Un regard sur l’exposition « De Vincent van Gogh à Pablo Ruiz Picasso.»

La ballade des deux amies, Hanna et Julie ou l’expression d’un  désir de  curiosité vers l’Art, un regard sur l’exposition « De Vincent van Gogh à Pablo Ruiz Picasso.»: Mais quand la question est de savoir si une chose est belle, ce que l’on veut savoir, ce n’est pas si l’existence de cette chose a ou pourrait avoir quelque importance pour nous-même ou pour quiconque, mais comment nous en jugeons quand nous nous contentons de la considérer (dans l’intuition ou la réflexion).

 JulieHanna

 Si l’art n’a jamais occupé les esprits comme en ce début de XXIème siècle, s’il prend une place sans cesse croissante dans les curiosités de l’homme cultivé, c’est qu’il bénéficie d’un phénomène beaucoup plus ample : le monde moderne est sollicité, obsédé par tout ce qui est visuel.

On appelle intérêt la satisfaction qui est liée pour nous à la représentation de l’existence d’un objet. Une telle représentation a donc toujours du coup une relation à la faculté de désirer, soit en tant qu’elle est son principe déterminant, soit en tant qu’elle est tout au moins nécessairement liée à son principe déterminant. Mais quand la question est de savoir si une chose est belle, ce que l’on veut savoir, ce n’est pas si l’existence de cette chose a ou pourrait avoir quelque importance pour nous-même ou pour quiconque, mais comment nous en jugeons quand nous nous contentons de la considérer (dans l’intuition ou la réflexion). Si quelqu’un me demande si je trouve beau le palais que j’ai devant les yeux, je peux toujours répondre que je n’aime pas ce genre de choses qui ne sont faites que pour les badauds ; ou bien, comme ce sachem iroquois, qui n’appréciait rien à Paris autant que les rôtisseries ; je peux aussi, dans le plus pur style de Rousseau, récriminer contre la vanité des Grands, qui font servir la sueur du peuple à des choses si superflues ; je puis enfin me persuader bien aisément que si je me trouvais dans une île déserte, sans espoir de revenir jamais parmi les hommes, et si j’avais le pouvoir de faire apparaître par magie, par le simple fait de ma volonté, un édifice si somptueux, je ne prendrais même pas cette peine dès lors que je disposerais déjà d’une cabane qui serait assez confortable pour moi. On peut m’accorder tout cela et y souscrire : mais là n’est pas le problème. En posant ladite question, on veut seulement savoir si cette pure et simple représentation de l’objet s’accompagne en moi de satisfaction, quelle que puisse être mon indifférence concernant l’existence de l’objet de cette représentation. (…) Il ne faut pas se soucier le moins du monde de l’existence de la chose, mais y être totalement indifférent, pour jouer le rôle de juge en matière de goût.

dans le but de connaître finalement la beauté en soi.

Diotime : Voilà donc quelle est la droite voie qu’il faut suivre dans le domaine des choses de l’amour ou sur laquelle il faut se laisser conduire par un autre : c’est, en prenant son point de départ dans les beautés d’ici-bas pour aller vers cette beauté-là, de s’élever toujours, comme au moyen d’échelons, en passant d’un seul beau corps à deux, de deux beaux corps à tous les beaux corps, et des beaux corps aux belles occupations, et des occupations vers les belles connaissances qui sont certaines, puis des belles connaissances qui sont certaines vers cette connaissance qui constitue le terme, celle qui n’est autre que la science du beau lui-même, dans le but de connaître finalement la beauté en soi.

