Lalanne fait sont entrée au Gingko’Art

IMG_2631

Un monde  merveilleux !
Un nouveau livre,  Lalanne (s), par Daniel Abadie, Éditions Flammarion, 350 pages, pour la bibliothèque de l’Espace Gingko’Art de Pontoise, qui compte déjà plus de deux mille ouvrages dArt ; Catalogues raisonnés sur la peinture et la sculpture, la photographie, monographies et catalogues d’expositions ainsi que des ouvrages rares et illustrés.

Entre nous et pour nous mes amis
Je juge cette longue querelle
de la tradition de l’invention
De l’Ordre et de l’Aventure
Vous dont la bouche est faite à l’image
de celle de Dieu
Bouche qui est l’ordre même
Soyez indulgents quand vous
nous comparez
À ceux qui furent la perfection de l’ordre
Nous qui quêtons partout l’aventure
Nous ne sommes pas vos ennemis
Nous voulons vous donner
de vastes et d’étranges domaines
Où le mystère en fleurs s’offre
à qui veut le cueillir
il y a là des feux nouveaux
des couleurs jamais vues
Mille phantasmes impondérables
Auxquels il faut donner de la réalité
Guillaume Apollinaire.

Né en 1927 à Agen. François-Xavier Lalanne a fréquenté l’Académie Julian après la guerre. Il délaisse la peinture en 1952 au moment où il rencontre sa future femme, Claude. Née en 1925, Claude a suivi des études à l’École des arts décoratifs de Paris. Leur travail en commun débute dès 1956, même si chacun réalise aussi des œuvres indépendantes. Leur première exposition personnelle commune a lieu sous le titre Zoophites à la galerie J de Jeanine Restany en 1964. Le ton de leur production est donné. François-Xavier présente le Rhinocrétaire, premier rhinocéros bureau en laiton et Claude des Choupattes, mi-chou mi-animal. Commence ensuite une longue collaboration avec le galeriste Alexandre Iolas, grand défenseur des surréalistes et des nouveaux-réalistes.
Les œuvres de Claude sont réalisées à partir des techniques liées à l’empreinte, au moulage et à la galvanoplastie ; on lui doit les pièces les plus intimes mais aussi les plus baroques. Celles de François-Xavier recouvrent un bestiaire espiègle sous des attitudes hiératiques, inscrivant les formes de ses sculptures dans la lignée de celles de l’Egypte antique, de Pompon ou encore de Brancusi qui fut son voisin d’atelier impasse Ronsin à Montparnasse.
Les Lalanne partagent le sentiment que la sculpture, et plus largement l’œuvre d’art, peut avoir une fonction. Toute leur carrière est tendue par la volonté de restituer à la sculpture, trop longtemps sacralisée, une dimension familière, un éventuel usage. On la regarde mais on la touche aussi, on l’ouvre, on s’y assoit, on s’y allonge, on y mange, on la porte au cou… La nature, et plus particulièrement le monde animal, leur offre une infinité de formes reconnaissables par tous. Moutons, singes, rhinocéros, ânes, chameaux, crapauds, hippopotames, chats… constituent un répertoire que les Lalanne soumettent aux contraintes de l’art décoratif avec beaucoup d’humour.
Parmi les pièces les plus connues : les moutons de François-Xavier. Seuls ou en troupeau, avec ou sans tête, gainés ou pas de toison de mouton, ils sont sièges ou banquettes. De même, un hippopotame s’ouvre pour devenir baignoire, un babouin : cheminée, un rhinocéros et un âne : bureaux… À ces associations incongrues de formes et de fonctions, répondent les assemblages de Claude, qui moule les corps, les feuilles, les pommes, les choux, pour ensuite les combiner. Parmi ses réalisations, le célèbre Homme à tête de chou, la Pomme bouche, l’Escargot doigt, mais aussi de nombreux bijoux et objets de table, des sièges.
Des collectionneurs prestigieux tels les Rothschild ou les Noailles découvrent tôt leur talent. Parmi eux, Yves Saint Laurent sera l’un des plus fidèles. Claude moule pour lui le buste du mannequin Veruschka. Parée de cette cuirasse, qu’elle porte sur un drapé, ce modèle fera le succès de la collection Haute couture de l’automne 1969. Pour lui encore, François-Xavier réalise le bar et les Oiseaux en marbre et Claude une série de miroirs faisant de l’appartement de Saint Laurent une vitrine de leur art multiple. Redécouvertes récemment au moment de la vente Yves Saint Laurent, ces pièces seront présentées au public pour la première fois ici.
Les collectionneurs du monde entier ont aimé leur œuvre, aussi bien les sièges feuillages pour leurs appartements, que les grandes sculptures pour leurs jardins, car les Lalanne ont aussi expérimenté l’art topiaire. L’État, de même, a acquis de nombreuses pièces. Le Mobilier National comme la Manufacture de Sèvres ont eu à cœur de faire travailler ces deux créateurs hors pair. En dehors de leur mobilier, les Lalanne ont créé, de Paris à Tokyo en passant par Los Angeles, des sculptures monumentales.
En 1949, François-Xavier Lalanne étudie le dessin, la sculpture et la peinture à Paris, côtoyant notamment Constantin Brancusi, René Magritte et Salvador Dali. En 1952, il tient à Paris sa première exposition personnelle de peinture.
En 1956, il décide de travailler avec sa compagne Claude, avec qui il signe le jardin des Halles, à Paris. Il épousera Claude en 1967.
François-Xavier Lalanne est d’abord connu pour ses sculptures d’animaux, domestiques (moutons) ou sauvages (rhinocéros), animaux qu’il a également traités par l’intermédiaire de l’estampe (Bestiaire ordinaire2, recueil de planches préfacé par Patrick Mauriès).
En 1976, Serge Gainsbourg choisit comme titre et photo de pochette d’un de ses albums ceux d’une des sculptures de Claude Lalanne, L’Homme à la tête de chou. Il fait réaliser des moulages de certaines œuvres par l’Atelier de Michel Lorenzi.
Jusqu’à la fin de sa vie, François-Xavier Lalanne a vécu et travaillé à Ury, Seine-et-Marne.
Son souci d’une sculpture à vocation mobilière l’entraîne à concevoir tout un peuple d’animaux qu’il affuble d’éléments rapportés fonctionnels. Il coince ainsi une étagère entre les becs de deux autruches qui s’opposent pour servir de plateau, il évide l’abdomen d’un chat pour faire office de bar, il creuse le corps d’un oiseau pour disposer entre ses ailes l’assiette d’une chaise. « Cela m’amuse de mettre une dimension utilitaire dans la sculpture, disait l’artiste. On a trop sacralisé l’art en Occident. Le fait de donner un usage à une sculpture lui restitue une dimension familière et la descend un peu de son piédestal. Les anciens ne pouvaient pas penser à une œuvre d’art sans penser à son utilité. » (Daniel Marchesseau, Les Lalanne, Flammarion, 1998).

