Yi Myung Rim : Regard sur une œuvre

L’exposition du « Christ dans l’Art », un prétexte à une performance abstraite…

L’Art de l’artiste coréenne Yi Myung Rim, aide l’homme à être le plus paisible, car il lui permet de réagir contre un certain processus d’aliénation spirituelle, dont les métaphysiques de la matière et de l’esprit représentent les moments extrêmes. Céder à ce processus, c’est se précipiter dans l’une ou l’autre de ces abstractions inhumaines, fatalistes qui s’appellent existentialisme et angélisme.
La vraie culture est au contraire un protocole de conscience.
A mesure que l’homme, découvre, grâce au travail de l’artiste, la stérilité de son égocentrisme, il enrichit des facultés, et, en tirant des énergies nouvelles de cette encre de chine appliquée et captivante, qu’elle contribue à notre développement spirituel et moral.

Ce que je connais des travaux de Yi Myung Rim quand elle était encore à l’École des Beaux-Arts de Versailles, une artiste adolescente qui s’efforçait d’être une « grande personne », comme Matisse, comme Picasso. La brusque plongée dans le monde étranger à sa Corée natale, la boulimie de musées, de galeries, de rencontres, de lectures notamment Rimbaud, de voyages en particulier l’Italie et la culture occidentale, la découverte des maîtres anciens, puis le peintre Giogio Morandi, l’esprit se questionne, et rajeunit l’oeil de Yi Myung Rim. Puis, c’est à cette époque qu’elle reçoit l’inattendu, l’oeuvre de Paul Klee qui jusque là était seulement entrevue ; Klee va devenir un médiateur, un recours merveilleux contre deux périls qui menacent alors la jeune artiste : rester un peintre enraciné à l’excès dans l’admirable passé de son peuple, ou se trouver agressivement détachée de celui-ci, européanisée, et peut-être par la même dénaturée.

L’intelligence, l’intuition et la chance de Yi Myung Rim vont la préserver de ces deux écueils. La rencontre des œuvres de Klee lui fait découvrir un maître européen dont l’enseignement et l’exemple ne l’arracheront pas brutalement à l’esprit de sa culture originelle. Klee n’a jamais été, vers l’Orient, plus loin que Kairouan. Il n’a pas subi d’influence précise de la part des paysagistes ou des calligraphes chinois.

Mais il aborde la peinture avec une attitude intérieure analogue à celle des grands maîtres d’Extrême-Orient, et très précisément de ceux qui furent profondément imprégnés de bouddhisme, ou de la philosophie morale du Tao.

« Avant de faire le tour du monde, proposait Diderot, si nous faisions le tour de nous-même ».

Yi Myung Rim a évolué comme Kandinsky et Klee et ne songe qu’au vrai, à détacher la subjectivité du peintre et de la réalité objective, à opposer le monde du dehors à l’univers intérieur. Il ne s’agit pas pour l’artiste coréenne de s’abstraire non plus que de se retraire. Il s’agit de se retrouver, que l’eau calme du lac et le calme miroir du ciel s’accordent aux sources de l’âme et au miroir de l’esprit, et qu’on ne puisse plus discerner si le paysage intérieur est un reflet du paysage extérieur – ou le contraire.

Comme certains dinosaure de la peinture, Yi Myung Rim a reçu une première révélation dès l’âge de six ans, à la lecture du « Petit Prince », de Saint Exupéry et plus précisément à la découverte de ses illustrations – le trait et la couleur employée ne cesseront de conditionner

C’est à l’âge de13 ans, que la jeune adolescente découvre les écrits du philosophe chinois Zhuangzi et son ouvrage, « le rêve du papillon ». L’auteur, apprécié par celle qui venait de découvrir les métaphores de l’écrivain avait permis de révéler une sensibilité naturelle, elle avait alors pris conscience du silence dans lequel était muré ce qu’il y avait de plus précieux, de plus unique et inexploré en chacun. L’expression du vide comme un état primordial et nécessaire à toute création objective, le vide par quoi tout commence et tout s’achève ; un principe que l’artiste préconise dans la construction métaphysiques de ses créations.
Des conceptions originales définies par le temps, l’espace, les variations chromatiques de la lumière ainsi qu’une observation rigoureuse de la nature. Se confondre dans l’essence même des protocoles d’évolution que seul les mouvements perpétuels imposé par « Dame Nature », préfaces à l’interprétation du trait et des gestes des pinceaux de soie qui déposent le précieux produit noir ; l’encre de Chine…

