Rendez-vous avec des femmes écrivains… La Littérature au féminin.

Du monde fermé de la finance à histoires de sexe dans un train en passant par le Taille- crayon où encore la Reine de la nuit tout en écoutant les Confessions d’une branleuse, le Gingko’Art accueille le samedi 18 mai à partir de 17 heures, quatre femmes bien dans une peau d’écrivain au féminin, tannée au monde des belles lettres contemporaines feront lecture d’une prose trempée dans un acide non corrosif…

Pour une femme écrire à toujours été subversif : elle sort ainsi de la condition qui leur est faite et entre comme par effraction dans un domaine qui leur était interdit.La littérature est aventure de l’esprit, de l’universel, de l’Homme, mais aussi de la Femme…
Les femmes écrivains et l’Institution littéraire ont toujours été prises dans une dialectique subtile. Les femmes ont conscience de leur force subversive.

« J’attends qu’elle me pose la question depuis que j’ai trouvé cette photo, par hasard, il y a un peu plus d’un mois. Notre appartement n’est pas grand : Isa a forcément remarqué que je passais du temps sur la même page web. A regarder un visage. Elle est revenue dans la chambre pour me parler. Elle s’assoit au pied du lit et me prends les mains :
« C’est elle ? 
- Oui.
– Et si tu me racontais ?
- Je t’en ai déjà parlé souvent !
- Je n’ai que des bribes d’histoire. Raconte-la-moi en entier.
- Je ne sais pas. C’est douloureux.
Isa me pousse dans le lit et me prend dans ses bras. Elle remonte le drap sur nous deux. Je me sens bien, comme dans un cocon. Le contact de sa peau contre la mienne m’apaise.
« Je voudrais comprendre pourquoi cette histoire te rend encore si triste. Et je voudrais des détails : tiens par exemple : votre première rencontre. C’était quand ?
- Le 11 novembre 1997.
– Quelle précision ! »
Elle sourit. Je loge ma tête contre ses seins et me replonge dans mes souvenirs.
« Je suis entrée en contact avec elle via mon petit ami de l’époque, Fabien. Je crois que je t’ai déjà parlé de lui. Il avait répondu à une petite annonce dans un magazine pour adultes. A l’époque, les sites de rencontres n’existaient pas, Internet ne servait pas encore à ça.
- Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaîtrefredonne Isa au-dessus de ma tête.
- Bon, si tu te moques, j’arrête !
- Non, désolée Ma douce Allez continue. Rends-moi jalouse.
-Oh non, ma puce j’en doute. Si je devais faire un parallèle avec notre histoire, je dirais que je jouais ton rôle : j’étais la plus jeune. Bref, nous devions nous rencontrer à quatre, mais comme il était primordial que les deux filles se plaisent, il avait été convenu que nous nous rencontrerions d’abord toutes les deux.
- C’est glauque, non ?
- Pragmatique. Pas très romantique, je te l’accorde. Fabien avait tout arrangé. Ils s’étaient déjà parlés plusieurs fois entre mecs. J’avais appelé une fois et n’avait eu que son répondeur. Nous devions nous voir sur Paris, puis finalement, nous avons convenu de nous voir chez eux. Son mec ne serait pas là et ils habitaient plus près de chez mes parents.
- Où à Paris ? Elle habitait en banlieue comme toi ?
- Dans un endroit que tu connais : Le café des Phares, à Bastille.
– Non !
- Si. Et je te rassure : quand je t’ai rencontrée, je ne la cherchais pas. 
- Tu n’as quand même pas choisi ce bar par hasard ! 
- Il y a douze ans, j’ai failli y rencontrer une femme qui a changé ma vie. Douze ans plus tard, j’y ai rencontré la femme de ma vie. Question de timing : il fallait bien que j’y entre !
Travailler dans la finance reste prestigieux quoi qu’on y fasse. D’où l’arrivée à jet continu de jeunes stagiaires aux dents longues, corvéables à merci. Ferdinand sourit. On peut tout demander à un stagiaire et plus encore à une stagiaire Il ne s’en était jamais privé, ni vraiment caché. Depuis quelques années, il savait que la réputation sulfureuse de la salle de marchés faisait partie de l’histoire de sa société.
Tout avait commencé cinq ans auparavant, après le départ en catastrophe de l’assistante du Directeur du Sales Trading et le « témoignage » qu’elle avait donné à un journaliste, qui avait titré : « Mon patron m’obligeait à passer sous le bureau. ». L’article était digne d’un roman de gare et totalement invraisemblable pour qui connaissait un minimum le fonctionnement d’une société de courtage. Mais cela avait suffi à faire fantasmer les foules. Après l’indemnité colossale que l’entreprise avait du verser à l’assistante, après les excuses publiques qu’avait du présenter l’homme incriminé, les RH avaient commencé à voir arriver en entretien des jeunes femmes qui affirmaient sans ambages que dans une telle situation, elles auraient su faire preuve de plus de discrétion. On avait renvoyé vertueusement les premières candidates, puis Ferdinand avait demandé à recevoir le CV de la prochaine à oser se montrer si explicite. Il souhaitait avant tout s’amuser un peu et donner une bonne leçon à la demoiselle.

