Dossier Géricault, « Le Radeau de la Méduse »

Sarah Davrinche et Dalila Druesnes ont, samedi dernier, sous le patronage de leur enseignante à l’Espace Gingko’Art de Pontoise, hissé la grand voile de la connaissance sur l’oeuvre du peintre Théodore Géricault et embarqué, pendant plus de quatre vingt dix minutes, un public attentif et passionné. Les jeunes femmes savantes et déjà très  expérimentées ont expliqué la métamorphose et l’évolution du chef d’oeuvre du peintre (chef de file du mouvement Romantique) et les pistes ouvertes sur la genèse du processus de création, à l’origine des altérations constatées.

La conférence sur l’emploi probable, mais encore mal défini, du Bitume de Judée pour la préparation des couches picturales dans l’exécution du « Radeau de la Méduse » par le peintre Théodore Géricault, à révélé toute la haute technicité et les moyens d’investigation dont disposent les ateliers de restaurations, mais aussi les réserves des spécialistes de l’Institut National du Patrimoine.  Néanmoins aucunes conclusions définitives ; en effet, si la thèse datant des années dix neuf cent quatre vingt cinq,  qui fait aujourd’hui encore autorité, montre que le responsable pourrait venir de Judée, il est probable que dans quelques années, elle puisse être remise en question !

L’étude et certaines analyses démontrent qu’il est à ce jour probable que les  surfaces altérées (dans les parties sombres) de l’oeuvre de Géricault, constatées comme ayant subi des altérations, dites (crapaudine),ou ( peau de crapaud ) par ailleurs visibles à l’oeil nu, le coupable n’est pas forcement le Bitume de Judée, mais peut-être lié à d’autres causes ou amalgames de substances comme le blanc de plomb, ou l’emploi de l’huile cuite au plomb que seules des analyses beaucoup plus poussées pourraient redéfinir. Le prélèvement d’une particule de pigment sur une ou plusieurs parties endommagées, l’étude chimique de celui-ci pourrait conduire à une conclusion définitive sur l’emploi par le peintre du Bitume et probablement ouvrir d’autres voies d’investigation.

Cependant, il s’est formé à propos de l’emploi du bitume au 19ème siècle, toutes sortes de légendes. Voici les propos tenus par un restaurateur, Renato Vassalo, lors d’un débat sur la restauration institué par le CRIC en 1982. « Le bitume est une suie ; on a trouvé à un moment donné qu’en frottant l’arrière du tableau avec cette graisse, celle-ci traversait toutes les couches et donnait un luisant à la couche picturale en dessous du vernis, donc la couche picturale devenait plus brillante. »

Il est probable que la migration de cette substance à travers la toile ait altéré l’enduit et la couleur jusqu’à atteindre le vernis.

Rénato Vassalo affirmait que les enduits de cette époque étaient des enduits gras, nous conduisant à penser que Géricault se serait servi du bitume pour glacer dans les ombres, empâter dans les lumières : c’est le procédé courant de la peinture moderne depuis le 18ème siècle et les néo-classiques l’ont employé avec prédilection. Le bitume de Judée permet d’obtenir un aspect laqué, d’une transparence, d’une profondeur inégalée par aucune autre couleur ; mais, au bout de quelques années, les phénomènes indiqués plus haut se déclarent et disloquent totalement la pellicule picturale à laquelle le bitume a été mêlé…

C’est précisément dans les ombres que le Radeau de la Méduse a souffert ; les parties lumineuses qui, heureusement, couvrent la plus grande proportion de la toile sont intactes. La peinture, sauf les ombres, est exécutée en pleine pâte, sur les chairs, l’artiste obtenant une vibration par des hachures, procédé analogue à ce que Delacroix plus tard inventera pour son compte et appellera le « flochetage ».

L’Histoire du naufrage...

Par une clause du Traité de Paris du 30 mai 1814, confirmée par une Convention du 20 novembre 1815, l’Angleterre rendait à la France ses possessions du Sénégal qu’elle occupait depuis 1809. En 1816, le gouvernement de la Restauration décida de former une expédition pour reprendre en main cette ancienne colonie. Elle envoyait donc à Saint Louis du Sénégal un gouverneur, un détachement militaire et divers spécialistes que devait transporter une division navale formée à Rochefort ; celle-ci était composée d’une flûte, La Loire, d’un Brick, l’Argus, d’une corvette, l’Echo et d’une frégate, La Méduse. Ce dernier était un fort beau navire tout neuf, sorti en 1810 des chantiers de Paimbeuf.

Le dix sept juin 1816, de l’Île d’Aix, une flottille appareille avec la frégate La Méduse sous les ordres du commandant Hugues Duroy de Chaumareys, à son bord le futur gouverneur du Sénégal, le colonel Julien Schmaltz, accompagné de sa femme Reine, de leur fille, de scientifiques, de soldats et de colons.

