figurer et voir déjà son image du futur. Janus, divinité romaine fêtée en janvier et associée au passage du temps et des portes, est connu pour présenter les deux visages du passé et du futur. Sur la ligne du temps, comme sur celle des possibles, Janus Clusius est celui qui clôt, et Janus Patulcius est celui qui ouvre.

Il ne s’agit plus seulement de se représenter un but à atteindre, mais de s’impliquer dans un destin de soi comparable à la vision incarnée de soi à l’état présent.
Mais, le futur artisan devait se sentir acteur de la situation future pour que son image puisse se rattacher au concept de soi possible. « Des représentations personnalisées et vivantes des craintes et désirs d’un individu pour son avenir ».

Bien sûr, la construction de soi est contextuelle et l’émergence des sois possibles advient sur un socle socio-culturel et inter culturel. Celui-ci expose à des sources d’inspirations, des modèles accessibles et mentors, et agit sur le champ des possibles et des stratégies d’accès, plus ou moins ouverts ou normatifs – Janus Patulcius qui ouvre ou Janus Clusius qui clôt. Les expériences personnelles passées fondent les éléments de l’identité, l’estime de soi et la clarté du concept de soi. L’imagerie mentale. Vivre une expérience en activant tous les sens pour que l’action ait la saveur la plus proche de la réalité et soit convoquée comme telle. On ne fait pas que « voir » la scène, on l’éprouve pleinement. Cette technique fait partie des fondamentaux de la sophrologie, elle est connue en particulier pour la préparation aux examens et aux épreuves sportives. On utilise dans le langage courant les termes de préparation mentale ou de visualisation.

Quand la friction intérieure des sois ouvre à la réussite

En conclusion, les procédures de « contraste mental » sont des leviers de mobilisation opérants. À inviter avec bienveillance selon le contexte et l’histoire des individus, et la nature des sois possibles.

« Face à un individu qui porte sur un soi futur un regard particulièrement positif, on l’aidera à imaginer les comportements nécessaires pour l’atteindre, mais on rappellera aussi les obstacles qu’il peut rencontrer sur son chemin, afin qu’il puisse développer les stratégies adaptées même dans cette éventualité. »

« L’avenir n’est que du présent à mettre en ordre. »

Antoine de Saint-Exupéry.

Quand l’amour vous fait signe de le suivre, suivez le,
Bien que ses chemins soient rudes et escarpés.
Et lorsqu’il vous étreint de ses ailes, abandonnez-vous,
Bien que l’épée cachée dans ses pennes puisse vous blesser.
Et quand il parle, croyez en lui,
Bien que sa voix puisse briser vos rêves comme le vent du nord dévaste le jardin.
Khalil Gibran

LA RELIURE

À Byzance

Reliure byzantine – probablement du 9e siècle

De tout temps, les hommes ont éprouvé le besoin de protéger textes et documents. À côté des tablettes de terre cuite, épaisses et indestructibles, les Assyriens et les Babyloniens en utilisaient parfois de si minces qu’ils les plaçaient dans un étui, lui-même de terre cuite. De bonne heure aussi, on a su réunir par des anneaux ou par des fils les tablettes de bois ou d’ivoire, ce que faisaient les Hittites, dès le VIIe siècle av. J.-C., en liant extérieurement ces tablettes par une lanière de cuir. En Égypte, plus tard en Grèce ou à Rome, il suffisait, pour protéger le livre de papyrus en forme de rouleau (volumen), de le glisser dans un sac cylindrique. Mais, dès le IIe siècle de notre ère, apparaît le livre écrit sur parchemin, soit en forme de rouleau, soit constitué de feuilles collées par leur tranche latérale, de façon à s’ouvrir en accordéon, les feuillets des deux extrémités étant collés à des plaques de bois ou de carton recouvert de brocart.

