« De Vincent van Gogh à Pablo Ruiz Picasso.»

L’Espace culturel se propose de retrouver l’esprit du noir & blanc avec la découverte de quelques chefs-d’oeuvres de la gravure, de l’unique eau-forte gravée par van Gogh, le portrait du Docteur Gachet, « L’homme à la pipe » à la série des quatorze illustrations de Picasso. Degas, Matisse, Paul van Ryssel, et les invités contemporains: Klod Amar, Silvio Cadelo, Hélène Legrand, Isabelle Panelas-Huard, David Rondin, Bernadette Wiener, un hommage à van Gogh, Yi Myung Rim.

 » Car on ne contrecarre pas aussi directement une lucidité et une sensibilité de la trempe de celle de Van Gogh le martyrisé. Il y a des consciences qui, à de certains jours, se tueraient pour une simple contradiction, et il n’est pas besoin pour cela d’être fou, fou repéré et catalogué, il suffit au contraire, d’être en bonne santé et d’avoir la raison de son côté. » 

Van Gogh ou le suicidé de la société est le vibrant hommage d’un fou rendu à un autre fou. Mais que signifie donc être fou ? Artaud interroge sur le bienfondé de cette société qui condamne ses génies à la camisole. Accusant les psychiatres d’avoir assassiné Van Gogh, Antonin Artaud rappelle que ce meurtre est aussi le sien. Lorsqu’il déclare qu’ il y a dans tout dément un génie incompris dont l’idée qui luisait dans sa tête fit peur, et qui n’a pu trouver que dans le délire une issue aux étranglements que lui avait préparé la vie. » (p.51), doit-on comprendre par là que la folie est pour lui la manifestation du génie ? La réponse est oui et pour Artaud, la société craignant les esprits libres, est coupable du suicide de Van Gogh mais de bien d’autres encore : Baudelaire, Edgar Poe, Gérard de Nerval, Nietzsche, Kierkegaard, Hölderlin, Coleridge, Lautréamont, tous ont fait l’objet de procès injustifiés. Van Gogh, fustigé par une société indigne de son talent en est mort, abandonné aux souffrances les plus insensées et anéanti par l’incompréhension la plus totale…

« Doué d’un esprit juste et d’une mémoire fidèle, il n’oublie ni le bienfait, ni l’injure. Il sera très vindicatif.

Enclin à la discussion, à la lutte, qu’il aime, qu’il recherche, son intelligence l’y fait souvent briller.

L’orgueil, l’ambition, l’égoïsme, sont trois mobiles qui rendront l’être mélancolique le plus malheureux.

On pourrait presque dire que tous les grands hommes, les philosophes, les tyrans, les grands conspirateurs, les grands criminels, les grands poètes, les grands artistes, étaient essentiellement mélancoliques.

L’homme-Dieu est le type idéal de la mélancolie moderne.»

Paul-Ferdinand Gachet.

Le Docteur Paul Ferdinand Gachet, homéopathe, collectionneur et ami de nombreux peintres impressionnistes et néo-impressionnistes, soigna Vincent van Gogh durant les dernières semaines de sa vie. En retour, il fut immortalisé par cette gravure particulièrement expressive, unique eau-forte jamais réalisée par van Gogh, ainsi que par deux huiles sur toiles (Portrait du Dr Gachet, de La Faille, nos. F 753, fig.1, et no. F 754). La technique de l’eau forte fut enseignée à van Gogh par Gachet lui-même. L’artiste hollandais envoya l’une des premières preuves du présent sujet à son frère Théo, qui s’enthousiasma:

« Il faut que je te dise quelque chose sur ton eau-forte. C’est une vraie eau-forte de peintre. J’aime beaucoup ce dessin » (lettre du 23 juin 1890).

L’inscription au revers de la présente preuve indique qu’elle fut réalisée sous la direction du fils du Docteur Gachet, après le décès de ce dernier en 1909.

Paul Ferdinand Gachet, homeopathic doctor, collector and friend of many Impressionist and Post-Impressionist painters, is immortalized in this expressive print, Van Gogh’s only etching, and in two painted portraits (Portrait du Dr Gachet, de La Faille, nos. F 753, fig.1, et no. F 754). It was Dr. Gachet himself who taught the young Dutch artist how to make etchings. Vincent sent an early impression of the present work to his brother Theo, who upon receipt replied « And now I must tell you something about your etching. It is a true painter’s etching, I find it a very beautiful drawing ». (Letter to Vincent, 23rd June 1890). The inscription on the reverse of the present impression confirms that it was made under the direction of Gachets son Paul after the death of his father in 1909.

« Aujourd’hui, j’ai revu le Dr Gachet et je vais peindre chez lui mardi matin puis je dînerai avec lui et après, il viendrait voir ma peinture.

Il me paraît très raisonnable mais est aussi découragé dans son métier de médecin de campagne que moi dans ma peinture…Enfin, je crois volontiers que je finirai par être ami avec lui.»

Vincent van Gogh.

