Conférence à l’espace Gingko’Art

Un samedi placé sous le signe de l’Oracle ; Le Mali et sa vérité, quelque chose d’extraordinaire !

Dany Leriche et Jean-Michel Fickinger, nos photographes pontoisiens, initiés aux merveilles de l’Afrique de l’ouest depuis de nombreuses années nous ont fait partager un carnet de voyage vers un pays hors du temps ; redécouvrir la patience de tout un peuple ainsi que d’étonnants moyens d’adaptation et de survie malgré les difficultés, soulignées en ce moment par l’actualité internationale et la destruction de certains ouvrages survenue après le classement par l’Unesco de plusieurs sites historiques…
Un moment précieux et unique partagé par un public ému à la projection des paysages revisitant ainsi la plus grande mosquée du monde, celle de Djenné avant de nous débarquer à Tombouctou sur les traces du peuple Dogon.
Puis, comme une apothéose, nous sont apparus les Chasseurs de l’invisible, les Griots, présentés aux cimaises du Gingko’Art pour l’occasion et l’émouvante narration du photographe Jean-Michel Fickinger qui n’a eu de cesse de les approcher afin d’établir un véritable recensement de plus de cent personnalités du monde de l’ésotérisme.

 » Chasseurs de l’invisible », ceux qui détiennent la magie, ceux qui touchent le passé, ceux qui savent, ceux qui voient… D’incroyables personnages qui marchent sur le temps… »

Nous avons réalisé (en duo Jean Michel Fickinger & Dany Leriche) une importante série de Portraits d’initiés les « Chasseurs de l’invisible » au Mali en 2009/2010 : « L’Afrique vit en étroite communion avec le monde visible de la terre et les forces invisibles. Cette interaction entre hommes et dieux détermine, y compris aujourd’hui, les sociétés africaines, en équilibre entre le réel et le surnaturel, le visible et l’invisible, le monde des esprits et des dieux. Sur terre, ceux qui les représentent ont un pouvoir immense. Ils sont gardiens des traditions, piliers de société. » (Tobie Nathan)
Le Mali est au coeur de l’histoire africaine et les chasseurs occupent le coeur de l’histoire malienne. Gardiens des rites animistes, les chasseurs sont de loin la plus vieille organisation traditionnelle que l’usure du temps a épargné.
Initiés aux secrets des plantes et des animaux, à la puissance des incantations et des fétiches (ils sont chasseurs, mais aussi féticheurs, guérisseurs et devins), ces sages thérapeutes soignent leurs patients en considérant les trois dimensions de leur maladie – physique, psychologique et spirituelle. Bien que la chasse tienne une grande place dans leur vie, les « donso » ou chasseurs sont paysans, mécaniciens, policiers ou diplomates. Leur confrérie privilégie le principe d’antériorité, mais son esprit égalitaire contredit souvent la hiérarchie sociale : les uns les autres se reconnaissent « karamoko », qui veut dire « personne de la connaissance, savante ».
La plus ancienne de ces confréries, disent-ils, remonte aux éleveurs nomades qui reliaient le Nil au Niger et au Sénégal en balisant leur itinéraire avec des pierres levées. Ils se guidaient sur l’étoile Sirius, dont le cycle de soixante ans détermine toujours la cérémonie du Sigui en pays dogon et malinké.
Les chasseurs ont toujours été inaccessibles. Tout le monde n’entre pas dans la confrérie. Ils vont nuitamment seuls en brousse, affrontent les fauves et les diables, l’invisible qui nous voit et agit. On les admire. Ils peuvent transformer une feuille en or, faire bouillir de l’eau sans feu, changer le cours des choses. On les consulte pour connaître l’avenir, se procurer des plantes médicinales. En vertu de leur code d’honneur, ils n’ont jamais failli à intervenir dans les cas de crise grave d’oppression, jusqu’à nos jours. Ils sont un refuge et une permanence.

Mali, demain est encore hier

Mères et enfants au Mali (première partie réalisée dans le cadre de la Villa Médicis hors les murs 2006-2007)

« Comme il est dans l’eau, on ne voit pas que le poisson pleure. » (proverbe malien anonyme)
Une série de mères maliennes (de différentes générations) sont photographiées comme des Madones et sont présentées sur le mur comme des tableaux de Madones classiques. Elles font face à une série de photographies d’enfants présentée sur des écrans plasma ou en projection vidéo. L’eau monte doucement, avec différents niveaux d’eau suivant les photographies et remplit peu à peu, puis totalement les images. Des effets d’ondulations d’eau, de miroir et de petites bulles apparaissent sur les images, et s’intègrent parfaitement avec la tôle ondulée, qui sert de fond aux enfants. Ils sont comme dans un aquarium.
Le problème de l’eau au Mali est très important, 50% d’enfants meurent encore de la diarrhée due à l’eau. Il n’y a pas encore d’eau courante, il faut aller chercher l’eau au puits, et tant de problèmes sont engendrés par cette situation. L’eau est rare, chère. Quand les jeunes fuient tant de misères dans des petits bateaux de fortune vers les îles Canaries, une grosse partie se noie.
«  Un enfant meurt sans causer au monde aucun dommage. »
Nous sommes très touchés par la force de ces femmes maliennes qui même dans la plus grande misère, ou en dépit des liens étroits où la tradition les enferme, arrivent à se dépasser. Aussi, nos photos de mères et d’enfants maliens se veulent silencieuses et contemplatives. Pour eux la lutte continuelle pour survivre devient un effort si positif qu’il permet de transcender les pires difficultés et d’ouvrir sur la beauté. Ces visages débordent de dignité et de gravité ; les portraits que nous en faisons cherchent à montrer l’intériorité des êtres, il y a une relation de partage entre eux et nous: une promesse, un voeu, comme si nous avions décidé de chasser ensemble la misère, en l’éloignant.
C’est là, où nous nous différencions des photographes qui ont systématiquement travaillé les aspects misérabilistes. Nous avons la volonté de nous débarrasser des mouches, de la saleté, de la poussière. Nous ne cherchons pas à faire du sensationnel. Le fond, derrière les enfants, est en tôle. Ce matériau sert de palissades autour des chantiers à travers tout le Mali. Il renvoie inévitablement à la construction. Utilisé comme toile de fond dans le portrait, il est là pour souligner la personnalité en devenir:
« la construction de soi ». Il participe également à projeter l’enfant dans un élément contemporain, face aux mères, qui sont toutes vêtues de manière traditionnelle. La tôle reflète le monde comme un miroir. Il renvoie sa lumière sur les enfants.

Une pensée pour Balla Guimba et Seidou Diakité dit Waraba Tchatcho qui occupent nos esprits bien qu’ils soient parvenus au-delà du monde matériel, Dany et Jean-Michel pour l’éternité…

Dany Leriche et Jean-Michel Fickinger, conférence à l’espace Gingko’Art,
le samedi 30 juin à 18 heures.

Un très grand merci à tous les deux de la part du Gingko’Art pour nous avoir permis de voyager au-delà de nos convictions, en dehors de nos préjugés et de nous faire découvrir de nouvelles couleurs dans un monde qui nous paraît souvent
 monochrome !

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