Mais on ne peut parler de reliure qu’à partir du moment où le livre prend la forme du codex composé de cahiers. La couture de l’ensemble des cahiers s’attache sur les ais. L’artisan-relieur après avoir collationné le bon ordre des cahiers, laisse un certain temps le volume sous presse avant de coudre entre eux les cahiers. Il pratique la couture sur nerfs, formant des saillies au dos du volume, ou le grecquage, les fils venant se loger dans des entailles faites à la pliure des cahiers (reliure à dos long). Il constitue ainsi le bloc des cahiers, les attache ensemble en même temps qu’il les coud aux ais. Cette pratique est de loin la plus fréquente, car c’est elle qui assure la plus grande solidité au bloc de cahiers. Les feuillets de bois qui le composent étaient réunis par deux fils, l’un en haut, l’autre en bas. L’intérieur des ais est protégé par des contre-gardes et des gardes, tandis que la tranche du volume est souvent teinte ou dorée. Les reliures byzantines n’ont pas de chasses, c’est-à-dire que les ais sont taillés aux dimensions exactes du corps du livre. Il s’ensuit que la tranchefile brodée en tête et en queue est plus haute que les ais sur lesquels elle se prolonge, surmontée par la coiffe. Ce type de reliure, avec sa tranchefile haute et sa coiffe débordante, est si particulier que les manuscrits grecs et de même, les imprimés grecs reliés en Occident au XVIe siècle et jusqu’au début du XVIIe siècle l’ont été à la mode grecque.

Le relieur recouvre ensuite de cuir ou de toile la totalité des plats (reliure pleine), ou seulement le dos et les coins (demi-reliure), ou encore le bord des plats (reliure à bandes). Les peaux les plus solides et les plus belles sont le maroquin et le chagrin (peau de chèvre). Le veau est lisse et se prête à de beaux effets, mais il est fragile. Le parchemin a tendance à devenir cassant. La basane (peau de mouton) est moins solide que beaucoup de toiles communément employées de nos jours. La couvrure terminée, un ouvrier spécialisé sertit souvent les plats de fines lamelles de peaux (reliure mosaïquée).

Très tôt, on se préoccupe d’enrichir ces reliures. La majorité des manuscrits étaient couverts de cuir orné de dorures. Le doreur, exécute le décor, qui peut être de son invention, ou encore dû à un maître. Le décor est réalisé selon la technique de l’« estampage à froid », l’impression des fers (fleurons, filets) se faisant en réalité à chaud mais sans dorure, sur une reliure de cuir que portent des ais de bois. Souvent, il pousse ces fers sur des feuilles d’or posées sur le cuir (reliure dorée). Les décors sont obtenus par la répétition de petits fers rectangulaires, carrés, losangés, circulaires ou triangulaires, dont les motifs iconographiques sont relativement limités en nombre. Des éléments métalliques (en argent ou en cuivre), viennent compléter la décoration sur les angles de chacune de deux plaques de reliure : les gammata. Le centre de la plaque supérieure était habituellement décoré d’une Crucifixion, les deux plats d’une même reliure étant ornés habituellement selon des plans différents. Les manuscrits les plus luxueux étaient décorés de riches reliures ornées de plaques d’ivoire (Évangile de Saint-Lupicin) ou plaques émaillées agrémentées de pierres précieuses (plaque avec l’archange Saint-Michel du Trésor de Saint- Marc). Des fermoirs ornés des ferrures ou de gemmes, complètent la reliure. Les textes officiels étaient parfois placés entre des plaques d’ivoire semblables aux diptyques consulaires ou aux ivoires impériaux à cinq compartiments (Ivoire Barberini). À Byzance et peut-être aussi à Rome, les registres officiels étaient couverts de cuir de différentes couleurs et pouvaient s’orner du portrait de l’empereur, comme en témoignent les manuscrits de la Notitia dignitatum.

Très souvent les manuscrits byzantins n’ont pas gardé leur reliure primitive, indice précieux de leur origine. La plupart des reliures que portent encore de nombreux manuscrits grecs de nos bibliothèques sont relativement récentes (XIVe-XVIe siècle). Lors de leur acquisition dans une collection privée ou une bibliothèque, plusieurs de ces manuscrits perdent leur reliure ancienne et se dotent d’une reliure moderne ornée aux monogrammes et aux armes du collectionneur ou du roi de l’époque. Le très connu Dioscoride de Juliana Anicia, entre autres, a ainsi été relié à neuf au XVe siècle.