Vincent van Gogh_photo 1

Figure inséparable de la dernière période de la vie de Vincent à Auvers, le docteur Gachet revêtait une personnalité originale. Médecin homéopathe s’intéressant à la chiromancie, sa véritable passion le portait vers les arts. Il était lui-même un bon graveur et entretenait des relations avec une multitude d’artistes, parmi lesquels Manet, Monet, Renoir et Cézanne. C’est donc naturellement que van Gogh se présenta chez lui au lendemain de son internement à Saint-Rémy-de-Provence, sur les conseils de son frère Théo. Spécialisé en psychiatrie, le praticien aida de son mieux Vincent à vaincre ses angoisses tout en lui offrant un confort matériel propice à l’épanouissement.

Le portrait du docteur participe de cette phase créative particulièrement intense. Modèle privilégié, il est campé dans une attitude mélancolique, reflet de « l’expression navrée de notre temps », ainsi que l’écrira van Gogh. Seule touche d’espoir dans ce portrait sévère, aux tonalités froides, la fleur de digitale qui, par ses vertus curatives, apporte un peu de réconfort et d’apaisement. Malgré son dévouement, le docteur Gachet ne pourra empêcher le geste irrémédiable de van Gogh, qui devait bientôt se donner la mort.

Pablo Ruiz Picasso

tryptique_picasso copie

Hélène chez Archimède , textes de André Suarès, illustrations de Pablo Picasso.

A travers une sélection de 14 bois gravé réalisées en 1955, le public est invité à découvrir les multiples variations que l’artiste a créées autour de “ l’éternel féminin ”.

L’ensemble des gravures exposées, permet de voir combien les femmes de la vie de Picasso, mais aussi les femmes imaginées, rêvées et fantasmées ont compté dans sa production artistique. Leurs portraits nous font entrer dans leur intimité.

La gravure occupe une place privilégiée dans la pensée picturale de Picasso. Véritable journal intime de sa création, elle est le lieu où s’expriment tous ses thèmes de prédilection : l’éros, la famille, la référence aux grands maîtres, le peintre et son modèle dans l’atelier, l’illustration d’ouvrages poétiques.

Passionnante et originale par les multiples facettes qu’elle révèle autour du thème central de la femme dans l’œuvre de Picasso, cette exposition permet de mettre en lumière l’oeuvre gravé de l’artiste, rarement montré en France.

Le sourire de Picasso devant la porte du château de Vauvenargues, 1957

En constante recherche d’innovation, Picasso a sans doute donné à l’art du XXème siècle, selon Pierre Daix, les plus belles et les plus nombreuses représentations de la femme mais aussi les plus disloquées. Leur place privilégiée dans l’œuvre de l’artiste ne témoigne toutefois pas seulement du lien étroit entre sa production artistique et sa vie familiale, mais également de sa perpétuelle interrogation sur le sens de l’art et le mystère de la création.

S’il y avait une seule vérité, on ne pourrait pas faire cent toiles sur le même thème.”

Pablo Picasso

Les invités contemporains

Hélène Legrand.

Hélène Legrand

Des études poursuivies à l’UER d’art plastique (Paris 1) au cours des années 80 me destinaient à produire du concept plutôt que de la peinture de chevalet jugée obsolète par les modernes radicaux qui nous enseignaient. Force nous était faite de constater qu’après Duchamp « on ne pouvait plus peindre » !

Pourtant mon parcours divergea : ma rencontre avec la pensée de Claude Lévi-Strauss (le structuralisme teintait encore, à l’époque, le discours universitaire) fut décisive : préservation, transmission devinrent l’enjeu de mon travail et l’inquiétude de voir la peinture devenir « un métier perdu », une « perte sévère », le moteur d’une nécessité à représenter le monde en peinture.

Depuis, dans le lieu du tableau, je tente de « piéger » dans l’embuscade de la représentation ce qui est menacé de disparition du monde avec une nette prédilection pour les instances silencieuses : sujets délaissés de l’histoire de l’art en un premier temps puis l’animal, le végétal et le paysage dans l’expérience vivante du réel.. C’est à l’exemple des autres arts non affectés par les ruptures successives du xxème siècle et une absence de transmission du métier que j’ai recours à une esthétique éclectique : citations de codes, de signes, restauration du sujet, pluralité des styles, anachronismes etc.

La phénoménologie accompagne depuis quelques années ce travail (Maurice Merleau-Ponty et Henry Maldiney notamment) en ce qu’elle permet de restaurer une continuité du sens au mouvement temporel de l’attention : saisir par le regard, sans l’arracher à l’ensemble, « la chose même » dans son inépuisable permanence.

David Rondin.

David Rondin

de la peinture dite abstraite.

