Yi Myung Rim sur le chemin des Nymphéas: Entre l’eau et la lumière du peintre Claude Monet

« La femme-artiste possède un certain regard qui la fait disparaître; elle et tout le reste, êtres, terre et ciel; et qui fixe un temps, hors du temps.»

Yi Myung Rim portrait

« J’ai mis du temps à comprendre mes nymphéas… Je les cultivais sans songer à les peindre… Un paysage ne vous imprègne pas en un jour… Et puis, tout d’un coup, j’ai eu la révélation des féeries de mon étang. J’ai pris ma palette. Depuis ce temps, je n’ai guère eu d’autre modèle. »

Claude Monet

Le ministère de la culture et de la communication présente: « RENDEZ-VOUS AUX JARDINS » les, 3, 4 et 5 juin 2016.

Cette année: « Les couleurs du jardin », l’espace culturel Gingko’Art de Pontoise participe avec en exclusivité la présentation des Nymphéas, un hommage au peintre Claude Monet par l’artiste coréenne Yi Myung Rim.

Près de 3000 événements à découvrir partout en France pour la 14ème édition des Rendez-vous aux jardins. Retrouvez le programme des 2 300 jardins participants sur la carte interactive et dans la rubrique « Dans votre région » !

http://rendezvousauxjardins.culturecommunication.gouv.fr/

L’artiste coréenne s’inspire des chefs-d’œuvre du Maître de l’impressionnisme et trempe son pinceau dans l’eau de l’étang de Giverny; déjà, autrefois, l’artiste expressionniste américaine Joan Mitchell avait dans une technique picturale appelée « All over », réalisée de remarquable compositions abstraites. Tandis que le peintre chinois Zao Wou-Ki grand admirateur de Monet, réalisa en 1991 un triptyque intitulé hommage à Claude Monet qui évoque d’une part le pont et les nymphéas de Giverny.

Claude Monet

Au printemps de 1883, après avoir arpenté les rives de la Seine du Havre à Paris pendant vingt ans, Claude Monet (1840-1926) se fixe à Giverny. Le peintre a participé à l’aventure collective de l’impressionnisme et exposé aux quatre premières expositions du groupe, de 1874 à 1879. Auréolé de succès, il se retire et acquiert la maison du Pressoir en 1890. Sa peinture prend bientôt un tour différent. Alors que l’exaltation de la couleur demeure, l’étude de l’espace pictural l’occupe de plus en plus. En 1893, Claude Monet demande l’autorisation de détourner la rivière du Ru afin de créer un « jardin d’eau ». Il aménage un bassin enjambé par un pont, référence à l’art japonais qu’il apprécie tout particulièrement.

Dès 1899, avec la série des Nymphéas, Monet oriente son oeuvre vers une recherche inédite en s’attachant à un motif qui deviendra comme une signature. Ayant achevé en 1900 la série du pont japonais, l’artiste entreprend de se consacrer à l’étang fleuri de nénuphars. D’abord par intermittence, quand il ne travaille pas à sa série consacrée au Waterloo Bridge, puis de façon continue à partir de 1904, il se lance dans une grande série consacrée à ce thème. Du printemps à l’automne, l’artiste, installé au bord de l’étang, traduit simultanément sur plusieurs toiles des sensations qu’il reprendra ensuite à l’atelier. Les Nymphéas du MuMa, peints en 1904, font partie d’un ensemble de quarante-huit tableaux intitulés « Les Nymphéas, séries de paysages d’eau », exposés à la galerie Durand-Ruel à Paris en 1909.

« Le jardin de Monet compte parmi ses œuvres, réalisant le charme d’une adaptation de la nature aux travaux du peintre et de la lumière. Un prolongement d’atelier en plein air, avec des palettes de couleurs profusément répandues de toutes parts pour les gymnastiques de l’œil, au travers des appétits de vibrations dont une rétine fiévreuse attend des joies jamais apaisées (…). Il n’est pas besoin de savoir comment il fit son jardin. Il est bien certain qu’il le fit tel que son œil le commanda successivement, aux invitations de chaque journée, pour la satisfaction de ses appétits de couleurs. »

Georges Clemenceau

Monet conçoit donc les Nymphéas comme un ensemble devant lequel le spectateur peut laisser vagabonder son esprit, il voyage. Or ce voyage spirituel n’est possible que grâce à la grande maîtrise du peintre qui a su illustrer les changements éphémères de la lumière naturelle par ses habiles jeux de couleurs.

