Les Polaroïds de Newton

Mars de la photographie
Amanda a découvert le Pola Woman, de dix neuf cent quatre-vingt douze, un livre rare édité par Schirmer/Mosel. Un prétexte pour parler du Maître de la photographie de nus et dévoiler quelques  secrets de fabrication.

« Quelquefois, je me sers de polaroïds comme les premiers explorateurs se servaient de perles pour gagner la confiance des populations locales : je les donne aux gens pour m’assurer de leur coopération ».

Helmut Newton

« Il me vient toujours une drôle d’impression quand je sors mon Polaroïd : avant l’invention de cet incroyable gadget, les grands maîtres de la photo, sans y avoir recours, ont réalisé des photos inoubliables. Pourquoi ai-je donc besoin de ce soutien ? Et d’où peut bien venir le fait que les premiers polaroïds ont souvent une fraîcheur et une spontanéité qu’on ne retrouve pas sur les clichés finaux qui ont été minutieusement préparés, et pris sur ce que j’appelle de la « vraie pellicule » ? En voilà la raison : je suis impatient de voir ce que donnera ma photo, alors je saisis mon appareil, le tiens n’importe comment, droit ou de biais et j’appuis simplement sur le déclencheur.
Il est dommage que certains bons polaroïds que j’avais ne figurent pas dans le livre « Pola Woman ». Mais, chaque fois que June donnait un dîner, elle allait faire une razzia dans ma boîte à photos et utilisait celles-ci comme cartons de placement pour les invités – et je la laissais faire ! ».
Lorsque l’artiste a travaillé sur la série de clichés « The Naked and the Dressed », probablement la plus complexe que Newton ait jamais réalisée, le nombre de rouleaux de pellicule utilisé est impressionnant. Son assistant était posté tout à côté de son appareil et faisait des polaroïds en même temps que Newton photographiait, de façon à ce que le maître puisse être sûr de réussir à capter le même mouvement à la deuxième prise. Newton se représente la difficulté qu’il y a à retrouver le même mouvement de jambes, de pieds, de mains, de têtes et les expressions identiques de l’instantané, quand un groupe, ou une seule personne, évolue rapidement devant l’appareil.

« La reconstitution est la meilleure alternative au fait de se trouver là sur le moment ».

En 1975, le magazine français Réalités envoya Newton en Italie, à la Villa d’Este de Côme, pour faire une série de photos sur ce célèbre grand hôtel. Avant de quitter Paris, l’artiste avait décidé qu’il ferait deux versions de ces photos: une pour le magazine, et une autre pour lui qui serait composée de nus ou presque nus. Cette entreprise s’avéra très difficile, étant donné qu’il devait se tenir à l’abri des clients de l’hôtel parce qu’il était sûr que si l’on découvrait l’artiste en train de faire ses photos, ils le jetteraient immédiatement dehors, avec toute son équipe.

Newton fit beaucoup de polaroïds, il les cachait soigneusement à la fin de la journée avant de descendre pour dîner :  «  Un soir, je suis heureusement retourné inopinément dans ma chambre pour y chercher quelque chose. C’est alors que j’ai découvert la femme de chambre en train de fourrager dans mon sac et que je l’ai surprise tenant un des clichés polaroïd de la journée en main. Je me suis précipité sur elle, lui ai arraché la photo et l’ai flanquée à la porte de la chambre…».

Helmut Newton est né (Helmut Neustädter) le trente et un octobre 1920, à Berlin et nous a quitté le vingt-trois janvier 2004, à Los Angeles ; Photographe australien d’origine allemande,  son oeuvre est considérée comme la plus importante des soixante dernières années pour la photographie de nus féminins ainsi que la mode.

Newton a suivi ses études au lycée Werner von Trotschke de Berlin, puis à l’École américaine de Berlin. L’Artiste s’est très tôt intéressé à la photographie et dès 1936, devient l’élève de la photographe allemande Else Simon, dite Yva, à qui il doit son style de photographie. Il a quitté l’Allemagne nazie en 1938 : après avoir travaillé pendant un temps à Singapour, il émigre en Australie. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il rejoint l’armée australienne et s’occupe de logistique.

En 1948, il épouse l’actrice June Brunell. Après la guerre, il travaille comme photographe en indépendant, en réalisant des clichés de mode ainsi que des travaux pour le magazine Playboy.

Newton s’est installé à Paris en 1961 et devient un photographe de mode très productif. Ses travaux apparaissent dans de nombreux magazines, en particulier dans Vogue. Son style, parfois qualifié d’une subjectivité sensuelle, est marqué par l’érotisme, des scènes stylisées et souvent caractérisées par une violence sous-jacente. À partir de 1970, sa femme June se lance dans la photographie sous le pseudonyme d’Alice Springs.
Helmut Newton a offert la totalité de sa collection à la ville de Berlin. Ses œuvres et son héritage privé sont exposés au Musée de la Photographie (Museum Für Fotografie) dans le quartier chic de Charlottenburg à Berlin.

Bonne découverte à tous, quant à moi, j’étais déjà une inconditionnelle du travail de l’artiste, la lecture de ce livre apprend l’humilité… que Newton soit parvenu à l’image parfaite dans le plus simple appareil (un polaroïd), chapeau l’artiste.

Amanda

Helmut Newton, « Pola Woman » aux éditions Schirmer/Mosel

Munich-Paris 1992, 152 pages, 175 illustrations, dont 74 en couleur, l’ouvrage vient de compléter la bibliothèque photographique de l’espace Gingko’Art, consultation sur demande.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s