En Islam

Reliure islamique

Au cours de la période située entre le VIIe et le XVIe siècle, le monde musulman a connu deux types principaux de reliures dont le dos uni, sans bourrelet indicateur de la présence de nerfs, peut être considéré comme la caractéristique commune. Le montage qui associe le bloc des cahiers aux plats fait généralement appel au collage des premiers et dernier feuillets – ou parties de feuillet – sur l’ais de bois ou le carton du plat ; il est, dans la plupart des cas, renforcé par un morceau de tissu collé au dos du bloc des cahiers. La doublure peut contribuer à améliorer la solidité de l’ensemble lorsqu’elle se prolonge par un talon collé sur le feuillet qui fait face au contre plat. Cet assemblage, facile à mettre en œuvre, a pour inconvénient de donner un rôle majeur aux charnières qui doivent fréquemment être remplacées pour maintenir l’association entre les deux composantes.

La reliure de loin la plus répandue comporte, en sus du dos et des plats, deux pièces mobiles, le rabat et le recouvrement, qui prolongent le plat inférieur ; l’articulation entre ces divers éléments repose sur la couvrure qui fait office de charnière. Le rabat, qui se place devant la tranche de gouttière, et le recouvrement, qui prend position soit au-dessus du plat supérieur, soit sous ce dernier, contribuent à protéger le livre lorsqu’il est fermé ; le premier est un rectangle aux dimensions de la tranche alors que le second se présente comme un pentagone dont la pointe atteint généralement le centre du livre. Un unique exemple de ce type de reliure remonte à la période omeyyade (début du VIIIe siècle) : il recouvrait un codex documentaire et son état ne permet plus d’observations sur les techniques employées. Il suggère néanmoins que les procédés utilisés dans l’Antiquité tardive se maintenaient alors.

Vers la même époque peut-être, un nouveau type avait vu le jour : il s’agit d’une reliure-coffret, le plus souvent de format à l’italienne, spécifique au manuscrit coranique. Elle participe à sa façon d’un effort mené alors pour donner aux copies du Coran une identité visuelle forte (VIIIe-Xe siècle) ; elle disparaît par la suite. Ses ais sont en bois ; sur la face intérieure du plat inférieur, une bande de cuir est collée de manière à former une paroi continue qui dissimule des tranches du codex. Dans le chant de l’ais supérieur du côté gouttière est fiché un piton sur lequel vient se nouer un cordon de cuir fixé dans l’ais inférieur afin de maintenir le volume fermé. Ce type ne possède donc ni rabat, ni recouvrement. Les ais sont recouverts de cuir, souvent travaillé : une première technique consiste à estamper des fers, une seconde à insérer une ficelle entre la couvrure et l’ais de manière à produire un motif en relief, le plus souvent une forme géométrique.

Des reliures avec rabat et recouvrement sont conservées en nombre substantiel à partir du XIe siècle. Leurs ais sont en carton. Dans un premier temps, les décors estampés s’inspirent de ceux des reliures-coffrets, quoique les fers soient de dimensions généralement plus réduites. Dans la majorité des cas, mais pas dans tous, la même composition figure sur les deux plats. De même, le recouvrement peut être l’écho de cette dernière, ou s’en distinguer radicalement. La décoration du plat repose volontiers sur des motifs centraux circulaires inscrits dans un champ rectangulaire dont les angles sont coupés. Sur les exemples les plus élaborés, les relieurs meublent cet espace d’écoinçons, de pendentifs… Plus rarement enfin, ils couvrent de décor tout le plat. Ils ont le plus souvent à leur disposition une dizaine de fers au plus ; leur habileté consiste donc à les combiner pour obtenir des dessins complexes. À la charnière entre les XIIIe et XIVe siècle, un nouvel ornement central fait son apparition : il s’agit de la mandorle dont la forme allongée dans la verticale s’adapte sans doute mieux à la disposition du champ. Son remplissage par estampage de petits fers poursuit les pratiques antérieures, avec une préférence toutefois pour des entrelacs plus fins.

L’emploi du cuir domine pour la couvrure, mais des textes montrent que les textiles étaient également utilisés très tôt. L’estampage, souvent utilisé seul, peut être associé à la dorure au moins dès le XIIIe siècle ; les artisans semblent avoir employé pour cela de l’or liquide. Les motifs des fers empruntent volontiers à un monde végétal stylisé, à la géométrie sous toutes ses formes et, plus rarement, à l’épigraphie. Les compositions quant à elles reposent davantage sur la géométrie. Les contre plats sont parfois doublés d’un simple papier, mais des solutions plus raffinées existent : textiles, cuirs pressés et, plus tard, filigranes. Ce dernier procédé, associant du cuir avec un fond de soie, se rencontre plus rarement sur des plats, notamment dans l’Égypte mamluke, malgré le risque de déchirure auquel cette position exposait le décor. À partir du XVe siècle, des exemples de reliures en textile, parfois extrêmement luxueuses, ont été conservés. Enfin, quelques maîtres savent réaliser à l’aide de pochoirs des décors figuratifs ou végétaux.