En plein dans la postmodernité

Au fil du temps, le soin naturaliste de Claude Lalanne laisse place à une forme de synthèse vitaliste qui mêle de plus en plus intimement le végétal et la structure, comme dans son fauteuil Crocodile (1987) ou Le Trône de Pauline (1990). Quelque chose y est à l’œuvre d’un « revival », façon Art nouveau, qui confère à son travail une dynamique sensible et formelle à mettre au compte de tout ce que les arts décoratifs ont connu d’innovant dans les deux dernières décennies du xxe siècle.

Quant à François-Xavier Lalanne, s’il certifie son goût pour les formes rondes et pures et un dessin simplifié à l’extrême, il travaille volontiers le métal repoussé et soudé, créant des sujets aux faibles angulations sur le principe de la suture/ouverture. Son Babouin (1973) se transforme ainsi en four et son Gorille de sûreté (1984) en place forte. Par suite, l’œuvre du sculpteur se charge d’une dimension paysagère innovante. Soit qu’elle intègre l’environnement extérieur par le jeu d’un vide ménagé dans la sculpture, tel qu’opère son Poisson-paysage (1987) dont le corps de ciment se substitue à un cadre grand ouvert et que le regard traverse. Soit qu’il implante sur la surface extérieure du sujet traité tout un lot de plantes destinées à y prendre racine, comme il en est des ses Tortues topiaires (1992).

« Si l’on devait nous comparer à des musiciens, ma femme serait une improvisatrice et moi celui qui écrit totalement sa partition avant de la jouer », disait volontiers François-Xavier Lalanne quand on l’interrogeait sur la façon dont ils travaillaient en commun. Peu importe au juste puisque ce qui compte, c’est que les Lalanne ont proprement réactivé le concept de sculpture animalière et végétale dans cette grande tradition qui se moque bien des querelles entre art pur et art décoratif.
Parce qu’ils ont été prolixes, tant en inventions plastiques que formelles, leur manière résolument hybride les situe non en marge mais en plein cœur de la postmodernité. Or s’il est un œuvre composite, c’est bien celui des Lalanne. À une époque qui multiplie les produits dérivés et où les artistes sont de plus en plus nombreux à s’investir en créations d’usage, la démarche des Lalanne, qui n’ont cessé de revendiquer la conjugaison possible de l’esthétique et du fonctionnel, s’avère donc pionnière et prospective. Voire exemplaire. De plus, parce qu’elle ne s’est jamais privée ni d’humour ni de poésie, elle a cette qualité rare d’ouvrir sur un monde éminemment fabuleux.

Philippe Piguet, extrait du Journal des Arts, ( 9 janvier 2013)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s