Meredith se présenta dans son bureau un lundi soir à dix huit heures. Ferdinand, qui n’avait pas de secrétaire attitrée, mais utilisait celles de ses subordonnées dès qu’il en avait besoin, se fit la réflexion qu’elle ressemblait à « la parfaite assistante ». Petite, un physique quelconque, mais des cheveux longs tirés en chignon, des lunettes à grosses montures, vêtue d’une veste et d’une jupe courte, elle tenait une mallette dans une main et un bloc de papier dans l’autre. Il l’invita à s’asseoir et fit durer le silence, juste pour étudier sa réaction. Elle n’en eu aucune, se contentant de le regarder droit dans les yeux. Il mena un entretien sec et rapide. Ses exigences s’accentuaient à mesure qu’il découvrait les qualités professionnelles de la jeune femme : parlant couramment trois langues, elle avait fait une école de commerce et après plusieurs années dans un grand cabinet d’avocats, souhaitait entrer dans le monde de la finance. Ferdinand était perplexe : loin d’être un « profil type », Meredith ne collait pas non plus avec l’image de fille « avenante et très ouverte » que lui avait décrite son Directeur des Ressources Humaines. Pourtant, le compte rendu qu’il lui avait fait de leurs précédents entretiens était formel : Meredith n’avait pas froid aux yeux et le clamait haut et fort. A croire qu’elle voulait se faire sauter. Il décida de tenter le tout pour le tout. En cas de problème, il demanderait à ce que le nom de la jeune femme soit retiré des registres et il nierait l’avoir reçue.

« Mademoiselle, je vous prie de me suivre en salle de recul pour un dernier test. »
La salle de recul était un bureau exigu et sans fenêtre dans lequel les analystes pouvaient s’isoler lorsqu’ils avaient besoin de quitter l’atmosphère bruyante de la salle de marchés. Elle avait aussi la particularité de fermer à clé, ce qui expliquait qu’on s’y isolait rarement seul. On y entendait parfois des bruits étranges, gémissements haletants ou cris de plaisir, sans rapports avec les valeurs suivies.
Ferdinand se sentait presque fébrile lorsqu’il referma la porte. Meredith n’était pas la première secrétaire qu’il s’apprêtait à culbuter sur un bureau, mais les précédentes, il leur avait fait un brin de cour, même léger, avant d’en arriver là. Avec chacune d’elle, il avait toujours été maître du jeu. Pour la première fois, il ne savait pas qui il avait en face de lui et ça l’excitait.
Il attendit que la jeune femme se soit assise mais resta debout. Prudent, il ne ferma pas immédiatement la porte à clé.
« Vous avez été très franche avec M. Lévesque notre DRH. Vous lui avez fait part de manière très Explicite, de votre profonde motivation pour obtenir ce poste. Est-ce exact ? »
Meredith ne baissa pas les yeux.
« Oui, monsieur. »

Extrait de « Elle », « Le monde fermé de la finance », écrit par Miss Kat.

