Nouvelle exposition à l’Espace culturel Gingko’Art de Pontoise: Yi Myung Rim, « L’Art & l’Âme »

Yi Myung Rim, « L’Art & l’Âme »
이명림 : “예술과 영혼”

Les dernières créations de l’artiste coréenne seront présentées aux cimaises de l’espace culturel jusqu’au vingt septembre. Cette nouvelle exposition s’inscrit dans le cadre des festivités organisées autour de la commémoration des relations Franco-Coréennes; cent trente ans d’échanges culturels entre Paris et Séoul.

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La population coréenne en France est estimée à 13.000 personnes :

 il s’agit d’abord d’étudiants (ou d’anciens étudiants ayant choisi de rester en France, souvent suite à des mariages mixtes franco-coréens), notamment en français, en philosophie et dans les disciplines artistiques (beaux-arts, architecture, musique, danse et, plus largement, arts du spectacle) ;

lorsque les militaires étaient au pouvoir en Corée du Sud (de 1961 à 1993), des Coréens ont également choisi de s’installer en France : certains appartenaient à des mouvements d’opposition réprimés ; d’autres, issus des milieux artistiques, ont ouvert la voie aux nombreux étudiants coréens qui viennent aujourd’hui en France pour acquérir ou compléter une formation en art ;

les cadres d’entreprises coréennes en France sont, enfin, devenus de plus en plus nombreux, au fur et à mesure que le développement économique de la Corée du Sud a porté ce pays à son rang actuel de dixième puissance économique mondiale.

La démarche qui caractérise Yi Myung Rim, devenue Maître de l’abstraction, consiste à proposer, purement et simplement, une « image abstraite ». L’oxymore que constitue cette expression, une image étant traditionnellement définie comme une réplique de la réalité, indique la nouveauté de l’entreprise. Les peintures abstraites sont des images autonomes qui ne renvoient à rien d’autre qu’elles-mêmes. Dans ce sens, elles s’apparentent aux icônes de la religion orthodoxe qui manifestent la présence d’un contenu plutôt qu’elles ne le représentent, mais, à la différence de ces images religieuses, les peintures abstraites rompent avec le monde des apparences. Elles révèlent l’existence de réalités jusqu’alors invisibles et inconnues, que chaque artiste détermine à sa façon, selon ses propres convictions, son parcours et sa culture, de l’art populaire aux théories les plus spéculatives.

L’espace et l’art de la lumière.

La forme vaincue par la lumière : L’antagonisme, le duel du jour et de la nuit. Pour exister, la clarté lutte contre l’ombre. Car, Paul Valery l’a dit :

« Mais rendre la lumière
 Suppose d’ombre une morne moitié ».

On ne peut aborder la lumière sans voir surgir immédiatement son double néfaste qui cherche à l’entamer, à la détruire, à l’anéantir. L’agression d’ailleurs est réciproque.Cette alternance de la lumière, qui fait exister les choses, et des ténèbres, qui les replongent dans un apparent néant, cohabitent avec et grâce à la symbolique instinctive que l’artiste traduit avec une imagination, une concentration extrême.Une lumière associée au vide lumineux, à l’air, à l’impalpable, tandis que le noir traduit la masse opaque et dense de la matière.

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Yi Myung Rim dispose sur une table de petits récipients contenant cette précieuse substance noire, épaisse et profonde comme les abysses de la pensée et colore peu à peu la surface du papier pour juger de l’effet et de la disposition de tous les corps entre eux, des circonvolutions de la matière, et cherche sans cesse à s’inspirer de la lumière, à la recherche de l’unité de la forme et du contenu…Puis, la feuille propose les aspects de la nature et de la vie, tels qu’ils nous sont représentés par l’artiste, en accord avec nos habitudes spatiales, que notre regard soit sollicité de tourner et comprendre des volumes réduits à deux dimensions et remis en relief par une juste répartition des ombres et des clairs.

