Bons baisers de Russie !

Mars de la photographie : Carnet de voyage, le photographe Marc Héritier nous embarque dans les wagons du Transsibérien, de Moscou à Vladivostok. Un voyage de plus de neuf mille deux cent quatre-vingt huit kilomètres à travers les steppes de la Sibérie. Attention, le train rouge va partir… 

À la fin du XIXème siècle, le gouvernement impérial russe avait pour objectif de développer l’économie de la Sibérie, d’appuyer la flotte russe du Pacifique et d’augmenter l’influence commerciale politique et militaire de la Russie en Chine.
Un premier tronçon du transsibérien avait déjà été achevé en 1888, de Samara à Oufa ; mais c’est le dix-sept mars 1891 que le prolongement d’Oufa à Vladivostock fut décrété par oukase de l’empereur Alexandre III.

Au delà du rideau de fer, attention !  Un jeune artiste était surveillé…

Le jeune photographe en herbe, Marc Héritier, attiré par les grandes contrées, s’est révélé être un pionnier en partant vers l’Union des Républiques Soviétiques, six nuits, sept jours dans le Transsibérien , à une époque où le régime communisme déboutait plus d’un artiste. « Je voulais passer le Rideau de Fer et voir de mes yeux ce que je ne pouvais concevoir. Mon voyage s’est déroulé en compagnie du KGB, de l’hôtel au terminus ; car mon passeport de l’époque comportait l’annotation « photographe », je me suis amusé à chercher à les semer… J’ai rapporté de ce voyage de nombreux clichés qui ont été exposés. Souvent, mes prises de vues ont été faites en dehors des sentiers battus… En véritable reporter, après coup, je me suis rendu compte qu’il m’avait fallu une large dose d’inconscience ! Un photographe ne revient jamais totalement le même, cette expérience en particulier m’a amener à voir le monde tel qu’il est réellement, non comme les états voudraient  le vendre. Je me souviens du marché du Kolkhoze, à l’occasion d’une halte en gare,  nous sommes au printemps dix neuf cent quatre-vingt trois, sous le régime de Léonid Brejnev, la grande réquisition des biens avait fait son ouvrage et son lot de spoliations, pour permettre la soit-disant redistribution des terres, devenues terrains agricoles, l’exploitation chèrement payée et revendue sur le marché… des champignons séchés et autres topinambours à côté du miel sauvage, tout un programme ; les cultivateurs improvisés que j’ai pris en photo m’ont offert de superbes portraits, émouvants à la fois de réalisme et de dignité».


« Tout cela n’est qu’un songe… La télègue se balance… À côté marche un moujik, la casquette enfoncée sur les yeux : il y a deux mille ans qu’il chemine à côté d’un télègue…Le voici, l’espace infini du temps, qui s’ouvre dans la brume lunaire…Des ombres surgissent de la nuit des siècles ; on entend grincer les télègues ; elles sillonnent le monde de noires ornières. Et là-bas, dans le brouillard blême, parmi les décombres, se dressent les cheminées des maisons brûlées ; la fumée des incendies monte jusqu’au ciel, et l’on entend grincer et gronder des roues. Et ce grincement et ce fracas s’amplifient, s’élargissent ; le ciel est plein d’un grondement qui vous empoigne l’âme… ».

Alexéï Tolstoï, extrait du chemin des tourments.Trilogie 1,
Deux soeurs, L’an dix-huit, Sombre matin, 1954.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s