Bibliographie de Miss Kat (lectures faites par l’auteur à l’espace Gingko’Art, le 18 mai) :

Le monde fermé de la finance, in Osez 20 histoires de sexe au bureau, Éditions La Musardine, 2011
Un patron autoritaire, in Osez 20 histoires de sexe au bureau, Éditions La Musardine, 2011
La manifestation, in Osez 20 histoires de soumission et de domination, Éditions La Musardine, 2011
Créer des liens in Entre ses cordes, Éditions Dominique Leroy, 2011
Sur la route, in Osez 20 histoires de sexe dans un train, Éditions La Musardine, 2012
Elle, in Osez 20 histoires de sexe entre filles Editions La Musardine, 2013 (à paraitre)

http://miss-kat.com/

Bibliographie de Octavie Delvaux (lectures faites par l’auteur) à l’espace Gingko’Art, le 18 mai prochain) :
– In/soumises : février 20010. « Le Taille-crayon »
– Osez 20 histoires de chasseuses d’hommes, février 2011. « La Reine de la nuit » ; « Le triskèle »
– Osez 20 histoires d’amour au bureau, avril 2011. « Conseil de discipline »
– Osez 20 histoires de sexe en vacances, Juin 2011. « La tentation de Palerme » ; « Au coeur du bocage, une rivière » ; « Barcelone, délices catalans »
– Osez 20 histoires de soumission et de domination, septembre 2011. « Le cadenas » ; « La culotte » ; « Sur la sellette »
– Osez 20 histoires érotiques de Noel, novembre 2011. « Silent night, holy night » ; La fille du tailleur et le trois mendiants » ; « Un père Noel aux petits soins » ; « Esprit de Noel »
– Secrets de femmes, éditions Blanche, février 2011. La carte de voeux secrète.
– Osez 20 histoires de vampires et de sexe, février 2012. « Séance sanglante » ; « Les infortunes de Baptiste ; « A la vie, à la mort »
– In/soumises (version poche/visuel joint), mars 2012. Le taille crayon
– Osez 20 histoires de sextoys, mai 2012. « Saint-Valentin » ; « textoys »
– Osez 20 histoires de sexe sur internet, septembre 2012. Extrait de Sex in the kitchen.
– Osez 20 histoires de sexe dans un train, novembre 2012. « Coup de foudre à grande vitesse » ; « Thirst » ; « Calamity train » ; Saint-Lazarre 1943″
– Osez 20 histoires d ‘amour… et de sexe : janvier 2013. « ça chauffe en cuisine » ; « It must be love » ; « En plein choeur ».
– Osez 20 histoire de voyeurisme et d’exhibition : avril 2013. « La femme, le porte-jarretelles et les talons ».
ET bien sûr Sex in the kitchen : janvier 2013
http://www.octavie-delvaux.fr/

Bibliographie de Julie Derussy  (lectures faites par l’auteur, à l’espace Gingko, le 18 mai prochain):
Julie Derussy, 30 ans, écrit depuis quelques années, et a publié 5 nouvelles aux éditions de la Musardine.
Son premier texte publié est une nouvelle du recueil Osez vingt histoires de sexe avec un vampire, « Soif ». Depuis, elle a publié dans les recueils portant sur le thème du train « un œuf de Pâques », sur l’amour « Fraises alla puttanesca » (également publiée dans une revue BD, L’immanquable) et « A une lectrice », et le voyeurisme « Laure ».
La nouvelle des fraises a été. Julie a aussi des projets de romans en cours d’écriture, un roman érotique et un roman plus fantastique.

Bibliographie de Barbara Swish (lectures faites par une lectrice) :

– Osez 20 histoires de soumission et de domination, septembre 2011. « corps à corps »
– Osez 20 histoires de sextoys, mai 2012. » Confessions d’une branleuse »

A l’occasion de la 100e Journée de la femme, je republie cet article sur le rapport entre femmes et littérature. J’avais précédemment esquissé une réflexion sur le sexe de la littérature. J’aimerais aujourd’hui m’interroger sur la rareté des femmes élevées au rang de « grand écrivain ». Ce titre honorifique, ce « statut » décerné par la postérité et qui fait qu’un écrivain marquera son siècle et les suivants, qui fait que son œuvre sera lue de génération en génération et deviendra une référence.
Premier constat, le titre n’existe qu’au masculin. Et pour cause, ces messieurs y sont sur-représentés. Les femmes seraient-elles donc de piètres plumes, y aurait-il un manque de talents littéraires féminins ? Non, bien sûr il n’en est rien.  Virginia Woolf plaidait dans son essai « Une chambre à soi », la cause de l’absence de conditions matérielles pour écrire. Mais les contre-exemples d’écrivains désargentés et maudits pullulent… Non, je vois pour ma part une autre explication de ce déséquilibre flagrant :
ALEXANDRA GALAKOF

Une réflexion au sujet de « Rendez-vous avec des femmes écrivains… La Littérature au féminin. »

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