L’inexpérience, les états de services sous l’ancien régime du commandant créent un climat de suspicions et de haine… Les tensions entre Chaumareys et notamment les lieutenants Espiaux et Reynaud, mais aussi l’équipage, provoquent l’échouage de La Méduse sur le banc d’Arguin, à cent soixante kilomètres de la côte mauritanienne, les opérations de déséchouage se passent mal. Un radeau est chargé lourdement, La Méduse flotte à  nouveau mais des avaries surviennent. L’évacuation est délicate…!

Les deux cent trente trois passagers privilégiés dont Chaumareys, Schmaltz et sa famille, embarquent sur six canots et chaloupes, dix-sept marins restent à bord de La Méduse, trois survivront ; mais cent cinquante-deux marins et soldats doivent s’entasser sur le radeau long de vingt mètres et large de sept avec peu de vivres.

Lorsque l’amarre avec les autres canots se brise ou est volontairement larguée… !, le commandant laisse les passagers du radeau livrés à leur sort. La situation se dégrade rapidement, dès la première nuit vingt hommes se sont suicidés ou ont été massacrés.

Après douze jours, le radeau est repéré par le brick l’Argus, quinze rescapés restent à bord : pour leur survie ils ont pratiqué très vraisemblablement le cannibalisme, cinq mourront dans les jours qui suivent…

L’entreprise du Radeau

Selon le biographe du peintre, Géricault aurait travaillé au radeau de La Méduse toute l’année 1818 et une partie de 1819. En effet dit Clément, l’artiste employa le printemps et l’été de 1818 à compléter ses informations et ses études. Il avait loué un atelier au faubourg du Roule où il se trouvait proche de l’hôpital Beaujon de manière à se procurer grâce la complicité  des internes et des infirmiers, des cadavres et des membres coupés pour faire des simulations anatomiques.

La découverte du relevé de compte envoyé à Géricault par Rey, marchand de fournitures pour peintres et restauration de tableaux, a apporté en ce qui concerne l’exécution de l’oeuvre des éclaircissements. La toile est mentionnée le 24 février 1818 comme ayant été livrée avec son châssis en bois de chevron sans colle. L’artiste a donc dû, avant toute chose, procéder à l’encollage. Le 28 juin, il écrit que Rey est venu avec quatre hommes

«  détendre, retendre et rassembler le châssis »

Le 17 janvier 1819, nous savons que l’artiste a loué un mannequin d’homme, rendu le 6 août 1820 après l’achèvement du radeau.

Géricault a également loué six squelettes de cuivre pour la somme de 72 francs et un autre de 20 pouces (1,08m) pour 15 francs, livrés avec un ébauchoir et de la cire à modeler.

La toile mesure 4,910 m de hauteur et 7,160 m de longueur et fut exposée pour la première fois le 25 août 1819 au Louvre, elle y fût très mal accueillie. Le théâtre Italien a servi d’entrepôt provisoire et c’est là que Géricault, s’apercevant du vide de la composition dans l’angle inférieur droit, y ajouta le cadavre  dont le haut du corps plonge dans l’eau.

Résumé des conclusions du procès de Hugues Duroy de Chaumareys par le commissaire du Roi.

-Pour la première accusation d’avoir abandonné les deux autres vaisseaux : non coupable.

-Pour l’échouage de la Méduse, accusé de négligence : coupable, avec l’application de l’article 39 du code pénal des vaisseaux soit : cassé et déclaré incapable de servir.

-Perte totale de la frégate : non coupable, le commandant ne disposait pas de tous les moyens nécessaires pour sauver le navire.

-Pour l’évacuation et l’abandon du navire : coupable, après avoir échappé habilement à la peine capitale, il est reconnu qu’il n’a pas abandonné le bâtiment le dernier.

-Pour avoir abandonné le radeau, étant donné que chaque officier à bord des canots à été déclaré entièrement responsable de son embarcation, Monsieur de Chaumareys est déclaré : non coupable.

En date du trois mars dix-huit cents dix-sept, après une délibération de près de douze heures, deux des juges réclamant la peine de mort, le Président prononce le jugement suivant :

« Hugues Duroy de Chaumareys, natif de Var (Corrèze), âgé de cinquante et un ans, Chevalier des Ordres Royaux de Saint-Louis et de la Légion d’Honneur, est condamné à cinq voix sur huit à être rayé de la liste des officiers de la marine et à ne plus servir.

À cinq voix sur huit, est condamné à exécuter une peine de trois années de prison ».

 

Découverte de l’INP.

L’Institut National du Patrimoine est un établissement d’enseignement supérieur du Ministère de la Culture et de la Communication.

Il a pour mission le recrutement par concours et la formation initiale des conservateurs du patrimoine de l’Etat, de la fonction publique territoriale et de la ville de Paris ainsi que la sélection, également par concours et la formation des restaurateurs du patrimoine.

L’INP propose également un très large éventail de formations permanentes. Il est aussi un lieu de diffusion culturelle à travers des conférences et des colloques qui sont autant d’occasions de travailler avec d’autres institutions patrimoniales et universitaires, françaises et étrangères.

Enfin, l’INP inscrit ses missions et ses actions dans un réseau de coopérations internationales, en envoyant ses élèves en stage à l’étranger, en recevant des stagiaires étrangers et en exportant ses formations et son expertise.

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