Platon, Le Banquet, 211b-211c

 Gravures de Picasso

A l’origine de l’art poétique dans son ensemble, il semble bien y avoir deux causes, toutes deux naturelles. Imiter est en effet, dès leur enfance, une tendance naturelle aux hommes – et ils se différencient des autres animaux en ce qu’ils sont des êtres fort enclins à imiter et qu’ils commencent à apprendre à travers l’imitation –, comme la tendance commune à tous, de prendre plaisir aux représentations ; la preuve en est ce qui se passe dans les faits : nous prenons plaisir à contempler les images les plus exactes de choses dont la vue nous est pénible dans la réalité, comme les formes d’animaux les plus méprisés et des cadavres. Une autre raison est qu’apprendre est un grand plaisir non seulement pour les philosophes, mais pareillement aussi pour les autres hommes – quoique les points communs entre eux soient peu nombreux à ce sujet. On se plaît en effet à regarder les images car leur contemplation apporte un enseignement et permet de se rendre compte de ce qu’est chaque chose, par exemple que ce portrait-là, c’est un tel ; car si l’on se trouve ne pas l’avoir vu auparavant, ce n’est pas en tant que représentation que ce portrait procurera le plaisir, mais en raison du fini dans l’exécution, de la couleur ou d’une autre chose de ce genre.

Aristote, Poétique, chap. IV

Devant le Vincent van Gogh

L’art est supérieur à la nature car il exprime la pensée

D’une façon générale, il faut dire que l’art, quand il se borne à imiter, ne peut rivaliser avec la nature, et qu’il ressemble à un ver qui s’efforce en rampant d’imiter un éléphant. Dans ces reproductions toujours plus ou moins réussies, si on les compare aux modèles naturels, le seul but que puisse se proposer l’homme, c’est le plaisir de créer quelque chose qui ressemble à la nature. Et de fait, il peut se réjouir de produire lui aussi, grâce à son travail, son habileté, quelque chose qui existe déjà indépendamment de lui. Mais justement, plus la reproduction est semblable au modèle, plus sa joie et son admiration se refroidissent, si même elles ne tournent pas à l’ennui et au dégoût. Il y a des portraits dont on a dit spirituellement qu’ils sont ressemblants à vous donner la nausée. Kant donne un autre exemple de ce plaisir qu’on prend aux imitations : qu’un homme imite les trilles du rossignol à la perfection comme cela arrive parfois, et nous en avons vite assez ; dès que nous découvrons que l’homme en est l’auteur, le chant nous paraît fastidieux  ; à ce moment nous n’y voyons qu’un artifice, nous ne le tenons ni pour une œuvre d’art, ni pour une libre production de la nature.

Friedrich Hegel, Introduction à l’esthétique.

La chaise de Bernadette Wiener

Qu’est-ce que dessiner ? Comment y arrive-t-on ? C’est l’action de se frayer un passage à travers un mur de fer invisible, qui semble se trouver entre ce que l’on sent et ce que l’on peut. Comment doit-on traverser ce mur, sachant qu’il ne sert à rien d’y frapper fort ? A mon avis on doit miner ce mur et le traverser à la lime, lentement et avec patience.

Lettre de Vincent Van Gogh à Théo, 22 octobre 1882

J’ai voulu susciter l’idée que ces gens qui mangent des pommes de terre à la clarté de leur lampe ont creusé la terre de leurs mains, ces mêmes mains avec lesquelles ils mangent, et ainsi cela suggère le travail manuel et un plat honnêtement gagné.

Lettre de Vincent à Théo, 30 avril 1885

J’ai essayé d’exprimer les terribles passions de l’humanité au moyen du rouge et du vert.

Lettre de Vincent à Théo, 8 septembre 1888

Dans mon tableau Le Café la nuit j’ai cherché à exprimer l’idée que le café est un endroit où l’on peut se ruiner, devenir fou, commettre des crimes. Alors j’ai cherché, par des contrastes de rose tendre et de rouge sang, de doux vert Louis XV et Véronèse, contrastant avec les jaune et les vert-bleu durs, tout cela dans une atmosphère de fournaise infernale, de soufre pâle, à exprimer comme la puissance des ténèbres d’un assommoir.