Méditation

Monet a soixante-quatorze ans quand il commence ce décor et son élaboration coïncide avec le début de la Première Guerre mondiale. Ce projet de peinture a une mission ambitieuse : réaliser une œuvre de paix dans un monde en guerre. L’artiste plonge le spectateur dans une nature pure et silencieuse propice à la rêverie et à la réflexion. L’indéterminé stimule l’imaginaire même si le regard est arrêté par quelques nymphéas, dont le rythme pourrait suggérer une douce musique. Ce paysage, sans présence humaine ni animale, pose une question sur le lien entre l’homme et la nature, un lien perdu, peut-être, avec l’ère industrielle et la civilisation urbaine. Plus on avance dans les salles, plus le calme et le silence nous entourent. Le temps s’écoule avec la course des nuages et la scansion des arbres. Une tonalité bleue, propice à la méditation et chère aux symbolistes, y domine. L’Orangerie prend, au cœur de Paris, une dimension paisible : c’est un havre où l’on s’abrite des trépidations de la vie moderne. Un message universel d’espoir et de recommencement possible est induit par le cycle rassurant de la course du soleil.

fragment_1

*La force et la signification du geste créateur, le traitement large de toute la surface de la toile sans distinction de plans, sont autant d’éléments qui séduiront, après 1945, les jeunes artistes américains de l’expressionnisme abstrait, comme Joan Mitchell dans ses œuvres « all over ».*

Joan Mitchell et les nymphéas

Fonctionnant souvent en diptyque, les œuvres doivent être vues de loin, dans leur ensemble. Ainsi, Edrita Fried (1981) est constituée de quatre panneaux parcourus de grandes traces bleues, violettes et jaunes. Par endroits, on croit reconnaître des feuillages, des tiges. Le mouvement naît de ces gerbes colorées qui investissent tout l’espace. C’est depuis les années cinquante que Joan Mitchell, qui fait partie de l’École de New-York, réalise des toiles où la composition naît de la gestuelle. L’emploi de couleurs vives et variées, comme la répétition de gestes expansifs, caractérise son style expressionniste abstrait. Née à Chicago en 1925, l’artiste n’a pas seulement été influencée par des peintres américains, comme Franz Kline et Willem de Kooning. En 1955, Joan Mitchell s’installe en France pour rejoindre son compagnon le peintre canadien Jean-Paul Riopelle. C’est à Vétheuil, qu’elle passe l’essentiel de sa carrière, à quelques kilomètres de l’atelier de Claude Monet à Giverny. Marquée par les nymphéas du peintre impressionniste, Joan Mitchell peint de grandes toiles, avec pour ambition de retranscrire ses souvenirs de jardins environnants et les paysages de la Seine. Ainsi La Grande Vallée IX (1983) donne à voir la vallée de la Seine dans deux panneaux verticaux. Les larges coups de pinceaux envahissent l’espace.

Yi Myung Rim et les nymphéas

Par ses compositions subtiles et pleines d’énergie, Myung Rim s’accorde aux sources de l’âme et au miroir de l’esprit, ainsi le spectateur ne discerne plus si le paysage intérieur est un reflet du paysage extérieur-ou le contraire. Le dialogue du dessin et de l’encre se poursuit, mais dans un autre univers, mystique et primordial. L’intelligence, l’intuition et une maîtrise parfaite des techniques, nous fait découvrir ici, un  disciple révélé par l’enseignement et la philosophie des grands maître d’Extrême-Orient, et précisément de ceux qui furent profondément imprégnés de bouddhisme, ou de la philosophie morale du Tao. Une célèbre phrase de Paul Valéry, à laquelle les surréalistes souvent se réfèrent, constate que « l’homme possède un certain regard qui le fait disparaître; lui et tout le reste, êtres, terre et ciel; et qui fixe un temps, hors du temps.»

Mais l’œuvre de Myung Rim ne fait pas disparaître les êtres, la terre, le ciel, elle anéantit seulement toute séparation entre l’homme et Dieu, entre la spiritualité et l’homme.

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C’est à l’âge de13 ans, que la jeune adolescente découvre les écrits du philosophe chinois Zhuangzi et son ouvrage, « le rêve du papillon ». L’auteur, apprécié par celle qui venait de découvrir les métaphores de l’écrivain avait permis de révéler une sensibilité naturelle, elle avait alors pris conscience du silence dans lequel était muré ce qu’il y avait de plus précieux, de plus unique et inexploré en chacun.

L’expression du vide comme un état primordial et nécessaire à toute création objective, le vide par quoi tout commence et tout s’achève; un principe que l’artiste préconise dans la construction métaphysiques de ses créations.

Zao Wou-Ki et Claude Monet

Né à Pékin en 1921, dans une famille de grands lettrés chinois, Zao Wou-Ki passe son enfance à étudier la calligraphie, puis la peinture chinoise et occidentale à l’école des Beaux-arts de Hang-Tcheou. Il arrive à Paris en 1948 et s’installe à Montparnasse, la France étant devenue son pays d’adoption. Grand admirateur de Monet, Zao Wou-Ki réalisa en 1991 un triptyque intitulé Hommage à Claude Monet qui évoque d’une part le pont et les nymphéas de Giverny et d’autre part le pont que Zao Wou-Ki est parvenu à jeter entre la peinture chinoise et la peinture occidentale. Un paysage onirique à la gloire du génie des hommes. Comment Zao Wou-Ki a-t-il connu Monet ? Quel a été son impact sur son œuvre ? Quel rôle la France a t-elle joué sur lui ? sont les questions que nous posons à notre invité rencontré au domicile de l’académicien des beaux-arts. Yann Hendgen nous rappelle que Zao Wou-Ki a été formé en Chine, à l’école de Hang-Tcheou. Dans le cadre de cette formation il suit un double cursus composé de tradition chinoise (calligraphie, peinture chinoise) et de l’enseignement de la peinture occidentale (perspective, peinture à l’huile). Il étudie le fauvisme et l’impressionnisme.