Les créations de Yi Myung Rim reflètent alors des états de conscience, ses compositions obéissent aux lois de l’équilibre et de l’harmonie, mais encore à une logique interne, organisatrice des mouvements et des attitudes.

L’Art de l’artiste coréenne Yi Myung Rim, aide l’homme à être le plus paisible, car il lui permet de réagir contre un certain processus d’aliénation spirituelle, dont les métaphysiques de la matière et de l’esprit représentent les moments extrêmes.

Céder à ce processus, c’est se précipiter dans l’une ou l’autre de ces abstractions inhumaines, fatalistes qui s’appellent existentialisme et angélisme.La vraie culture est au contraire un protocole de conscience.A mesure que l’homme, découvre, grâce au travail de l’artiste, la stérilité de son égocentrisme, il enrichit des facultés, et, en tirant des énergies nouvelles de cette encre de chine appliquée et captivante, qu’elle contribue à notre développement spirituel et moral.

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Ce que je connais des travaux de Yi Myung Rim quand elle était encore à l’École des Beaux-arts de Versailles, une artiste adolescente qui s’efforçait d’être une « grande personne », comme Matisse, comme Picasso. La brusque plongée dans le monde étranger à sa Corée natale, la boulimie de musées, de galeries, de rencontres, de lectures notamment Rimbaud, de voyages en particulier l’Italie et la culture occidentale, la découverte des maîtres anciens, puis le peintre Giogio Morandi, l’esprit se questionne, et rajeunit l’oeil de Yi Myung Rim. Puis, c’est à cette époque qu’elle reçoit l’inattendu, l’œuvre de Paul Klee qui jusque là était seulement entrevue ; Klee va devenir un médiateur, un recours merveilleux contre deux périls qui menacent alors la jeune artiste : rester un peintre enraciné à l’excès dans l’admirable passé de son peuple, ou se trouver agressivement détachée de celui-ci, européanisée, et peut-être par la même dénaturée.

L’intelligence, l’intuition et la chance de Yi Myung Rim vont la préserver de ces deux écueils. La rencontre des œuvres de Klee lui fait découvrir un maître européen dont l’enseignement et l’exemple ne l’arracheront pas brutalement à l’esprit de sa culture originelle. Klee n’a jamais été, vers l’Orient, plus loin que Kairouan. Il n’a pas subi d’influence précise de la part des paysagistes ou des calligraphes chinois.

Mais il aborde la peinture avec une attitude intérieure analogue à celle des grands maîtres d’Extrême-Orient, et très précisément de ceux qui furent profondément imprégnés de bouddhisme, ou de la philosophie morale du Tao.

« Avant de faire le tour du monde, proposait Diderot, si nous faisions le tour de nous-mêmes ».

Yi Myung Rim a évolué comme Kandinsky et Klee et ne songe qu’au vrai, à détacher la subjectivité du peintre et de la réalité objective, à opposer le monde du dehors à l’univers intérieur. Il ne s’agit pas pour l’artiste coréenne de s’abstraire non plus que de se retraire. Il s’agit de se retrouver, que l’eau calme du lac et le calme miroir du ciel s’accordent aux sources de l’âme et au miroir de l’esprit, et qu’on ne puisse plus discerner si le paysage intérieur est un reflet du paysage extérieur – ou le contraire.

Comme certains dinosaures de la peinture, Yi Myung Rim a reçu une première révélation dès l’âge de six ans, à la lecture du « Petit Prince », de Saint Exupéry et plus précisément à la découverte de ses illustrations – le trait et la couleur employée ne cesseront de conditionner

C’est à l’âge de13 ans, que la jeune adolescente découvre les écrits du philosophe chinois Zhuangzi et son ouvrage, « le rêve du papillon ».