Et en même temps, avec un apparence de gaieté japonaise et la bonhomie du Tartarin…

Lettre de Vincent à Théo, 9 septembre 1888

Hanna et Julie devant la Vénus de Rodin

La peinture linéaire pure me rendait fou depuis longtemps lorsque j’ai rencontré Van Gogh qui peignait, non pas des lignes ou des formes, mais des choses de la nature inerte comme en pleines convulsions.

Et inertes.

Comme sous le terrible coup de boutoir de cette force d’inertie dont tout le monde parle à mots couverts, et qui n’est jamais devenue si obscure que depuis que toute la terre et la vie présente se sont mêlées de l’élucider.

Or, c’est de son coup de massue, vraiment de son coup de massue que Van Gogh ne cesse de frapper toutes les formes de la nature et les objets.

Cardés par le clou de Van Gogh,

les paysages montrent leur chair hostile,

la hargne de leurs replis éventrés,

que l’on ne sait quelle force étrange est, d’autre part, en train de métamorphoser. (…)

Je crois que Gauguin pensait que l’artiste doit rechercher le symbole, le mythe, agrandir les choses de la vie jusqu’au mythe,

alors que Van Gogh pensait qu’il faut savoir déduire le mythe des choses les plus terre-à-terre de la vie.

En quoi je pense, moi, qu’il avait foutrement raison.

Car la réalité est terriblement supérieure à toute histoire, à toute fable, à toute divinité, à toute surréalité.

Antonin Artaud, Van Gogh le suicidé de la société 1947

Hanna et le Bonobo

« Je crois sincèrement que la meilleure critique est celle qui est amusante et poétique ; non pas celle-ci, froide et algébrique, qui, sous prétexte de tout expliquer, n’a ni haine ni amour, et se dépouille volontairement de toute espèce de tempérament ; mais, – un beau tableau étant la nature réfléchie par un artiste, – celle qui sera ce tableau réfléchi par un esprit intelligent et sensible. […] Pour être juste, c’est-à-dire pour avoir sa raison d’être, la critique doit être partiale, passionnée, politique, c’est-à-dire faite à un point de vue exclusif, mais au point de vue qui ouvre le plus d’horizons. »

Charles Beaudelaire.

 L'Oratoire et l'hippocampe de Isabelle Panélas-Huard

Nous avons l’art afin de ne pas mourir de la vérité.

Nietzsche, Werke, XVI, 248

 

L’œuvre d’art délivre celui qui la crée, mais aussi ceux qui la contemplent de leurs tensions intérieures en leur permettant de les extérioriser. Telle un sismographe ultra-sensible, elle enregistre les désirs et les craintes, la façon de concevoir la vie et le monde, les émotions familières, et la façon d’y vibrer propre aux hommes d’une même foi, d’une même époque, d’un même groupe social, d’une même culture. En même temps, l’art est un des rares moyens dont dispose un individu pour rendre perceptible aux autres ce qui le différencie d’eux : le monde de rêves, de tourments ou d’obsessions dont il est seul à porter le poids. De chacun, alors, il exprime ce qu’on croyait inexprimable : son secret.

René Huyghe, l’Art et l’Homme, 1957.

 Devant la vierge noire

Regarde la lumière et considère sa beauté. Bats (cligne) l’oeil et regarde-là ; ce que tu vois n’était pas d’abord et ce qui en était n’est plus. Qui est celui qui la refait si celui qui l’a faite meurt continuellement ? De même que la pierre jetée dans l’eau se fait centre et cause de divers cercles, et que le son produit dans l’air se répand circulairement sa voix, de même les corps se répandent, ainsi tout corps placé parmi l’air lumineux se répand circulairement, emplit les parties environnantes de ses infinies images (son image indéfiniment reproduite) et apparaît tout en tout, et tout en chaque petite partie. Toutes les choses qui sont cachées en hiver et sous la neige resteront découvertes et manifestes en été. Dit pour le mensonge qui ne peut rester occulte.

Léonard de Vinci.

 

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