Dans le silence de l’atelier! L’Espace culturel Gingko’Art de Pontoise présente: Du 14 avril au 12 juin, Joël Moulin, peintre et pastelliste, une exposition intitulée, « l’Esprit de la lumière »

La peinture une exposition intitulée,  « l’Esprit de la lumière » de Joël Moulin, non contente de me séduire, m’intimide. Elle joue avec la lumière. Vous croyez avoir perçu quelque chose et, dans la minute qui suit, elle n’est déjà plus de ce temps.

À une période où le futile envahit notre quotidien, l’art du peintre de Valmondois devrait nous interroger sur le sens que nous donnons au monde. Je suis un artisan, lui est un artiste. Je le rejoins sur le regard qui vise l’essentiel. Ses œuvres accrochent la lumière et je suis aussi fasciné par la lumière qui émane de ses oeuvres. Sa faculté de pénétrer les éléments m’impressionne.

C’est peut-être le cheminement que l’artiste nous lègue aujourd’hui par delà la lumière!

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L’artiste, le poète de la craie, Joël Moulin nous délivre de la peur et de la solitude par son travail, il a modelé, il a transformé, il s’est affranchit lui-même et a affranchit la matière. On peut dire que, dans cette démarche, l’art précède la science et lui ouvre les horizons de la liberté picturale.

Au cours de la deuxième décennie du vingtième siècle, un tournant radical et déterminant s’opère en peinture, l’invention de l’abstraction.
Certes, depuis la nuit des temps, des formes non figuratives ont été utilisées au sein de programmes décoratifs, par exemple les grecques ornant les terres cuites de l’Antiquité, les arabesques des ferronneries baroques ou les volutes de l’Art Nouveau. Mais ces motifs étaient subordonnés à des finalités extérieures, comme l’embellissement d’un lieu ou d’un objet. 
La démarche qui caractérise les maîtres de l’abstraction du début du 20 ème siècle consiste à proposer, purement et simplement, une « image abstraite ». 
L’oxymore que constitue cette expression, une image étant traditionnellement définie comme une réplique de la réalité, indique la nouveauté de l’entreprise.

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Les peintures abstraites sont des images autonomes qui ne renvoient à rien d’autre qu’elles-mêmes. Dans ce sens, elles s’apparentent aux icônes de la religion orthodoxe qui manifestent la présence d’un contenu plutôt qu’elles ne le représentent, mais, à la différence de ces images religieuses, les peintures abstraites rompent avec le monde des apparences. Elles révèlent l’existence de réalités jusqu’alors invisibles et inconnues, que chaque artiste détermine à sa façon, selon ses propres convictions, son parcours et sa culture, de l’art populaire aux théories les plus spéculatives.

Chacun des quatre artistes pionniers de l’abstraction, Frantisek Kupka, Vassily Kandinsky, Kasimir Malevitch et Piet Mondrian, aboutit ainsi à sa propre formulation de l’abstraction, indépendamment des autres. 
Ils ont néanmoins franchi le seuil de l’abstraction à peu près au même moment, entre 1911 et 1917, simultanéité qui peut s’expliquer par des préoccupations communes. Ils avaient tous une pratique spirituelle ou ésotérique.

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Ils étaient aussi, pour certains d’entre eux, très attachés à la musique, le moins imitatif de tous les arts, qu’ils ont parfois pris comme modèle. Et, plus généralement, ils travaillaient dans un contexte culturel, en particulier scientifique avec l’apparition de la physique quantique et de la théorie de la relativité, où la notion de réalité devenait problématique.

Comme le remarquait Paul Valéry à cette époque, « Ni la matière, ni l’espace, ni le temps ne sont depuis vingt ans ce qu’ils étaient depuis toujours« .

Dans ce contexte culturel et scientifique du début du 20e siècle, la réalité est moins ce que l’on perçoit à l’aide des cinq sens qu’une entité que l’on approche par des expériences de pensée. 
Les inventeurs de l’abstraction proposent une nouvelle forme de peinture en adéquation avec cette conception du monde.


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« Parler du pastel c’est parler du plaisir physique, du bonheur de la main qui trace, qui devient outil, médiatrice de la fusion de la craie et du papier c’est la fulgurance la réponse immédiate souvent à la limite extrême de la sensation où l’imperceptible prend forme, la précarité du moyen devient sa force.»

Joël Moulin.