L’auteur, apprécié par celle qui venait de découvrir les métaphores de l’écrivain avait permis de révéler une sensibilité naturelle, elle avait alors pris conscience du silence dans lequel était muré ce qu’il y avait de plus précieux, de plus unique et inexploré en chacun. L’expression du vide comme un état primordial et nécessaire à toute création objective, le vide par quoi tout commence et tout s’achève ; un principe que l’artiste préconise dans la construction métaphysiques de ses créations.Des conceptions originales définies par le temps, l’espace, les variations chromatiques de la lumière ainsi qu’une observation rigoureuse de la nature. Se confondre dans l’essence même des protocoles d’évolution que seuls les mouvements perpétuels imposés par « Dame Nature », préfaces à l’interprétation du trait et des gestes des pinceaux de soie qui déposent le précieux produit noir ; l’encre de Chine…

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« Un jour, le philosophe Zhuangzi s’endormit dans un jardin fleuri, et fit un rêve. Il rêva qu’il était un très beau papillon. Le papillon vola çà et là jusqu’à l’épuisement ;  puis, il s’endormit à son tour. Le papillon fit un rêve aussi. Il rêva qu’il était Zhuangzi. À cet instant, Zhuangzi se réveilla. Il ne savait point s’il était, maintenant,
 le véritable Zhuangzi ou bien le Zhuangzi du rêve du papillon.

Il ne savait pas non plus si c’était lui qui avait rêvé du papillon, ou le papillon qui avait rêvé de lui».

La période Parisienne.

L’année 1992 représente les années dites urbaines, l’artiste installée dans un ancien hangar de la S.N.C.F, à proximité de Paris,  Yi Myung Rim déambule dans les rues à la recherche de l’objet délaissé, à la recherche du temps perdu, et de cette récupération fortuite recomposer, créer certains paysages abstraits fait de matériaux composites et défini par un ordre mental qui deviennent des vérités si profonde que dans le fragment de la nature intérieur qu’ils contiennent on puisse lire toute la vaste continuité de la terre et du ciel. Certains de ses morceaux de vies caressés d’ombres portées qui varient selon que l’artiste décide d’une finalité, de donner un sens qui se pose sur l’élément eau, sur une herbe imaginaire côtoyant la proximité d’un vieux tesson ou encore d’un élément de vannerie, radiographies, aussi un martinet usagé, une sonnette, une petite échelle, du sel, des graines non germées, une boîte aux lettres, des bobines de films cinématographiques, de grandes clefs anciennes et rouillées, et même un nid d’abeilles, des branches, en fait, tout un univers à la Prévert ! Ainsi, la création fait montre de curiosité de ce qui dans la nature imposée par le paysage urbain n’est que flux passager, attitude inconnue dans la peinture européenne de ces temps.

L’art de Yi Myung Rim à cette époque n’est pas un sépulcre fastueux perdu dans le rêve immuable d’une éternité solitaire ; l’artiste épanouie appartient à la procession de la vie, s’adapte constamment aux surprises découvertes qui l’assaillent, explorant ainsi des sanctuaires de réalité inconnus révélé par la société de consommation ; et tout au long de ses pèlerinages urbains elle construit une œuvre, compose des symphonies picturales réalisé en partie avec des éléments et matériaux de récupération…

Un futur aussi différent du passé que l’arbre est différent de la graine qui l’a vu s’épanouir…

Ces créations aperçues dans l’atelier révèlent une certaine manière de distinguer la forme du contenu. Cette distinction abstraite, qui sépare les termes et les redéfinirent après les avoir isolés sur un morceau de toile découpée comme des unités essentielles et recomposées, des parcelles de nature et de vie.

« Il ne faut peindre que ce qu’on aime ».Picasso

La peinture de Yi Myung Rim est un langage, un moyen de communiquer, un moyen de liaison entre la nature sauvage et la nature humaine : une preuve de l’existence, mais aussi de confiance dans cette existence. Si par époque de création originale l’on retranche certaines œuvres et avec elles le vœu de l’abstraction totale renonçant désespérément de croire au nirvâna pictural, il n’y a pas dans toute son œuvre accomplie, de peinture irréaliste, ni pessimiste, et c’est là une des supériorités incontestables de la peinture poétique de l’artiste; toujours présent une description du monde naturel et surnaturel, de la terre et du ciel, de la vie et de l’espace.