C’est certainement à ce moment-là que l’académicien entend parler de Monet pour la première fois.

Il apparait évident que Zao Wou-Ki a cherché à aller au-delà de la simple étude de quelques tableaux du peintre impressionniste. Dès le départ il acquiert des livres, des revues, des périodiques qui traitent du Paris des années 40 mais il s’intéresse aussi à Renoir et Modigliani. Il voue très tôt un véritable intérêt pour l’impressionnisme. Lorsqu’il arrive à Paris, son premier geste est d’aller au musée du Louvre et au musée de l’Orangerie.

*Le all-over est une pratique apparue en peinture vers 1948, qui consiste à répartir de façon plus ou moins uniforme les éléments picturaux sur toute (en anglais all over) la surface du tableau ; celle-ci semble ainsi se prolonger au-delà des bords, ce qui élimine le problème du champ. Chaque coup de pinceau annule le précédent et le rapport de celui-ci avec la surface du fond. Cette technique a été inventée par Janet Sobel (1894–1968), peintre américaine d’origine ukrainienne. Jackson Pollock a vu son travail exposé en 1944, à la galerie Art of This Century, et s’en est inspiré pour créer ses propres drippings, en 19451. Avec sa manière, qui était de peindre une toile étendue sur le sol, il ne pouvait jamais voir la composition de façon globale. Par conséquent, la seule façon de lui redonner une unité était pour lui de répandre de la peinture partout, de manière égale[réf. nécessaire]. Dans son cas, il utilisait des bâtonnets et de la peinture industrielle, qu’il répartissait par gestes amples, mais contrôlés. Le résultat est une pure abstraction dans l’espace pictural.

Cycle des Nymphéas:

Offerts par le peintre Claude Monet à la France le lendemain même de l’armistice du 11 novembre 1918 comme symbole de la paix, les Nymphéas sont installés selon ses plans au musée de l’Orangerie en 1927, quelques mois après sa mort. Cet ensemble unique, véritable « Sixtine de l’impressionnisme », selon l’expression d’André Masson en 1952, offre un témoignage de l’œuvre du dernier Monet conçu comme un véritable environnement et vient couronner le cycle des Nymphéas débuté près d’une trentaine d’années auparavant. L’ensemble est l’une des plus vastes réalisations monumentales de la peinture de la première moitié du XXe siècle. Les dimensions et la surface couverte par la peinture environnent et englobent le spectateur sur près de cent mètres linéaires où se déploie un paysage d’eau jalonné de nymphéas, de branches de saules, de reflets d’arbres et de nuages, donnant « l’illusion d’un tout sans fin, d’une onde sans horizon et sans rivage » selon les termes mêmes de Monet. Ce chef-d’œuvre unique ne connaît pas d’équivalent de par le monde.

Expressionnisme abstrait :

Mouvement de peintres américains qui renouvellent l’abstraction après 1945. Chez ces peintres, le tableau est affirmé comme surface peinte et expérience intérieure du réel.

On distingue généralement deux groupes : le color field, qui valorise le champ coloré (Mark Rothko, Barnett Newman…) et l’action painting qui valorise la gestuelle (Jackson Pollock, Willem de Kooning…).

« Si je puis voir un jour le jardin de Claude Monet, je sens bien que j’y verrai, dans un jardin de tons et de couleurs plus encore que de fleurs, un jardin qui doit être moins l’ancien jardin-fleuriste qu’un jardin coloriste, si l’on peut dire, des fleurs disposés en un ensemble qui n’est pas tout à fait celui de la nature, puisqu’elles ont été semées de façon que ne fleurissent en même temps que celles dont les nuances s’assortissent, s’harmonisent à l’infini en une étendue bleue ou rosée, et que cette intention de peintre puissamment manifestée a dématérialisée, en quelque sorte, de tout ce qui n’est pas la couleur. »

Marcel Proust

Zao Wou Ki-COLLAGE 1

3 réflexions au sujet de « Yi Myung Rim sur le chemin des Nymphéas: Entre l’eau et la lumière du peintre Claude Monet »

  1. Merci beaucoup pour ces textes riches qui ouvrent l’esprit, enrichissent la culture de chacun, donnent envie de voir et comprendre, ravivent et approfondissent nos plaisirs et nos émotions. Je serai malheureusement absente le 4 juin.

  2. Juste un petit mot tardif pour faire suite à notre échange à la galerie Dar de Pontoise. Je reviendrai à n’en pas douter puiser du rêve dans votre regard sur l’art et le beau.
    La dame avec l’appareil photo en guise de collier

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