Fashion Victimes, mi-parcours de l’expo d’Irina Ionesco

La dimension intemporelle des épreuves photographiques. Une qualité artistique qui transcende l’instantanéité éphémère et frivole de la photographie de mode…

L’Esprit de la Mode

L’univers photographique d’Irina Ionesco, autant érotique que romanesque et fantastique après avoir fait scandale dans les années 70, a marqué plusieurs générations de photographes. Depuis une dizaine d’années, cette influence fut reconnue tout particulièrement dans le domaine de la mode quand des revues prestigieuses comme Stiletto ou encore Dazed and Confused, ont fait appel à elle.

Irina Ionesco n’est pas à proprement parlé, une photographe de mode. C’est la mode qui se reconnaît dans son esthétique inclassable. Car, c’est justement la démarche artistique et onirique d’Irina Ionesco qui, au-delà de la technique ou de la beauté des mannequins, domine ses photographies et leur offre une dimension intemporelle, une qualité qui transcende l’instantanéité éphémère et frivole si caractéristique de la photographie de mode.

Les modèles choisis par Irina Ionesco sont des mannequins professionnels. Ces signes ont évidemment une fonction dans le principe photographique établi. D’une part ces corps sont pliés à une règle commune d’appartenance an monde largement signifiée par la stratégie périphérique au corps lui-même de son vêtement ou de son site ; ces corps nous sont si proches car ils résident dans le fait qu’ils soient aussi les objets de la dramaturgie du dévoilement de la mode, de la manière de se recouvrir et de se situer face au monde.

Les prises de vues ont été réalisées dans les Salons du Lancaster Hôtel, au Shangri-La Hotel, Paris ainsi qu’au légendaire Ritz Palace, avec le concours des Créateurs et Maisons de Couture suivants :

Giorgio Armani, Burma,  Christian Dior, Erés, Falke, Gerbé, Gucci, Lanvin, Ralph Lauren,, Maison Michel, Miu Miu, Moline Mercerie,  Patrick Moulin, Georges Morand, Yves Saint Laurent, Yves Salomon, Shourouk, Sprung Frères,  Daniel Swarovski, Louis Vuitton, Wolford, Giuseppe Zanotti

Laurence Benaïm  présente Irina Ionesco 

Nous avions évoqué Vénus in Furs. Elle voulait une femme chat, et nous lui avons parlé de la Cinémathèque, du TSE, de la collection Libération d’Yves Saint Laurent, Irina Ionesco est peut-être la seule photographe au monde à dire « cyclamen » pour parler de « rose ». Elle déclare habiter dans un labyrinthe, d’où elle surgit chaque jour avec sa main tatouée d’un serpent, et son regard qui ensorcelle, capable de jeter un sort à la réalité, comme si c’était juste un boa de plumes. Il y a des jours où elle dit voir en noir et blanc, et d’autres, en couleurs.
Dans ses yeux, le précieux redevient rare, la fourrure n’appelle que des héroïnes de romans ou de films, sans qu’il soit nécessaire de les nommer. Ce jour-là, les verts paraissaient plus bleutés, les fuchsias et les rouges s’échauffaient dans un ballet de cachemire et de soies, parmi une foule d’ombres et de mains cherchant un bijou, rectifiant un fard, allongeant un demi cil, dans un silence un peu hanté.
Les vêtements s’étaient comme parfumés tout seuls. Nous étions au sous-sol de l’hôtel Ritz. Entre deux poses, elle donnait l’impression d’entrer dans une loge invisible, n’en ressortant que pour entrer dans une autre image, une composition tapissée d’or et de sortilèges. Sa manière à elle, si personnelle, de mettre du drame, du vertige, de retenir tout ce que l’époque lancée dans une chasse aux sorcières semblait menacer de lui confisquer : le feu sacré.

Laurence Benaïm

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