Jeune étudiant à l’École des beaux-arts de Paris, Joël Moulin (1935-1997) obtient le prix de la Jeune peinture en 1958, puis le « Premier Grand Prix de Rome » en 1961. Parallèlement à ses expositions particulières, il participe à de nombreuses manifestations de groupe. Faisant le choix d’un travail solitaire, il se tient néanmoins à l’écart des galeries, enseignant dans le cadre de l’école d’arts de Cergy. Dans ce tableau, il révèle une perception intime d’un paysage à la réalité fugitive. Les détails se résument en une gestuelle de quelques lignes allusives, se rapprochant des expériences de Turner et de Monet.

A Vamondois, jouxtant la maison familiale,
l’atelier de Joël Moulin est resté en l’état depuis la disparition du peintre, en 1997. En plein
coeur de la végétation, presque invisible au milieu des arbres, un escalier raide conduit dans
l’antre du Val-d’Oisien d’adoption, né en 1935 à La Rochelle.

Mais arrivé en haut, le travail
de l’artiste prend tout son sens : une immense fenêtre s’ouvre sur le jardin. « Vues imprenables
» sur la nature. Comme le titre de l’exposition en deux volets qui lui était consacrée à l’abbaye
de Maubuisson et à L’Isle-Adam.


« L’atelier la nuit; une table dans l’ombre et son désordre indistinct. Une lumière suspendue comme une lune: c’est le reflet de la lampe dans la verrière, dont la structure, irrégulièrement soulignée par endroits d’un ocre calligraphié au bout du pinceau, semble flotter devant la profondeur bleue.

Un grand déversement blanc traverse la fenêtre et brouille l’étagement des plans. La transparence de la peinture, passée en voiles successifs, fait remonter l’opacité nocturne. Les formes restent encore enveloppées d’une nuit bleutée, ont-elles servi de transition nécessaire vers les dernières peintures, dans lesquelles le motif disparaît au fur et à mesure que la couleur s’affirme, couleur toujours claire, où les jaunes vont petit à petit gagner sur les bleus, sans que l’artiste ait jamais renoncé à de subtils mélanges sur la palette, ni la douceur des tons pastel.»

Extrait de Joël Moulin, Colette Garraud, historienne d’art.

C’est en 1959, deux ans après être sorti des beaux-arts de Paris,
que Joël Moulin rencontre le succès : il reçoit le Prix de la jeune peinture et, en 1961, le
premier Grand Prix de Rome lui ouvre les portes de la Villa Médicis, où, au contact de Balthus,
le peintre se détache des influences cubistes du Braque de ses débuts.

De retour d’Italie, en
1965, Joël Moulin entame une démarche vers l’abstraction et la luminosité : le motif est dissous
pour finalement disparaître presque totalement de la toile.

« Je vois
enfin la lumière»


En 1968, son installation dans le Val-d’Oise va beaucoup
contribuer à l’évolution du peintre. Dans l’atelier gris, d’abord, où il peint d’immenses pastels,
dans une tourelle, ensuite, où il installe un atelier surplombant le jardin. Un cadre propice
à la recherche de cette lumière, de ce mouvement, aussi, que Joël Moulin n’a de cesse de vouloir
apprivoiser. Il peint de sa fenêtre, totalement immergé dans la nature, cherchant son inspiration
dans son environnement très proche. « Joël avait avec la nature une relation privilégiée, presque
un rapport de force, se souvient Anne-Marie Moulin, la veuve de l’artiste. Il aimait s’y confronter.
»


Le principe de la nature morte est d’affirmer sa présence par l’absence de celle de l’homme. Elle a donc, par essence, un côté fantomatique : elle décrit la présence d’un absent. Plus elle évoque cette absence et plus elle est réussie.

Par ailleurs, au moment de la conception du tableau par le peintre, une tension s’établit entre le réel et la conception que le peintre se fait de la construction nécessaire. Au fur et à mesure de l’installation de la nature morte vont émerger progressivement les lignes solides de la composition. Du fantôme idéalisé de l’esquisse, on va passe progressivement à la solidité de la nature morte en place.

La nature morte est ainsi constituée au carrefour de 2 fantômes : le fantôme de sa conception, qui va en reculant au fur et à mesure que la nature morte se constitue ; le fantôme de l’homme, de plus en plus présent au fur et à mesure que la nature morte se dessine et que le fantôme de la conception s’éloigne.