À la fin du XVe siècle, une avancée technique modifie substantiellement l’évolution de la reliure. On imagine en effet de graver des plaques de la taille du décor central en forme de mandorle de manière à l’estamper en une seule opération ; des fers spécifiques peuvent les compléter pour réaliser de la même manière les écoinçons, les pendentifs et même parfois le motif ornant la pointe du recouvrement. Ce progrès s’est sans doute accompagné d’un changement dans le type de presse utilisée. Les motifs, généralement floraux, apparaissent en relief, un relief parfois renforcé par des artifices techniques. La dorure, voire la peinture, vient rehausser le résultat final. Un développement de ce procédé consiste à préparer des plaques qui permettent d’estamper tout le plat en une ou deux opérations : elles puisent soit au même répertoire que les premières, soit, plus rarement, à celui des miniatures ; dans ce dernier cas, il s’agit d’œuvres d’origine persane.

En Europe occidentale

Niccolo Da Ponte – Dogale of Zuane Badoer

Pour protéger le manuscrit contre l’usure et la dégradation, il convient d’en abriter les pages sous une reliure en matériaux divers faisant office de contenant. Au Moyen Age, les cahiers de parchemin ou, plus rarement, de papier – numérotés, signés et pourvus généralement d’une réclame au bas du dernier feuillet, c’est-à-dire des premiers mots du cahier suivant, afin de faciliter la constitution du volume – sont cousus à l’aide d’une aiguillée de fil (lin ou chanvre) solidement amarrée à une armature perpendiculaire de nerfs formant le dos de l’ouvrage. La plus ancienne représentation connue d’un cousoir médiéval figure dans un manuscrit de Bamberg datant du milieu du XIIe siècle, ce qui ne revient pas à dire que l’instrument n’était pas déjà connu à l’époque carolingienne.

Depuis le huitième siècle au moins, les reliures occidentales sont caractérisées par l’emploi de double nerfs constitués à l’origine par de véritables nerfs de bœuf, et peu à peu remplacés par du parchemin roulé, des bandelettes de peau ou de la ficelle pliée en deux. La tranchefile, tressée ou brodée, parfois de soies de couleur, sert à maintenir les cahiers en place ainsi qu’à renforcer le dos en tête et en queue du corps d’ouvrage. Sur le livre cousu, le lieur (du latin ligator) adapte deux planchettes baptisées ais qui forment comme une châsse mobile. Il y fixe les nerfs après avoir entaillé le bois pour les dissimuler. Plusieurs systèmes d’attache sont expérimentés au fil du temps. Les plats s’amincissent et s’allègent progressivement avec la vulgarisation relative de l’objet livre, ainsi que la laïcisation de sa fabrication. La légende veut que Pétrarque manquât d’être amputé pour s’être fait tomber un exemplaire « monastique » des Lettres de Cicéron sur la jambe ! L’accident aurait amené les Italiens à troquer les ais de bois contre du carton…

Bible de Gutenberg

La couvrure externe est généralement de cuir, parfois de velours et la face interne des ais s’habille habituellement d’un feuillet de parchemin, neuf ou de remploi ; l’usage d’un bifolium à cet endroit ménage l’équivalent d’une page de garde volante en tête du volume et contribue à la sauvegarde du début du texte, souvent endommagé dans les manuscrits modestes. Les contregardes de récupération ainsi collées sur les contreplats présentent parfois des fragments d’ouvrages mis au rebut qui s’avèrent du plus grand intérêt pour l’historien des textes. Les reliures les plus anciennes s’ajustent au format de leur contenu (on dit qu’elles n’ont pas de chasses); les feuillets étaient égalisés au moment du montage, et fréquemment rognés lors d’une restauration ultérieure, car rares sont les codices à avoir conservé leur couvrure d’origine. De surcroît, la codicologie demeure une science récente et les collectionneurs de l’âge moderne, princes ou érudits, n’attachaient pas au livre la même valeur archéologique que lui accordent nos contemporains ; bien des dessins ou des indications en marge furent sacrifiés sur l’autel des modes bibliophiliques.