« Un jour, le philosophe Zhuangzi s’endormit dans un jardin fleuri, et fit un rêve. Il rêva qu’il était un très beau papillon. Le papillon vola çà et là jusqu’à l’épuisement ;  puis, il s’endormit à son tour. Le papillon fit un rêve aussi. Il rêva qu’il était Zhuangzi. À cet instant, Zhuangzi se réveilla. Il ne savait point s’il était, maintenant,
 le véritable Zhuangzi ou bien le Zhuangzi du rêve du papillon. Il ne savait pas non plus si c’était lui qui avait rêvé du papillon, ou le papillon qui avait rêvé de lui ».

La période Parisienne.

L’année 1992 représente les années dites urbaines, l’artiste installée dans un ancien hangar de la S.N.C.F, à proximité de Paris,  Yi Myung Rim déambule dans les rues à la recherche de l’objet délaissé, à la recherche du temps perdu, et de cette récupération fortuite recomposer, créer certains paysages abstraits fait de matériaux composites et défini par un ordre mental qui deviennent des vérités si profonde que dans le fragment de la nature intérieur    w r qu’ils contiennent on puisse lire toute la vaste continuité de la terre et du ciel. Certains de ses morceaux de vies caressés d’ombres portées qui varient selon que l’artiste décide d’une finalité, de donner un sens qui se pose sur l’élément eau, sur une herbe imaginaire côtoyant la proximité d’un vieux tesson ou encore d’un élément de vannerie, radiographies, aussi un martinet usagé, une sonnette, une petite échelle, du sel, des graines non germées, une boîte aux lettres, des bobines de films cinématographiques, de grandes clefs anciennes et rouillées, et même un nid d’abeilles, des branches, en fait, tout un univers à la Prévert !
Ainsi, la création fait montre de curiosité de ce qui dans la nature imposée par le paysage urbain n’est que flux passager, attitude inconnue dans la peinture européenne de ces temps.

L’art de Yi Myung Rim à cette époque n’est pas un sépulcre fastueux perdu dans le rêve immuable d’une éternité solitaire ; l’artiste épanouie appartient à la procession de la vie, s’adapte constamment aux surprises découvertes qui l’assaillent, explorant ainsi des sanctuaires de réalité inconnus révélé par la société de consommation ; et tout au long de ses pèlerinages urbains elle construit une œuvre, compose des symphonies picturales réalisé en partie avec des éléments et matériaux de récupération…

Un futur aussi différent du passé que l’arbre est différent de la graine qui l’a vu s’épanouir…

Ces créations aperçues dans l’atelier révèlent une certaine manière de distinguer la forme du contenu. Cette distinction abstraite, qui sépare les termes et les redéfinirent après les avoir isolés sur un morceau de toile découpée comme des unités essentielles et recomposées , des parcelles de nature et de vie.

« Il ne faut peindre que ce qu’on aime ».
Picasso

La peinture de Yi Myung Rim est un langage, un moyen de communiquer, un moyen de liaison entre la nature sauvage et la nature humaine : une preuve de l’existence, mais aussi de confiance dans cette existence. Si par époque de création originale l’on retranche certaines œuvres et avec elles le vœu de l’abstraction totale renonçant désespérément de croire au nirvâna pictural, il n’y a pas dans toute son œuvre accomplie, de peinture irréaliste, ni pessimiste, et c’est là une des supériorités incontestables de la peinture poétique de l’artiste ; toujours présent une description du monde naturel et surnaturel, de la terre et du ciel, de la vie et de l’espace.

Bientôt, après quelques années passées en Europe, la création rêveuse de l’artiste est devenue plus profonde, une liberté plus souveraine, un champ plus vaste ou les formes et les couleurs dans un certain ordre assemblées, proposent des plaisirs plus dépouillés et séduisent par la finesse et la vigueur des accords et des tons.

Au fil du temps, l’oeuvre de Yi Myung Rim a suscité des réactions étonnamment diverses. On a salué en elle l’artiste du quotidien, on a admiré son inlassable fidélité, principalement à la nature et le sentiment de solitude qu’elle a su traduire.

Sa peinture est considérée comme indéniablement moderne, capable de transcender la pensée, le motif intérieur pour atteindre à la forme pure ; les œuvres peuvent paraître interchangeables, mais elles forment en réalité, une chaîne d’une extrême précision, qui construit un mode de penser, un mode de vie.