Bientôt, après quelques années passées en Europe, la création rêveuse de l’artiste est devenue plus profonde, une liberté plus souveraine, un champ plus vaste ou les formes et les couleurs dans un certain ordre assemblées, proposent des plaisirs plus dépouillés et séduisent par la finesse et la vigueur des accords et des tons.

Au fil du temps, l’oeuvre de Yi Myung Rim a suscité des réactions étonnamment diverses. On a salué en elle l’artiste du quotidien, on a admiré son inlassable fidélité, principalement à la nature et le sentiment de solitude qu’elle a su traduire.

Sa peinture est considérée comme indéniablement moderne, capable de transcender la pensée, le motif intérieur pour atteindre à la forme pure ; les œuvres peuvent paraître interchangeables, mais elles forment en réalité, une chaîne d’une extrême précision, qui construit un mode de penser, un mode de vie.

Le labyrinthe d’une œuvre se révèle être le mystère d’une femme.

Et ce silence, cette pudeur, ce délicat touché de l’encre de chine étirée, de quelques fragments de papiers collés, derniers témoins de la nature avant de vider les lieux…
Pour l’œil encore ouvert du spectateur, l’œuvre de Yi Myung Rim pose avec évidence le rapport qui lie son créateur au monde de la nature cachée, de la symétrie qui se donne à elle comme celui de la beauté , de l’accord parfait, de la vie, le miracle deux fois possible du même que : des yeux aux regards, des ailes de papillons aux tables de la Loi.

Encres de chine II et acryliques sur papier, coréen, 1M X 190 CM

L’artiste a étudié sans cesse tout ce qui était nécessaire à sa finalité, et ne commence jamais un tableau sans avoir bien médité sur les attitudes de ses figures qu’elle dessine toutes en particulier avec soin. Aussi nous pouvons sur ses premières pensées et sur les simples esquisses qu’elle fait, connaître que son ouvrage est conforme à ce qu’elle présage du résultat.

Yi Myung Rim dispose sur une table de petits récipients contenant cette précieuse substance noire, épaisse et profonde comme les abysses de la pensée et colore peu à peu la surface du papier pour juger de l’effet et de la disposition de tous les corps entre eux, des circonvolutions de la matière, et cherche sans cesse à s’inspirer de la lumière, à la recherche de l’unité de la forme et du contenu…Puis, la feuille propose les aspects de la nature et de la vie, tels qu’ils nous sont représentés par l’artiste, en accord avec nos habitudes spatiales, que notre regard soit sollicité de tourner et comprendre des volumes réduits à deux dimensions et remis en relief par une juste répartition des ombres et des clairs. Les créations de Yi Myung Rim reflètent alors des états de conscience, ses compositions obéissent aux lois de l’équilibre et de l’harmonie, mais encore à une logique interne, organisatrice des mouvements et des attitudes.

Quand l’artiste peint un tableau, que ce soit un songe, une plaine, un océan ou le ciel, la voie lactée ou la planète du Petit Prince, songez toujours à la présence de l’homme, à ses affinités de joie ou de souffrance avec un tel spectacle ; alors, l’artiste,
d’une voix intime vous parlera de ses origines, de ses occupations, de ses inquiétudes, de ses prédilections; l’idée entraînera dans cette galaxie l’humanité tout entière, en créant un paysage mental, vous penserez à illuminer la vie, à l’histoire du monde…

 

Exposition, Yi Myung Rim, « L’Art & l’Âme », jusqu’au 20 septembre 2014

Espace Gingko’Art de Pontoise
2, Place de l’Hôtel de Ville
95300 Pontoise

Ouverture: du mardi au samedi, de 15h30 à 19 heures et sur rendez-vous

Contacts:
01 34 43 55 13
06 10 20 05 56

E.mail :  gingko-art@orange.fr
Blog :   gingko art.wordpress.com

 

 

 

 

 

 

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