Ce double fantôme avait été parfaitement compris et mis en valeur par un peintre contemporain, Joël Moulin , qui fut hanté par la description de l’essence des choses ; à ma connaissance, il fut celui qui alla le plus loin sur le chemin de la description fantomatique de ce qui peut constituer la présence d’une chose.

Cette approche fit merveille sur la représentation d’objets proches.

Apprivoiser la surface !

C’est en 1972, lors de l’exposition Rothko au musée d’Art moderne de la Ville de Paris, dans des salles alors à peu près vides, que Joël Moulin découvrit la peinture de Mark Rothko, sans doute l’une des formes les plus abouties de cet art de « dilater le temps » dont il rêvait. On ne saurait parler d’influence directe. La peinture de Joël Moulin n’a jamais été à proprement parler abstraite; même si les objets y sont parfois peu discernables, jamais sa couleur n’a cherché la saturation, et s’il joue des transparences de l’huile, il semble éviter les vastes surfaces, leur préférant un entrecroisement de touches longues. Pourtant, cette rencontre devait être déterminante, et s’inscrire logiquement dans la continuité de celle du peintre Turner – dont le voisinage envisagé à la Tate Gallery ne déplaisait pas à Rothko -, pour un artiste qui s’efforcerait plus tard de « conquérir la couleur », selon ses propres termes, avec une timidité avouée, presque avec peur.

« Je pense que mon travail actuel au pastel et au fusain doit à la longue modifier profondément ma façon d’aborder l’huile – c’est une remontée de la couleur que j’attends de tout cela! Je me souviens que, dans les années 60, c’est avec l’aquarelle que, petit à petit, j’avais construit cette façon de peindre en glacis.»

Peu à peu, le peintre abandonne les figures pour se concentrer sur l’atelier
et les paysages. Parallèlement, en 1982, alors devenu enseignant à l’École nationale supérieure
d’arts de Cergy-Pontoise, il décide de ne plus exposer. « Joël n’aimait que l’acte de peindre,
la finalité ne l’intéressait pas, souligne Anne-Marie Moulin. Dès 1959, alors très sollicité
par les marchands, il avait compris que le commerce le gênait pour mener à bien son travail.
Pour lui, le succès corrompait, et chaque exposition était un déchirement. »

« Exposer, c’est
arrêter sa recherche, ajoute Florence Moulin, la fille de l’artiste. Or, lui n’avait jamais
terminé. »


Ce n’est que quinze ans plus tard que Joël Moulin exposera de nouveau. Malade, peut-être
sent-il l’urgence d’achever sa quête ? Peut-être, simplement, a-t-il trouvé la lumière, comme
il l’écrit, en 1997, l’année de sa disparition :

« C’est étrange, je suis si heureux en ce moment
dans l’atelier. Je vois enfin la lumière. Elle a ouvert la porte et elle est entrée… »

Joël Moulin ( 1935-1997)

Né à la Rochelle

Parcours

1952/57 Études à l’École des Beaux-Arts de Paris

1959 Prix de la Jeune Peinture

1961 Premier Grand Prix de Rome de Peinture

1962/65 Séjour à la Villa Médicis, Rome

1968 Installation dans le Val-d’Oise

1982/97 Enseignant à l’École nationale supérieure d’arts de Cergy-Pontoise

Expositions personnelles ( sélection)

1960/72 Galerie Visconti, Paris

1972 Centre culturel d’Argenteuil

1982 Galerie Philippe Fregnac, Paris

1997 Espace Bateau-Lavoir, Paris

1998 Hommage à Joël Moulin, Villa Daumier Valmondois

1999 Espace Bateau-Lavoir, Paris

1999 Galerie d’art contemporain, Auvers-sur-Oise

2003 Centre d’art Jacques Henri Lartigue, l’Isle-Adam

Expositions de groupe et Salons

1958 à 1963 Salon de la Jeune Peinture, Paris

1961 à 1966 Grands et Jeunes d’Aujourd’hui, Paris

1969 à 1972 Salon de Mai, Paris

1972 Salon des Réalités Nouvelles, Paris

1975 et 1976Bienale de Toulon

1981 Exposition « Les chiens »

Galerie Philippe Fregnac, Paris

1982 Salon de Montrouge

1989 Fondation René Dubos, Pontoise

2003 Domaine départemental de Maubuisson, abbaye, Saint-Ouen-l’Aumône

Collections

Collections particulières ( France, USA)

École supérieure des beaux-arts de Paris et Ville de Paris

Lowe Art Center, Syracuse – New York, USA

Art Museum Corpus Christi, Texas, USA

 

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