 

Le labyrinthe d’une œuvre se révèle être le mystère d’une femme.

Et ce silence, cette pudeur, ce délicat touché de l’encre de chine étirée,  de quelques fragments de papiers collés, derniers témoins de la nature avant de vider les lieux…
Pour l’oeil encore ouvert du spectateur, l’oeuvre de Yi Myung Rim pose avec évidence le rapport qui lie son créateur au monde de la nature cachée, de la symétrie qui se donne à elle comme celui de la beauté , de l’accord parfait, de la vie, le miracle deux fois possible du même que : des yeux aux regards, des ailes de papillons aux tables de la Loi.

L’artiste a étudié sans cesse tout ce qui était nécessaire à sa finalité, et ne commence jamais un tableau sans avoir bien médité sur les attitudes de ses figures qu’elle dessine toutes en particulier avec soin. Aussi nous pouvons sur ses premières pensées et sur les simples esquisses qu’elle fait, connaître que son ouvrage est conforme à ce qu’elle présage du résultat.

Yi Myung Rim dispose sur une table de petits récipients contenant cette précieuse substance noire, épaisse et profonde comme les abysses de la pensée et colore peu à peu la surface du papier pour juger de l’effet et de la disposition de tous les corps entre eux, des circonvolutions de la matière, et cherche sans cesse à s’inspirer de la lumière, à la recherche de l’unité de la forme et du contenu…Puis, la feuille propose les aspects de la nature et de la vie, tels qu’ils nous sont représentés par l’artiste, en accord avec nos habitudes spatiales, que notre regard soit sollicité de tourner et comprendre des volumes réduits à deux dimensions et remis en relief par une juste répartition des ombres et des clairs. Les créations de Yi Myung Rim reflètent alors des états de conscience, ses compositions obéissent aux lois de l’équilibre et de l’harmonie, mais encore à une logique interne, organisatrice des mouvements et des attitudes.

Quand Yi Myung Rim peint un tableau, que ce soit un songe, une plaine, un océan ou le ciel, la voie lactée ou la planète du Petit Prince, songez toujours à la présence de l’homme, à ses affinités de joie ou de souffrance avec un tel spectacle ; alors, l’artiste,
d’une voix intime vous parlera de ses origines, de ses occupations, de ses inquiétudes, de ses prédilections ; l’idée entraînera dans cette galaxie l’humanité tout entière, en créant un paysage mental, vous penserez à illuminer la vie, à l’histoire du monde…

Le Chemin de croix, une vision onirique !
Au-delà de l’abstraction la réalité persiste…

Yi Myung Rim a relevé un défi, celui de participer à une création objective : réaliser, les quatorze stations de Jésus, des compositions à l’encre de chine, des métamorphoses inspirées par la Passion du Christ, sur les traces des panneaux du chemin de croix d’Albrecht Alterner, vers 1509-1516.
Artiste, peintre et sculptrice,  originaire de la Corée du Sud et installée à Pontoise depuis  dix neuf cent quatre vingt dix-huit,
diplômée de l’Ecole des Beaux-Arts de Versailles, section peinture,
licenciée es lettres (sociologie), Université de Ethan, Séoul.
Inspirée par
la confession catholique et le chemin de croix (via crucis), l’artiste nous désigne une cérémonie célébrée pour commémorer la Passion du Christ en évoquant 14 moments particuliers de celle-ci.

Une œuvre qui lève le voile du visible pour nous montrer l’invisible !
Si l’exercice proposé par Myung Rim est essentiellement composé d’images dites abstraites, pour échapper à l’inconsistance de la rêverie mouvante ; elle a pour fonction objective,  devenir une réalité visible et permanente, diffusée à l’attention de la contemplation…
Myung Rim n’a songé qu’au vrai détachement de sa propre subjectivité  et de la réalité objective, qu’elle a opposé au monde du dehors à  l’univers intérieur

« Avant de faire le tour du monde, proposait Diderot, si nous faisions le tour de nous-mêmes »