Le rangement des livres debout sur les étagères entraîna aussi la suppression des boulons (clous de métal placés sur les ais pour en protéger la couvrure), fermoirs ou chaînes métalliques qui en alourdissaient les plats : à partir du XIIIe siècle, avec le développement de bibliothèques universitaires telles la « librairie » de la Sorbonne, les ouvrages les plus demandés étaient en effet attachés aux pupitres de consultation afin d’en éviter le vol (Paris, BnF, nal 226 : boulons, fermoir, chaîne). La diversité esthétique des reliures médiévales dépend donc avant tout des pratiques liées aux usages multiples de ce produit rare et polymorphe que demeure le livre avant l’invention de l’imprimerie en Occident. Le sacramentaire précieux conservé dans le Trésor d’une Eglise pour la célébration des grandes fêtes religieuses ne se manipule pas comme un exemplaire glosé des Sentences de Pierre Lombard !

Le « Psautier de Charles le Chauve » (Paris, BnF, ms. latin 1152) – une création majeure de l’atelier de cour au service de l’empereur carolingien – a gardé son aspect primitif, avec ses plats ornés de deux plaques d’ivoire entourées de bordures d’argent doré serties de gemmes. Dans sa matérialité même, le manuscrit offert par le petit fils de Charlemagne à la cathédrale de Metz vers 870 est un objet de culte doté d’une forte charge symbolique. Et le livre va jusqu’à se muer en reliquaire sacré lorsqu’il abrite des restes saints (en général des bouts d’os) insérées dans son armature de bois (British Library, Ms. Ad. 11848). Inversement, des ouvrages soumis à une consultation fréquente et itinérante adoptent progressivement le format de poche et un habillage adéquat : les reliures à l’aumonière, qu’une pièce de cuir souple fixée aux ais prolonge, permettaient de fixer à la ceinture livres d’heures et autres recueils propices à la dévotion (USA, Caroline du Sud, Newberry Library Ms. 38). Elles se multiplient en Europe du Nord et de l’Est à la fin du Moyen Age, comme en atteste la peinture et la sculpture contemporaines. Une autre solution consiste à fixer des anneaux sur les plats puis à y passer une corde que l’on se noue autour de la taille.

Pierre Legrain, reliure Dadaïste

A compter du XIIe siècle, certains manuscrits se drapent dans une enveloppe de peau ou de tissu supplémentaire dénommée chemise ou liseuse, cousue ou non à la couvrure d’origine et généralement beaucoup plus large que cette dernière ; ramassée en boule, elle peut servir de support d’appoint au livre ouvert, et en redouble la protection lorsqu’il est fermé. Les reliures cisterciennes anciennes sont la parfaite illustration de l’emploi de cette « seconde peau » dans le domaine monastique, tandis que l’aristocratie princière et laïque développe à partir du Moyen Age central un goût de plus en plus prononcé pour l’emploi d’étoffes précieuses en bibliothèque : le drap de satin bleu à fleurs de lys brodées de fil d’or est une commande royale de la seconde moitié du XIVe siècle qui vient ainsi rehausser la somptuosité du Psautier dit de saint Louis et de Blanche de Castille (BnF, Arsenal, ms. 1186 Rés.), monté sous un bel exemple de reliure romane estampée à froid. Ce décor simple de petits fers et de filets repoussés domine le haut Moyen Age et caractérise l’atelier conventuel qui l’a réalisé. Au XIIIe siècle se banalisent les peaux de couleur et les motifs figuratifs variés, une tendance accentuée aux XIVe et XVe siècles où la gravure sur cuir gagne en précision grâce à la technique de la ciselure, très répandue dans les pays germaniques. L’introduction de la dorure à chaud, venue d’Italie, sous Louis XII, s’accompagne d’une complicité nouvelle entre l’artisan et le commanditaire, autorisant l’avènement d’une originalité propre en lien avec l’expression graphique du temps – des créations d’Etienne Roffet pour François Ier et Jean Groslier aux mosaïques pré-révolutionnaires de Padeloup, de Marius Michel à Pierre Legrain, lequel a su adapter tous les thèmes de l’esthétique moderne pour faire de la reliure l’une des composantes majeures du livre d’artiste au XXe siècle.