Prenons une image… Un aveugle ayant toute sa tête devrait sans hésiter faire la différence entre la vibration d’une rose et celle d’un camion à l’arrêt. Il n’aura aucun mal à ressentir la puissance de la rose, et l’inertie du camion, inertie d’autant plus sensible, vibratoire, que la vie ne l’anime pas au sens organique du terme. Donc le peintre abstrait démarre comme çà, en aveugle, aveuglé doublement par la simple mobilité de son regard, qui ne s’appuie sur aucune mise en scène visible du réel. Puis au fur et à mesure qu’il avance son tableau, il se fait voyant, il devient captif des sensations vibratoires de la peinture, de l’acte de peindre au moyen duquel il va tenter d’extraire de la nuit du regard le sentiment du monde qui l’habite à ce moment-là précis où il peint.

Tout son corps et plus, tout son être, deviennent alors un canal par où circulent non seulement l’énergie de l’univers, une totalité vivante vivant en lui, mais aussi les vibrations de la mémoire active dans son psychisme. Notre mémoire étant un réservoir évolutif-sujet à de permanentes variations- une matière en fusion dont il serait compliqué de mesurer l’impact exact sur nos actions présentes. Un tableau dit abstrait est une sorte de miroir qu’on tend à la création même, et qu’on arrache à la matière. C’est en miniature une recréation du monde, une matière-esprit ou un esprit-matière, comme on veut… La matérialité de la peinture se confond avec l’esprit des formes que le peintre engendre quand sa conscience de peintre est au maximum en alerte, au pic de sa concentration, c’est-à-dire assez proche de l’ivresse ou de la transe chamanique.

Bernadette Wiener.

Bernadette Wiener

« Petite chaise » offerte par Klod …

Témoin de notre dialogue pour l’exposition

« Reflets de Mémoires »

dans la chapelle du Collège de Carpentras.

Elle dessine, je modèle sur le thème de cette rencontre improbable entre le fauteuil du prophète Elie et la petite chaise d’Arles de Vincent Van Gogh…

Chaise vide…

Mais chargée, habitée par l’esprit du peintren!

Bernadette Wiener, artiste plasticienne céramiste, a trouvé dans la terre son univers de création.

Son cheminement, tantôt grave, tantôt léger, est à l’image de la dualité qu’elle montre dans son travail, qui peut se lire dans deux axes principaux: gravité associée à la recherche de l’essence même de la matière, à la pureté des formes; légèreté associée à l’aspect ludique et gai, parfois franchement drôle. Ainsi les éléphants « Célestes », s’échappant de leur cage ou courant sur des ressorts, semblent légers et suspendus à un fil, en lévitation.

Mais, quelles que soient les œuvres, plus graves ou plus légères en fonction des périodes de son cheminement personnel, elle sait toujours nous conduire sur les chemins du rêve.

Sous notre regard, les céramiques se transforment, soit par la magie de ses installations, soit par celle de notre imagination. Ainsi la lumière qui accroche sur les émaux les transforme en « bols à rêves. »

Evitant tout lyrisme, elle nous fait entrer dans un resserrement de notre rapport au monde, nous emmène dans la profondeur des choses. Et ce contact intime qu’elle entretient avec la matière, elle l’utilise comme tremplin vers le poétique, l’étrange, l’inattendu.

Sa connaissance du travail de la terre et des émaux, elle n’en fait pas étalage, mais l’utilise au service de sa sensibilité pour pénétrer la personnalité des choses simples, faisant de ses œuvres de véritables poèmes en terre.

Klotho APELBAUM

Yi Myung Rim, artiste coréenne.

Yi Myung Rim, née en 1962. __Composition abstraite__.

L’intelligence, l’intuition et la chance de Yi Myung Rim vont la préserver de ces deux écueils. La rencontre des œuvres de Klee lui fait découvrir un maître européen dont l’enseignement et l’exemple ne l’arracheront pas brutalement à l’esprit de sa culture originelle. Klee n’a jamais été, vers l’Orient, plus loin que Kairouan. Il n’a pas subi d’influence précise de la part des paysagistes ou des calligraphes chinois.

Mais il aborde la peinture avec une attitude intérieure analogue à celle des grands maîtres d’Extrême-Orient, et très précisément de ceux qui furent profondément imprégnés de bouddhisme, ou de la philosophie morale du Tao.

« Avant de faire le tour du monde, proposait Diderot, si nous faisions le tour de nous-même.»

Yi Myung Rim a évolué comme Kandinsky et Klee et ne songe qu’au vrai, à détacher la subjectivité du peintre et de la réalité objective, à opposer le monde du dehors à l’univers intérieur. Il ne s’agit pas pour l’artiste coréenne de s’abstraire non plus que de se retraire. Il s’agit de se retrouver, que l’eau calme du lac et le calme miroir du ciel s’accordent aux sources de l’âme et au miroir de l’esprit, et qu’on ne puisse plus discerner si le paysage intérieur est un reflet du paysage extérieur – ou le contraire.

 

Nous remercions vivement la formation musicale BMPB, (Big Martroy Place Band), pour sa participation et sa générosité.

Formation musicale Big Martroy Place Band

Logo BMPB

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Galerie Gingko’Art

Ouverture du mardi au dimanche de 15h à 19 heures, & sur rendez-vous!

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