Avec cette œuvre inédite dans l’histoire de la peinture contemporaine, l’artiste renoue avec la tradition, illustrant ainsi les cérémonies  fréquentes pendant le carême, et surtout le Vendredi saint.
La cérémonie comporte parfois une procession, interrompue par des prédications, des méditations et des prières, effectuée en s’arrêtant devant 14 tableaux, crucifix ou autres symboles disposés soit autour de l’église ou d’un lieu attenant (généralement une voie reproduisant la montée au Calvaire), soit dans l’église.
Par extension, le chemin de croix désigne l’ensemble des symboles matériels (tableaux, statues, plaques, crucifix, etc.) marquant les différentes « stations » de la cérémonie.
Par ses compositions subtiles et pleines d’énergie, Myung Rim s’accorde aux sources de l’âme et au miroir de l’esprit, ainsi le spectateur ne discerne plus si le paysage intérieur est un reflet du paysage extérieur-ou le contraire. Le dialogue du dessin et de l’encre se poursuit, mais dans un autre univers, mystique et primordial.
L’intelligence, l’intuition et une maîtrise parfaite des techniques, nous fait découvrir ici, un  disciple révélé par  l’enseignement et la philosophie des grands maître d’Extrême-Orient, et précisément de ceux qui furent profondément imprégnés de bouddhisme, ou de la philosophie morale du Tao.
Une célèbre phrase de Paul Valéry, à laquelle les surréalistes souvent se réfèrent, constate que « l’homme possède un certain regard qui le fait disparaître ; lui et tout le reste, êtres, terre et ciel ; et qui fixe un temps, hors du temps. » Mais l’oeuvre de Myung Rim ne fait pas disparaître les êtres, la terre, le ciel, elle anéantit seulement toute séparation entre l’homme et Dieu, entre la spiritualité et l’homme.
Tout est accompli!

Iesus Nazarenus, Rex Iudaeorum
Le chemin de croix a son origine dans la liturgie du vendredi saint des chrétiens de Jérusalem. Les Franciscains sont présents en Terre Sainte depuis 1220 et fondent en 1342 la Custodie de Terre sainte. Entre ces deux dates, suivant eux-mêmes le rite traditionnel en usage dans l’Église orthodoxe locale, ils le transposent progressivement dans leurs églises en Italie. C’est seulement sous le pape Clément XII, en 1731, que la permission fut donnée de créer des chemins de croix dans d’autres églises que celles des Franciscains. Saint Léonard de Port-Maurice en fut un ardent propagateur. Benoît XIV, en 1741, dut en limiter l’extension à un seul chemin de croix par paroisse.

Pendant des siècles, Jésus fut représenté portant sa croix tout entière sur l’épaule, aidé de Simon de Cyrène, sur la route du Calvaire. Au  XXème  siècle, s’est répandue l’idée qu’il devait ne porter, comme tous les condamnés, que la partie supérieure de la Croix, de Jérusalem au Golgotha, le patibulum, attaché aux deux bras et portée sur les deux épaules, l’autre partie de la croix étant fichée en terre au lieu du supplice.
D’un point de vue artistique, beaucoup d’intérêt a été montré au cours des siècles pour l’analyse, la conservation et la restauration des images iconographiques associées à cette pratique : les quatorze stations ont été représenté dans les églises et en d’autre lieux de culte, parfois même à l’extérieur, par des peintures, des pièces en terre-cuite, des bas-relief ou par de réelles sculptures.
Artistiquement, elles sont considérées comme faisant parti de la production thématique inspirée par la crucifixion.
L’on note, par exemple, le célèbre chemin de croix peint par Giandomenico Tiepolo entre 1747 e 1749 pour l’église Saint-Paul à Venise ou encore le chemin de croix exécuté en 1713 par Giovanni Antonio Cappello pour l’église Saint-Joseph de Brescia, conservé intégralement.

Jésus est condamné à être crucifié
Jésus est chargé de sa croix
Jésus tombe pour la première fois sous le poids de la croix
Jésus rencontre sa mère
Simon de Cyrène aide Jésus à porter sa croix
Sainte Véronique essuie le visage de Jésus
Jésus tombe pour la deuxième fois
Jésus rencontre les femmes de Jérusalem qui pleurent
Jésus tombe pour la troisième fois
Jésus est dépouillé de ses vêtements
Jésus est cloué sur la croix
Jésus meurt sur la croix
Jésus est descendu de la croix
Jésus est déposé dans le sépulcre

Je vis
Pour que tu reviennes dans ce monde, toi qui es mort
Les jarres se cassent quelquefois
Des fruits tombent du plaqueminier sauvage
Je vis
Je vis aussi
Pour accueillir un long hiver avec toi
Quand je t’aurai fait renaître
Hier il a neigé
Je me suis avancé et je t’ai appelé
Et tu reviens, vivant
Et tu restes avec moi
Sur la terre qui recouvre la première neige

Ko Un, 1971, poème Coréen.

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